Séance critique : "Réparer les vivants"


Rédigé par Florence VASCA - Angers, le Samedi 12 Novembre 2016 à 08:00


Dans Séance critique, deux fois par mois, Florence Vasca nous fait partager son regard sur un film à l'affiche. Cette semaine, c'est l'adaptation du roman de Maylis de Kerangal, "Réparer les vivants", par Katell Quillévéré, qui intéresse notre collaboratrice.



"Réparer les vivants", de Katell Quillévéré. Crédit photo : Mars Film
"Réparer les vivants", de Katell Quillévéré. Crédit photo : Mars Film
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Parti surfer dès l'aube en compagnie de deux copains, Simon, 17 ans est victime d'un accident de voiture sur le chemin du retour. Après avoir annoncé la mort cérébrale de leur fils, l'urgentiste de l'hôpital du Havre émet l'hypothèse du don d'oganes à ses parents. Débute alors une course contre la montre pour rendre possible une transplantation cardiaque qui pourrait bien sauver la vie de Claire.

Choisie par Maylis de Kerangal pour adapter son best-seller, Katell Quillévéré s'empare d'un sujet universel pour en faire un film choral très personnel. Elle nous fait vivre la trajectoire croisée d'un donneur et ses parents et du receveur et ses deux fils, comme les deux faces d'une même pièce.

Le film commence par un plan-séquence en pleine nuit dans une atmosphère irréelle. Simon dévale les rues de la ville endormie à vélo ; plus tard il surfe au milieu d'une mer démontée. Sa vitalité et son urgence de vivre nous font craindre le pire à tout moment. Mais c'est finalement un banal accident de la route où des éoliennes ont remplacé les platanes qui lui sera fatal.
Malgré la gravité du sujet, Katell Quillévéré réalise un film lumineux, à la fois dense et pudique

Les scènes de surf où le héros s'enroule dans la vague formant un tube sont une véritable prouesse technique et sensorielle. Les monochromes de bleu et de gris où la mer et le ciel se rejoignent sont d'une beauté onirique très forte. Le spectateur est comme transporté dans une autre dimension où il pressent l'imminence d'un drame. Puis on bascule dans la tragédie du réel avec l'annonce faite à des parents anéantis, le quotidien d'une équipe médicale de réanimation. Lors de l'opération chirurgicale, fort réaliste, consistant à prélever son cœur « amoureux », l'infirmier s'adresse à Simon au nom de ses proches dans une scène bouleversante tout en retenue.

La seconde partie du film, moins maîtrisée, ne retrouve pas le lyrisme des premières scènes. La réalisatrice ne s'attarde pas sur ses personnages qu'elle traite un peu en surface. Ce film choral présente une belle brochette d''acteurs (Dominique Blanc et Bouli Lanners dans un contre-emploi) ;une mention spéciale à Tahar Rahim, aussi sensible que bienveillant dans le rôle de l'infirmier-coordinateur et à Anne Dorval, dans celui du cœur « défaillant ».

Plus qu'un plaidoyer en faveur du don d'organes, « Réparer les vivants » parle du don de soi sous toutes ses formes, de la force du collectif, à travers le parcours d'une chaîne humaine. Malgré la gravité du sujet, Katell Quillévéré réalise un film lumineux, à la fois dense et pudique.










1.Posté par Coudray Jean-Daniel le 13/11/2016 20:09 | Alerter
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Tout à fait d'accord avec cette présentation, y compris concernant le bémol pour la deuxième partie.
En revanche la remarque concernant le traitement superficiel des personnages me semble moins pertinents.
J'ai, moi, trouvé remarquable qu'on n'en dise pas trop, qu'on ne fasse que suggérer!
Beau travail à mon sens dû précisément au désir de pas en dire trop, de rester dans l'ellipse, pariant sur l'intelligence, la curiosité ou peut-être les interprétations personnelles des spectateurs.
Exemple: le...








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