Premiers Plans : "La Petite Vera", l'acte fondateur

PREMIERS PLANS : MIROIR SOCIAL, ÉCRAN TOTAL # 2


Rédigé par - Angers, le Vendredi 20 Janvier 2017 à 07:45


En choisissant d’ouvrir grandes ses portes aux premières œuvres de cinéastes de toute l’Europe – de l’Atlantique à l’Oural -, le festival de cinéma Premiers Plans est devenu, en bientôt 30 ans, une formidable chambre d’écho des évolutions sociales et sociétales du vieux continent. Parcourir son palmarès, c’est croiser les grandes préoccupations de notre temps. Celles, propres à chaque réalisateur, ouvrant sur une histoire, un pays, des racines, une culture. Et celles, universelles, qui touchent aux êtres humains. A leurs rapports amoureux, à leur relation à l’autre, à leur délicate recherche de place et de sens dans des sociétés en mutation perpétuelle. Un cinéma qui parle d’autant mieux aux spectateurs d’Angers, qu’il est traité bien souvent sans artifice et sans fard. Avec la sincérité, voire la radicalité, qui caractérisent la jeunesse.



"La Petite Vera", de Vassili Pitchoul, récompensé lors de la première édition de Premiers Plans, en 1989. Crédit photo : Gorky Film Studios.
"La Petite Vera", de Vassili Pitchoul, récompensé lors de la première édition de Premiers Plans, en 1989. Crédit photo : Gorky Film Studios.
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Lors de sa première édition, le festival Premiers Plans attribue son Grand prix à "La Petite Vera", de Vassili Pitchoul, l'un des films les plus emblématiques de la Perestroïka, l'ouverture en cours de l'URSS de Gorbatchev.
 
Quelques mèches peroxydées sur une chevelure brune, un regard effronté, la parole rare et dédaigneuse face à ses parents, outrés et inquiets devant l'indépendance affichée par leur fille : dans l'environnement industriel et désaffecté d'une province soviétique, Vera et les siens font les 400 Coups, aux premières heures de la Perestroïka et de la Glasnost, la politique d'ouverture initiée par Mikhaïl Gorbatchev, le secrétaire général Parti communiste soviétique, dès 1985.

La petite Vera, réalisé par Vassili Pitchoul en 1988 est une claque, un film mémorable qui a marqué les esprits de plus de 55 millions de spectateurs, à travers toute l'URSS, mais également des premiers festivaliers de Premiers Plans, porté sur les fonds baptismaux en janvier 1989. "On était littéralement groggy à la sortie du film", se souvenait il y a deux ans l'ex-journaliste du Courrier de l'Ouest, Betrand Guyomar. "La forme est assez proche du documentaire (...) et franchement, même si on sent un vent de liberté dans tout ça, c'est pas la joie pour les Russes "de base"...", complète-t-il.
"Ce qui en fait un monument, c'est ce film-là, à ce moment-là, dans ce pays-là" - Joël Chapron, UniFrance

Multirécompensé à travers le monde, La Petite Vera obtiendra à Angers le prix du Jury, présidé pour cette édition inaugurale par le cinéaste Theo Angelopoulos. "C'est un film capital", confirme aujourd'hui Joël Chapron, qui dirige le festival de cinéma français en Russie organisé par Unifrance Films. "Il y en a quelques autres comme cela, je pense à Est-il facile d'être jeune en Russie (1986, Juris Podnieks) ou La Ville zero (1989, Karen Chakhnazarov), qui sont des révélateurs de l'ouverture du cinéma russe, mais La Petite Vera est le plus marquant, pour nous, Français."
 
Pour bien se rendre compte de l'impact qu'a pu avoir La Petite Vera, en URSS, Joël Chapron évoque un monument du cinéma, hexagonal celui-là. "Comme il y a eu un avant et un après A bout de souffle de Godard, ici, il y a eu un avant et un après La Petite Vera, là-bas", détaille le spécialiste du cinéma russe. La comparaison s'arrête là sur le fond, car le film de Vassili Pitchoul "reste un monument du cinéma russe, pas mondial. C'était une réalisation sans moyen, réaliste, caméra à l'épaule, mais ce n'est pas une révolution du point de vue de l'esthétique", insiste Joël Chapron.
 
"Ce qui en fait un monument, c'est ce film-là, à ce moment-là, dans ce pays-là. C'est la première depuis les années 20 que les Russes voyaient à l'écran une fille aux seins nus, ou ce type de relation entre des parents et leur enfant".
Un long-métrage comme révélateur d'une société en plein bouleversement, qui ouvrit aussi les portes du cinéma américain à son interprète principal, Natalya Negoda. Installée à Los Angeles durant 20 ans, elle ne percera finalement jamais et dut un retour de notoriété à un autre film russe, Tambour battant (2009, Alexeï Mizguirev).

Décédé en juillet 2015, Vassili Pitchoul n'a jamais pour sa part retrouvé le succès de La Petite Vera.
Un film lui aura suffi à marquer l'histoire, en même temps qu'à donner une couleur aux choix de Premiers Plans...




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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