Les « Rimiaux » d’Emile Joulain, un nouveau recueil des poèmes du Gâs Mile, poète patoisant de langue d’oï


Rédigé par Catherine Nedelec - Angers, le Jeudi 29 Janvier 2009 à 15:46


Tout juste 20 ans après sa mort, comme un hommage et au moment où Yvon Péan, son plus célèbre disciple vient de nous quitter, parait la réédition des « Rimiaux », d’Emile Joulain, inspirés des veillées des soirs d’hivers dans les campagnes, quand toute la famille se retrouvait près de la cheminée, les plus anciens racontant des histoires aux enfants. Un livre dense très joliment illustré par Jean Bazantay.



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« Pis, ein soér, d’vant y’én’ qui s’rait côr pûs belle,
J’déciderions p’têt’, en noût’ poûv’ çarvelle,
De faire halt’, ein brin,
D’vars La Ménitré ou Saint-Mathurin... »

Cela semble écrit comme un signe. Un soir, le « Gas Mile » resta se reposer à La Ménitré, au creux du monde paysan qu’était le sien et près de la Loire, qu’il affectionnait particulièrement. Bien qu’il ne se soit jamais vraiment éloigné de sa province, il est allé avec la poésie bien au-delà des Bas-Pays, valorisant durant des années le langage patoisant angevin.

Emile Joulain naît le 18 janvier 1900 dans les terres inondables de Mazé, d’une famille de paysans marqués par la vie rude des gens de son époque. Il a la fierté de ses profondes racines, de son chemin tout tracé de maraîcher sur les rives de l’Authion. Son père lui enseigne le goût de la lecture et c’est au contact d’un maître d’école exceptionnel, qu’il découvre la poésie de Victor Hugo, Edmond Rostand ou Joachim du Bellay.

Mais sa rencontre avec Marc Leclerc est déterminante. Le grand maître des parlers d’Anjou lui transmet la langue des anciens et l’art des « Rimiaux », poèmes en parler angevin sur la vie de tous les jours, dont il est le créateur. Drôles et pertinents, ils se fondent sur l’observation des traditions et des modes de vies avec des mots et des expressions rurales.

Séduit par ce langage ancien, Emile Joulain publie en 1943 son premier recueil, puis se met vite à arpenter les salles paroissiales et les tréteaux de nombreux villages du département. Surnommé « Prince des poètes de l’Anjou », il fonde en 1984 « l’Association des Compagnons des Terroirs », grâce à laquelle il crée un journal « Terroirs d’Anjou et d’ailleurs », par lequel il diffuse les valeurs des terroirs, l’art du folklore, de la musique et de la gastronomie.

Aujourd’hui, l’association souhaite d’une part pérenniser l’art de la poésie patoisante en diffusant les oeuvres des « maîtres », et d’autre part susciter de nouvelles vocations. « Lors de la veillée de janvier notamment, des jeunes gens viennent lire les rimiaux des anciens » précise Gérard Nicolas, Président de l’association. Il n’y a peut-être qu’un pas à franchir pour eux vers la création, vers la continuité d’un mode d’expression bien particulier « qu’il faut lire à haute voix pour sa musique, son harmonie » mais qui ne se contente pas de se distinguer par son côté pittoresque. « Emile Joulain était très attaché à la tolérance, à la paix et à la fraternité qu’ils intègrent dans plusieurs de ses rimiaux. Il pouvait dire ce qu’il voulait, c’était un des leurs, un autodidacte ». Un homme simple qui, revenant d’Angers à Mazé sur son vélo après une fête, compose « Ein cœur de pésan, ça s’donn’ d’amitié ein’ bonn’ foés pour toutes, mais jamais au mond’ qui sont maufaisants. ».

Durant sa carrière de poète, il parait au Printemps de Bourges, au théâtre d’Angers, il fréquente les studios de la radio angevine et donne de nombreux récitals, puis, peu de temps après être décoré de la palme des Arts et des Lettres, il laisse sa place à un autre poète : Yvon Péan. Né en 1928 à Fontaine-Guérin, journaliste et chroniqueur de nombreuses années, il crée la Fédération des Aînés Ruraux d’Anjou. Très connu pour ses rimiaux mais aussi pour ses romans, il vient de décéder à 80 ans.

Les « Rimiaux » d’Emile Joulain est un beau livre préfacé par Marc Leclerc (un éloge de 1943) et dans lequel on retrouve aussi la plume de Pierre Langevin (nom d’auteur d’Albert Blanchoin, ancien rédacteur en chef du Courrier de l’Ouest). Un genre d’écriture propre à une province qui appartient à l’histoire de tous ces gens qui, à leur manière, ont fait l’Anjou et d’un grand intérêt documentaire et poétique.


« Rimiaux » d’Emile Joulain Editions du Petit Pavé En vente en librairie : 22 €

Association les Compagnons des terroirs
19 rue François Mauriac à Saint-Barthélemy- d’Anjou


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