André Wilms a de la (belle) gueule !


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le Jeudi 3 Novembre 2016 à 07:45


Le comédien et metteur en scène assure au Quai, jusqu’au 10 novembre, un Atelier de Formation et de Recherches mis en place par le CDN d’Angers. Rencontre avec une forte personnalité, un personnage à l’humour vache, tout sauf lâche, classement bravache.



André Wilms accompagne sept comédiens jusqu'au 10 novembre, dans le cadre de l'Atelier de Recherche et Formation mis en place par le Centre dramatique national.
André Wilms accompagne sept comédiens jusqu'au 10 novembre, dans le cadre de l'Atelier de Recherche et Formation mis en place par le Centre dramatique national.
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Dans notre petite vie de journaliste culturel de PQR, on s’est constitué un panthéon de rencontres. Patrice Chéreau, Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli, Nanni Moretti, Isao Takahata, Nick Park… autant de croisements de regards, de nourritures spirituelles reçues, d’échappées belles dans l’art et la manière. Il nous faut désormais y ajouter un nom : André Wilms.

L’inoubliable père Le Quesnoy de La Vie est un long fleuve tranquille, d'Etienne Chatiliez, « rôle pour lequel on n’a pas gagné un rond ! » et l’impressionnant Marcel Marx dans Le Havre, sa troisième collaboration avec le cinéaste Aki Kaurismäki, possède le fond – une grande connaissance du théâtre, du cinéma doublée d’un regard aiguisé sur le monde et la comédie humaine - et la forme, directe, carrée, impérieuse. « Je vous le dis tout de suite, si c’est pour faire une interview gentille, genre dans le théâtre, tout le monde est gentil et tout le monde s’aime, c’est pas la peine ! ».

Merci pour la pression Monsieur Wilms, on va essayer de ne pas être trop Bisounours… Trois-quarts d’heure plus tard, l’homme n’était pas plus détendu mais confiant… et souriant. C’est là qu’un artiste comme André Wilms est puissant : son verbe n’admet aucune concession quand son humanité ne cesse de transpirer. Il faut dire qu’il n’a plus grand-chose à perdre ni à prouver. Lui qui s’est toujours méfié de la célébrité et qui a davantage connu les richesses de la création que celles pécuniaires ne va pas, à son âge (69 ans), polir ses piques.
Le théâtre ? « C’est un métier de chien ! Un métier de la concurrence, sans foi ni loi. Et ceux qui disent que c’est un monde de Bisounours disent n’importe quoi"

Sa présence auprès de sept comédiens et comédiennes pour cet Atelier de Formation et de Recherche n° 98 du CDN Angers Pays de la Loire (lire ci-dessous) est l’occasion pour lui de replacer son métier et l’univers du théâtre à leur juste place : « C’est un métier de chien ! Un métier de la concurrence, sans foi ni loi. Et ceux qui disent que c’est un monde de Bisounours (on y revient !) disent n’importe quoi. Et puis, comme disait Robert Mitchum, être acteur, c’est un métier de gonzesse. C’est lui aussi qui avouait avoir fait ce métier après avoir vu Rintintin : « Si un chien peut le faire… » ».

Alors le monsieur ne raconte pas n’importe quoi à ses stagiaires du jour, et il ne leur fait pas de cadeau : « Je gueule beaucoup… mais gentiment. J’ai un profond respect pour eux… et en plus, ceux-là sont vraiment pas mal. Ce que je veux leur dire, c’est qu’il faut qu’ils se détestent ; qu’ils retirent le tapis sous leurs pieds. Mais ils s’aiment trop ! Regardez cette mode des selfies… ridicule. Je leur dis aussi qu’il faut tuer l’ancienne génération ».

Dans une interview qu’il accordait à Télérama, André Wilms regrettait que « n’importe quel clampin puisse devenir metteur en scène ». Et comédien ? « Tout le monde l’est déjà ! Ouvrez une radio le matin et vous entendrez que tout le monde se met à jouer, plus ou moins mal d’ailleurs. La raison est simple : on privilégie aujourd’hui le tout culturel au détriment de l’art ». Sentant notre artiste plein de verve et de verbe, on insiste un peu sur sa vision du théâtre et de l’art : « Le théâtre n’est pas le lieu où l’on peut changer le monde ; ce n’est pas le lieu de l’information, des actualités. Le théâtre doit servir à diviser les gens ; c’est l’espace de la polémique, l’inadmissible, l’irréductible, l’indicible. Il doit être révolutionnaire, dans le sens où la révolution est faite pour être faite, et pas aboutie. Et j’en reviens à cette idée de l’art qui, contrairement à cette idiotie de « devoir de mémoire », est salvateur, même dans les situations les plus extrêmes ».
« Le théâtre n’est pas le lieu où l’on peut changer le monde ; ce n’est pas le lieu de l’information, des actualités. Le théâtre doit servir à diviser les gens ; c’est l’espace de la polémique, l’inadmissible, l’irréductible, l’indicible. Il doit être révolutionnaire, dans le sens où la révolution est faite pour être faite, et pas aboutie"

André Wilms n’est pas cynique, mais il n’est dans aucune illusion. Et il aime à aller droit dans le mur… joyeusement. Au rang de ses illusions perdues figure la pensée actuelle : « Nous sommes en pleine révolution conservatrice. On est dans la pensée unique du Front national et de la droite. On parle de droite décomplexée maintenant, comme si elle a eu un jour des complexes (rire). Et cela contamine le théâtre. De dire que le théâtre est de gauche est une grosse connerie. Même Luchini dit qu’il est de droite (rire). Prenez l’exemple de la Comédie-Française qui, il y a quelques années, était la risée de tout le monde et qui aujourd’hui est encensée. Et je n’ai jamais vu autant de classiques et de Molière de toute ma vie. Vous savez pourquoi ? Parce que le public visé est le scolaire. Les salles se vident ; il n’y a plus que des vieux, alors on les remplit comme ça. Pour quel résultat ? Pour que deux ou trois gamins s’y accrochent et y reviennent à l’âge adulte ».

Réduire André Wilms à ses colères (toujours rieuses) serait injuste. Celui qui assume avec malice son côté « plouc », ce qui lui permet par ailleurs de mieux transmettre son art à des jeunes moins impressionnés, ne désespère pas un jour d’être George Clooney et d’être riche. « Bon, le café est pris, mais si vous pouviez passer le message à Monsieur le Président pour que je puisse dire : « Camembert Président… what else ? ». Il n’est jamais trop tard Monsieur Wilms. La preuve. Vous avez toujours fantasmé sur Charlotte Rampling et vous partez tourner à Rome avec elle. Et resterez dans notre panthéon…

Les Ateliers de Formation et de Recherche
Cela fait maintenant presque trente ans que le Centre dramatique national (CDN) d’Angers a inclus dans son projet artistique une activité de formation théâtrale dans les Pays de la Loire. 97 Ateliers de Formation et de Recherche ont déjà été dirigés par des gens de théâtre reconnus : Laurent Brethome, Catherine Gandois, Thomas Jolly, Leslie Kaplan, Frédéric Bélier-Garcia ou encore Jean-Louis Benoit et Sylvain Creuzevault pour ne citer que les plus récents.
Ces ateliers se déroulent sur trois semaines pour quinze jours de travail effectifs, dans les locaux du CDN. Les jeunes y découvrent un savoir-faire, les enjeux fondamentaux de la réflexion ou de la production théâtrale d’aujourd’hui et s’informent sur les évolutions du métier. André Wilms est donc arrivé le 24 octobre dernier à Angers, avec le thème « L’amour est plus froid que la mort ».

Une ouverture publique est prévue à l’issue de cet Atelier n° 98, jeudi 10 novembre, à 18 heures en T 400 du Quai. Entrée libre sans réservation. Renseignements www.lequai-angers.eu  












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