Yahia Belaskri : leçon d’humanisme


Rédigé par Catherine NEDELEC - Angers, le Mardi 8 Novembre 2011 à 08:35


Yahia Belaskri, « Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut » (Vents d’ailleurs), était l’invité, ce jeudi, de la Bibliothèque pour tous et de la librairie Richer. A travers son roman, l’auteur parle de l’Algérie et de son histoire, particulièrement des tourments de la guerre civile.



Yahia Belaskri, invité du café littéraire animé par Cecil d’Estienne
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Il est né à Oran. Après des études de sociologie, il devient responsable des Ressources humaines dans plusieurs entreprises algériennes, puis il s’oriente vers le journalisme. Il est aussi auteur de nouvelles et d’essais et participe aux travaux de recherche sur la mémoire de la Méditerranée. En octobre 1988, des émeutes éclatent contre le régime autoritaire de Chadli Bendjedid, en place depuis 1979. Elles font des centaines de morts. Un an après, Yahia Belaskri décide de s’installer en France.

Bien qu’affirmant qu’ « écrire est un acte individuel égoïste qui fait tourner l’auteur autour de ses obsessions », c’est bien la volonté d’instruire, de donner matière à réflexion qui a guidé la plume de Yahia Belaskri dans l’écriture de son roman, Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut. Pour chacun de ses personnages, la vie est indissociable de la mort ; pour Déhia, jeune femme universitaire qui se heurte à l’extrême violence de l’histoire récente algérienne ; pour Adel, cadre dans une entreprise qui essaie d’échapper aux pressions, petites et grandes et frère de Badil, abonné à l’enfer.

Durant leur séjour - dans une ville qui pourrait être Rome, ils voient la beauté du monde, eux qui connaissent avant tout un univers féroce ; ils tentent de se reconstruire. Yahia Belaskri décrit sans détours le quotidien barbare de toute une population : meurtre, corruption, vol, supplice : « L’innommable est partout, c’est pourquoi je n’ai pas voulu délimiter l’espace mais montrer son universalité ».

Déhia et Adel ont vécu une réalité terrifiante où la mort et le dégout sont omniprésents. Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut est un roman sombre, souvent insoutenable, qui prend appui sur une réalité, celle dont l’auteur a voulu témoigner, pour que le monde en prenne conscience. C’est aussi le rôle de l’écrivain. L’auteur écrit simplement, parfois crûment. Pourtant Yahia Belaskri croit en l’Homme, à la sagesse dont il sait faire preuve et à sa capacité à construire : « avec 10 ans de guerre civile et des centaines de milliers de morts, tout partait à vau-l’eau, mais tout fonctionnait parce les gens faisaient de sorte que le pays existe ».

Et d’ajouter : « Les Algériens ne savent pas que leur terre a été traversée par plusieurs civilisations et autant de Cultures qui ont toutes leur légitimité. On leur doit l’agriculture, la médecine, les mathématiques…Mais l’Islam rigoriste a pris le pas sur l’Islam des Lumières ». Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut (symbole d’abondance et de richesse contraire à celle du bas, sur le sol, pauvre) est le message d’espoir de Yahia Belaskri, dont le livre bouleverse, puis interpelle sur le sort d’un pays si proche de la France. « Pour construire, il faut s’ouvrir sur le monde, depuis la petit enfance. L’ennemi n’est ni le chrétien, ni le juif. Il n’y a qu’un seul ennemi, c’est soi-même ». Une belle leçon d’humanisme …












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