Bipolaire : vivre avec une maladie vicieuse et perverse.

Lounes

En France, environ 2% de la population souffrirait de bipolarité. Magali Gelbart, elle-même atteinte de cette maladie, en a fait sa force et se bat chaque jour contre elle. En 2019, elle a cofondé le GP3A, une association alsacienne de pairs aidants, et écrit des poèmes exprimer ses états d'âme. Entre deux crises, elle raconte son histoire. Portrait à la fois cru et sensible.

J'ai rencontré Magali il y a deux ans lors d'un à Boofzheim (67). Depuis ce jour, j'ai toujours eu envie de la retrouver. À l'époque, elle m'a lu ses poèmes, des mots qui décrivaient sa maladie, la bipolarité. Je me souviens juste d'avoir vu ses grands yeux bleus perdus dans un corps fatigué. Aujourd'hui, elle me dit qu'elle était en phase dépressive ce jour-là. Aujourd'hui, elle me dit que c'est « un bon jour ». Une autre Magali, plus vivante, plus habitée. Mais toujours Magali.

Pour Magali, un bon jour c'est elle se sent « normale ». Elle n'aime pas ce mot, mais elle ne trouve pas d'autre terme pour décrire cet état. Elle explique que quand on a cette maladie, il faut rentrer à un moment dans la norme, il n'y a pas le choix. Mais qu'est-ce que la normalité ? Pour elle, c'est ce qui se rapproche le plus de sa vie, entre une phase dépressive et une phase maniaque. Magali a été diagnostiquée bipolaire il y a sept ans et depuis, elle enchaîne les phases et les hospitalisations. Malgré tout, elle garde la sérénité et encaisse les coups.

« Être dans une phase dépressive, c'est rester couchée, clouée au lit, être un fantôme. Je ne suis capable de rien, je ne parle pas, je ne me lave pas, je ne lis plus, je ne sais plus. Plus rien. » Ces mots sont ceux de Magali, qui nous parle de sa première crise, il y a 20 ans. Depuis, ses phases dépressives se ressemblent. Après chaque phase dépressive, vient systématiquement une phase maniaque. Elle se souvient de moments où elle faisait du stop entre Paris et la Normandie, dormait dans la rue, portait des perruques et se mettait en danger. Souvent, elle n'a aucun de ces moments-là. La maladie est bien présente, même si le diagnostic a été mal posé au début.

Pendant 15 ans, Magali pensait être borderline, sans toutefois franchir la ligne de la « normalité ». Elle trouvait difficile de distinguer son caractère de sa maladie. Mais elle explique que lorsque les émotions sont fortes, les digues lâchent. Magali parle de sa maladie de manière frontale. La bipolarité fait partie d'elle, mais elle n'est pas uniquement bipolaire. Elle est Magali, qui aime le théâtre, l'écriture et la nature. La bipolarité est une leçon de vie qui l'a obligée à être résiliente et à l'accepter.

Magali découvre la bipolarité à 40 ans, de manière violente. Elle fait une dépression de neuf mois, suivie d'une tentative de suicide. Elle raconte même comment elle a essayé de s'étouffer avec de l'hélium, mais qu'elle a échoué. Après cette tentative, elle est hospitalisée pour la première fois. Elle se souvient de cette expérience comme d'un choc violent, mais sans haine. Elle comprend pourquoi sa famille a dû agir ainsi et leur fait confiance. Elle admet que sans eux, elle serait à la rue.

Lors de cette hospitalisation, Magali est diagnostiquée bipolaire, mais elle ne sait pas ce que cela signifie. Elle est attachée à son lit parce qu'elle se promenait en sous-vêtements dans les couloirs. Elle se souvient qu'on lui a donné un carré de chocolat comme à un chien. Cette lecture du rapport médical la blesse profondément. Elle réalise que la maladie peut la mettre dans des conditions inhumaines. Elle n'a pas encore réussi à dénoncer les maltraitances dont elle a été victime, car elle ne se sent pas encore légitime pour le faire.

La maladie a failli tout lui , y compris son fils Gabriel. Lors d'une crise, elle est dénoncée pour maltraitance et son fils est envoyé vivre avec son père. Avec le recul, elle pense que c'était une bonne chose pour lui, car les années qui ont suivi ont été très difficiles pour elle. Cette a entraîné une nouvelle hospitalisation de 17 jours, qu'elle décrit comme d'une violence inimaginable. Elle lit le rapport médical et en garde quelques souvenirs, comme le fait de devoir déféquer dans la salle d'isolement. Elle considère que ces conditions de soins sont inhumaines.

Mais Magali ne se laisse pas abattre. Elle est pleine d'envies, de . Elle s'engage dans la lutte contre la stigmatisation des maladies mentales et a cofondé le GP3A, une association de pairs aidants en Alsace. Elle trouve du soutien dans cette association et cela lui permet de repartir au combat à chaque fois qu'elle se relève. Elle a repris ses études de droit et compte passer le concours d'avocat pour boucler la boucle.

Magali sait qu'il y aura d'autres crises, mais elle connaît mieux son état maintenant. Elle a appris à anticiper et sait quand il est temps de retourner à la clinique. Elle écrit aussi des poèmes, une façon pour elle de guérir. Elle est également maman de Gabriel, qui est fier d'elle.

Ainsi, malgré les difficultés, Magali ne se laisse pas abattre. Elle fait face à la bipolarité avec courage et continue d'avancer. Son combat contre la maladie mentale et la stigmatisation qui l'entoure est une priorité pour elle. Alors que de nouvelles crises se profilent, Magali reste déterminée à vivre sa vie pleinement et à réaliser ses rêves.