Vos vaisseaux connectés en wifi !

Eurêka ! #6


Rédigé par Pierre ABRAHAM, professeur des universités et praticien hospitalier à Angers - Angers, le 24/11/2016 - 07:45 / modifié le 24/11/2016 - 21:20


Avec cette rubrique bimensuelle, la rédaction d’Angers Mag et l’Université d’Angers (UA) s’associent pour éclairer autrement le débat public et les questions de notre temps, en confiant la plume à quelques-uns des 560 enseignants-chercheurs et 518 doctorants de l’institution, qui travaillent au sein des 28 laboratoires de l'UA. Ce jeudi, Pierre Abraham apporte ses éclairages sur le thème de la santé et des objets connectés. Une contribution qui fait écho au colloque du même nom (S2ca) qui a se tient ce vendredi 25 novembre, à Terra Botanica.



Consultation sur téléphone numérique des recommandations professionnelles.
Consultation sur téléphone numérique des recommandations professionnelles.
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L’objet connecté (OC) prend une place de plus en plus importante non seulement dans notre quotidien (notre brosse à dent, l’activimètre de notre téléphone numérique, la programmation à distance de notre habitat, etc.) mais aussi auprès des professionnels de santé.
 
L’OC peut être un formidable outil d’évaluation et d’aide à la décision pour le soignant. Il permet aussi de sortir le soignant du cadre strict de son lieu de travail (hôpital, clinique, cabinet médical) pour se rapprocher du lieu de vie des malades. L’OC offre la possibilité d’obtenir des informations essentielles sur la santé des patients au plus près de leur cadre de vie.
 
Ces outils numériques font déjà partie du quotidien des soignants dans le domaine vasculaire. Chacun peut disposer sur son portable, sa tablette voire son smartphone de bases de données médicales, d’algorithmes de décision clinique (par exemple, en cas de thrombose veineuse) ou des dernières recommandations professionnelles du bon usage de médicaments. 

Géopositionnement des lieux de marche de l’étude Post-GPS (© J Vasc Surg 2014).
Géopositionnement des lieux de marche de l’étude Post-GPS (© J Vasc Surg 2014).
Mais l’OC ne s’arrête pas à la tablette ou au téléphone interactif, il rend des services appréciables dans les progrès médicaux et la compréhension des maladies. À titre d’exemple, l’utilisation de boîtiers de positionnement satellitaire (GPS) à domicile nous a permis à l’occasion d’une étude réalisée et promue par le CHU d’Angers  et publiée dans les revues américaines « Circulation » et « Journal of Vascular Surgery » de mieux comprendre les comportements à la marche des malades atteints d’artériopathie des membres inférieurs.

Pourquoi et combien de temps ils doivent s’arrêter ? Comment cela influence leur vitesse de marche et en quoi l’effet des traitements améliore ou non ces paramètres ? Autant de point essentiels dans les conseils qui peuvent être ensuite donnés aux malades pour tenter d’améliorer leur qualité de vie malgré la maladie.

Enregistrement d’oxymétrie à la marche montrant une souffrance de fesse pendant la marche.
Enregistrement d’oxymétrie à la marche montrant une souffrance de fesse pendant la marche.
Aujoud’hui, il est également possible de repérer certaines formes de maladie artérielle jusque-là difficile à diagnostiquer, ou nécessitant des techniques d’imagerie irradiante, grâce à l’amélioration des mesures de l’oxygène à la surface de la peau en laboratoire. De nombreux travaux ont permis grâce à la connexion de différents capteurs d’oxygène entre eux de préciser, facilement et de façon très fiable, l’origine des douleurs en particulier lombaires et fessières à la marche. Plus de 500 tests diagnostiques d’oxymétrie à la marche sont réalisés maintenant chaque année au CHU d’Angers  et la technique s’est développée sous le pilotage de notre équipe dans des centres universitaires en France (Marseille, Toulouse, Lyon, Lille, Rennes, Caen...), mais aussi à l’étranger (USA, Grande-Bretagne, Canada…). 
"Demain, grâce à un ou plusieurs tensiomètres connectés transmettant leur résultats en wifi à l’équipe soignante, il sera sans doute possible de mieux suivre à domicile les effets secondaires des chimiothérapies.

Numérisation du volume d’une jambe par caméra trois dimensions.
Numérisation du volume d’une jambe par caméra trois dimensions.
D’autres travaux au sein de notre équipe consistent en la conception et la création d’objets connectés visant à améliorer les connaissances et les capacités diagnostiques des soignants et réduire encore à l’avenir les errances ou difficultés diagnostiques dans le domaine des pathologies vasculaires (numérisation 3D, mesures volumétriques à la marche au cours des maladies veineuses, analyse mathématique des signaux médicaux, traitement des images, recueil de signaux physiologiques : cardiaques , vasculaires, respiratoires, ostéo-articulaires, etc.). Ces travaux sont menés en collaboration avec le Laboratoire angevin de recherche en d’ingénierie des systèmes (Laris), l’École supérieure d’électronique de l’Ouest (Eseo), et les laboratoires de recherche préclinique de l’UFR santé  au sein de la SFR-Icat.

Demain, grâce à un ou plusieurs tensiomètres connectés transmettant leur résultats en wifi à l’équipe soignante, il sera sans doute possible de mieux suivre à domicile les effets secondaires des chimiothérapies (Étude DYVA) ou la qualité des revascularisations (Projet TAFEL). Cela devrait permettre, à l’avenir, de limiter les contraintes de déplacement pour les patients qui vivent en milieu rural et diminuer les risques d’accidents et de complication.
 
Le développement rapide de l’OC dans le domaine de la santé n’est pas toutefois sans poser des questions essentielles sur la somme colossale de données et d’information générées : comment former le patient et les soignants à comprendre les valeurs ou informations dont ils disposent ? Quelle est la fiabilité des OC ? Comment sécuriser les données à la source et lors du transfert entre le soigné et le soignant ? Comment les analyser ? Comment les stocker ?
Ces questions seront abordées à l’occasion du 1er congrès S²CA   (Science et santé connectées à Angers) qui aura lieu demain, 25 novembre. Dès aujourdh'ui, les deuxième Hospilike  (rencontre des réseaux sociaux hospitaliers) traiteront des relations patient/médecin, à l’épreuve des réseaux sociaux.

Pierre Abraham
Pierre Abraham
Qui est Pierre Abraham ?
Pierre Abraham est professeur des universités et praticien hospitalier à Angers. Cardiologue de formation, docteur en médecine et docteur en physiologie, il anime le département de Physiologie et explorations fonctionnelles du CHU d’Angers où il développe ses activités de recherche dans  le domaine de la médecine et de la physiopathologie vasculaire. Il est responsable de l’enseignement de physiologie de Médecine médecine du sport et de Médecine médecine Vasculaire vasculaire à l’UFR santéSanté. Pierre Abraham est également directeur de la Structure fédérative de recherche ICAT et membre de l’Unité mixte de recherche INSERM/CNRS MitoVasc. Il travaille principalement sur la microcirculation et l’exercice dans le domaine vasculaire et bénéficie à ce titre du statut de chercheur associé dans la prestigieuse  « Mayo clinic » à Rochester (Minnesota, USA). 












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