Freinet ou la place de l'enfant... et de l'enseignant

L'école autrement 5/6


Rédigé par - Angers, le 09/12/2016 - 07:30 / modifié le 09/12/2016 - 12:01


Depuis bientôt 40 ans, la pédagogie Freinet est mise en place dans l'école publique de Saint-Lambert-du-Lattay. Sans certitude, mais avec des convictions fortes.



Frédéric Tijou est directeur de l'école publique Célestin-Freinet, à Saint-Lambert-du-Lattay.
Frédéric Tijou est directeur de l'école publique Célestin-Freinet, à Saint-Lambert-du-Lattay.
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Freinet, Montessori, écoles hors contrat, enfants non scolarisés, école démocratique... ces dernières années, la tentation des pédagogies alternatives n'a pas manqué de toucher Angers et sa région. Une défiance marquée vis-à-vis de l'école traditionnelle ou plutôt une manière de la réinterroger, de questionner ce qui ne va pas en elle ? Plus qu'un catalogue de ce qui se fait sur le territoire, ce dossier entend faire découvrir les initiatives locales, déconstruire quelques idées reçues et démontrer que les pédagogies et méthodes alternatives font largement leur chemin au sein même de l'Education nationale, par le biais de professeurs des écoles investis. Une révolution par la base, qui ne suscite qu'un intérêt relatif de l'administration.

A l'instar de Monsieur Jourdain et de sa prose, certains élèves de l'école primaire feraient-ils du Freinet sans le savoir ?
Il faut le croire : lorsqu'en début de semaine ou au retour des vacances, vos chers enfants s'installent en cercle devant le tableau et répondent à la question "Quoi de neuf ?", c'est signé Célestin Freinet, du nom de cet enseignant qui développa une pédagogie éponyme, durant les années 20 et 30.

Moins "en vogue" que la méthode Montessori, la pédagogie Freinet a pourtant bon nombre de fervents défenseurs, au sein de la communauté enseignante. Des professeurs des écoles qui ne sont ni des (post)soixante-huitard aux cheveux longs, ni des adultes renfermés dans des structures privées aux portes infranchissables.
A Saint-Lambert-du-Lattay, voici plus de 40 ans que la pédagogie Freinet est mise en place au sein de l'école publique et communale, au vu et au su de tous, l'Education nationale au premier chef. En cette veille de rentrée scolaire, Frédéric Tijou, directeur de l'école et responsable départemental de l'Institut coopératif de l'école moderne (ICEM 49), prend le temps de se poser à la table d'un élève pour expliquer son engagement dans cette voie, ses principes et déconstruire quelques idées reçues, à un moment "charnière où l'école se transforme beaucoup. La question des moyens existe évidemment, mais ce sont d'abord les enseignants qui doivent transformer l'école", insiste-t-il.
"Il n'y a pas de solution miracle à un échec, mais on peut faire en sorte qu'un enfant en difficulté puisse être heureux de venir à l'école" - Frédéric Tijou

Sur l'une des portes de classe, quelques citations lèvent le voile sur la manière dont Frédéric Tijou met en musique la pédagogie Freinet : "Si tu ne sais pas, demande, mais si tu es capable, partage" ; "On est tous capables"... "Freinet, c'est d'abord une vision de la société, une pédagogie, et pas une méthode, un livre que l'on suit de A à Z", avance Frédéric Tijou. "Il s'agit d'un ensemble de valeurs qui rendent l'enfant acteur de ses apprentissages". Des valeurs donc, et des piliers : le travail en coopération ; les conseils de classe et d'école réguliers, lors desquels "la loi n'est pas négociable, mais le règlement, si" ; le travail individualisé ("28 élèves correspondent à 28 niveaux différents") ; le tâtonnement expérimental, avec "un travail sur le concret"...

Autre fondamental, la posture de l'enseignant : "bienveillante, mais on est pas dans le monde des Bisounours. On essaie juste de faire confiance aux enfants. Oui, je suis le garant de cette classe, mais les élèves ne doivent pas obéir au maître, ils doivent obéir aux règles", explique Frédéric Tijou.
Totalement investi avec ses cinq autre collègues dans cette pédagogie "toujours en cheminement", il n'en voudrait pas "en dehors du cadre populaire d'une école communale : si sur 100 familles, 80 ne venaient que pour l'école Freinet, on ne toucherait que des gens convaincus..."

Miraculeuse, la pédagogie Freinet ? "Bien sûr que non ! Ça se saurait : il n'y a pas de solution miracle à un échec, mais on peut faire en sorte qu'un enfant en difficulté puisse être heureux de venir à l'école." D'où une importance accrue apportée à la réussite, quelle qu'elle soit, des enfants. Ce que ne permet pas l'école "traditionnelle" ? "On ne se dit pas meilleurs que les autres : ce qui me semble important, chez Freinet, c'est qu'à chaque fois, au lieu de critiquer un système, il proposait toujours autre chose, une alternative. Et le système français permet au moins cette liberté pédagogique."
 
Au-delà de la place de l'enfant, c'est bien encore et toujours à l'enseignant que s'adresse Frédéric Tijou : "Ce qui manque sans doute le plus au système actuel, c'est de prendre le temps de parler de ce qu'on vit dans nos classes. Prendre le temps, aussi, au-delà des outils, de savoir pourquoi on fait ceci ou cela."




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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