Après sa démission du conseil municipal, Abdel-Rahmène Azzouzi s'explique


Rédigé par - Angers, le 11/02/2015 - 15:15 / modifié le 12/02/2015 - 17:40


Dans une vigoureuse tribune publiée mardi dans Le Monde des Religions, le chef du service d'urologie du CHU d'Angers, Abdel-Rahmène Azzouzi a officialisé sa démission du conseil municipal. "Un geste d'alerte" explique-t-il pour dénoncer les dérives de l'Etat français à l'égard de la communauté musulmane. Il s'explique.



Après sa démission du conseil municipal, Abdel-Rahmène Azzouzi s'explique
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Pourquoi avez-vous choisi d'annoncer une démission de mandat local dans un média national ?
"Ce n'est pas pour des raisons locales que je démissionne. C'est une sonnette d'alarme que je tire en disant attention, la pente est dangereuse. Après les 7 et 9 janvier, il y a eu ce merveilleux élan du 11 et on a pensé qu'on allait enfin commencer à réfléchir à la place de l'islam en France. En lieu et place de quoi, on assiste à une judiciarisation du problème, une tolérance zéro et un tout sécuritaire qui s'installent, un contexte dans lequel les musulmans se sentent de plus en plus en danger quelque-part. La deuxième raison est technique, je ne vois pas quel média local - à part Angers Mag - accepterait de publier un texte de 6000 signes. Le Monde des Religions (voir la tribune complète ici) a accepté ma proposition en deux-trois heures."

Si un personnage comme vous, impliqué et reconnu dans la vie locale -un "notable" si vous me permettez l'expression- ressent à ce point un malaise, on se demande bien ce qu'il en est de tous les musulmans qui n'ont pas votre chance ?
"Ce n'est pas moi qui m'exprime. Je vis dans un château, j'ai une voiture à 100 000 €, j'ai une femme qui est magnifique, j'ai trois enfants et j'ai deux ânes... moi, je vais bien mais je ne peux pas vivre comme ça. Je viens du 93 et mon coeur et mon esprit sont toujours restés là-bas, et quand je vais à la Roseraie ou à Monplaisir, ce que j'ai exprimé, c'est ce que pourraient exprimer les jeunes des quartiers. J'ai juste essayé d'être l'esprit et la plume de ce que peut ressentir une grande partie de la communauté musulmane. Face à ce sentiment général, j'ai du mal à être égoïste, à me contenter de ma petite vie de notable, comme vous dites. Peut-être que d'autres devraient le faire plus souvent, pas seulement sur des questions comme celles que je soulève, mais sur des questions sociétales, économiques, de solidarité. Il y a beaucoup de Français qui sont dans la difficulté aujourd'hui, et je ne suis pas sûr au passage que les musulmans le soient plus que d'autres. Mais il y a une tendance lourde qui s'installe et c'est celle-là que je veux éviter comme politique de fond vis à vis d'une minorité."
 
"Oui, la population musulmane est stigmatisée et le rôle de l'Etat, ce n'est pas de mettre de l'huile sur le feu mais de l'huile dans les rouages."

Un mois après le 11 janvier, vous estimez donc qu'on ne va pas dans le bon sens ?
"Absolument. Ces condamnations totalement disproportionnées de jeunes qui se prennent des deux ans, des trois ans de prison ferme, mais ce n'est pas la France ça ! Tout républicain digne de ce nom ne peut pas accepter ça. Je suis un musulman profondément républicain et je suis très fier des valeurs de la France, de la Constitution et de la Déclaration des Droits de l'Homme. Je suis moins fier de ce que fait l'Etat français. Toutes proportions gardées, je dis bien "toutes proportions gardées", en 1940, peut-être que certains ont été bien inspirés de ne pas laisser s'installer cette chasse aux juifs qui a valu la déportation de 76 000 de nos concitoyens qui pour la plupart sont morts dans des camps. Bien évidemment, je ne fais pas de parallèle entre ces deux situations d'un point de vue quantitatif, mais sur le fond, je dis "oui, la population musulmane est stigmatisée" et le rôle de l'Etat, ce n'est pas de mettre de l'huile sur le feu mais de l'huile dans les rouages. Une institution comme la police doit être irréprochable, exemplaire, mais je pense qu'elle est celle où le racisme d'Etat est le plus présent. Allez voir les jeunes des quartiers, et ils vous raconteront les dix contrôles par jour qu'on leur impose. Je ne peux pas cautionner ça en tant qu'élu de la République."

Pourquoi démissionner du conseil municipal que vous préservez de vos critiques ? Pourquoi ne pas y rester pour faire entendre votre voix ?
"Il s'agit de tirer une sonnette d'alarme. Si je n'avais pas démissionné, on ne serait pas au téléphone maintenant. Il y a un moment où il faut savoir payer le prix de ces engagements. C'est le seul mandat que j'avais, donc c'est celui que j'ai mis sur la table pour dénoncer la gestion par le gouvernement de la place de l'islam en France, qui est une énorme question. Aucun gouvernement, aucun politique, même local, ne fera l'économie de régler ce problème. Il y a 5 millions de musulmans en France. Le 7 et le 9 janviers, des jeunes musulmans français ont tué d'autres français, que voulez-vous de plus ? La guerre civile ?"
 
"Pourquoi quand on veut régler des questions liées à l'islam à Angers, on appelle le Maroc ou l'Algérie, via les consulats ? Ce n'est pas normal."

Revenons quand même à une question locale : le projet de mosquée d'Angers, c'est désormais un tabou ?
"C'est une excellente question qui illustre parfaitement la situation : combien de temps, ça va durer cette histoire ? Il n'y en pas un qui, au bout d'un moment, va taper du poing sur la table pour dire : "Ca suffit, je veux une communauté musulmane organisée à Angers" ? Je demande pas au maire d'Angers, Christophe Béchu, de régler les problèmes de toute la France, mais je pense que lui et d'autres responsables politiques de la région, doivent réunir les principaux acteurs et leaders de la communauté musulmane autour d'une table pour se demander  : qu'est ce qu'on fait ? Comment on gère votre culte ? Mais pas avec le consulat du Maroc ou de l'Algérie. Non, avec des citoyens français de confession musulmane, avec les locaux."

Que voulez-vous dire ?
"Je ne crois pas que quand on veut gérer le problème de la synagogue d'Angers, on appelle le Premier ministre d'Israël. Idem pour les catholiques qui n'appellent pas systématiquement le Vatican. Alors pourquoi quand on veut régler des questions liées à l'islam à Angers, on appelle le Maroc ou l'Algérie, via les consulats ? Ce n'est pas normal. Cette politique qui consiste pour l'Etat français, à discuter avec des états étrangers pour dessiner l'avenir des cultes sur son sol, c'est la première brèche de la laïcité. Vendredi prochain, il y a une réunion organisée autour de l'Union des mosquées de France qui est un avatar de l'Etat marocain. C'est Moussaoui, l'ancien président du CFCM (ndlr : Conseil Français du Culte Musulman) qui vient donner la conférence, et quand vous n'êtes pas marocain, vous n'êtes pas invité. Je ne le suis pas. Mais moi, je suis Français ! autre exemple : l'imam de la mosquée d'Angers qui est arrivé il y a quelques mois, ne parle pas français, ne connait pas la politique, la sociologie, la géographie françaises, l'art culinaire... et il vient m'expliquer comment on doit vivre l'islam en France, dans la complexité de la situation que nous connaissons aujourd'hui, avec l'aval du préfet de Maine-et-Loire ? C'est une plaisanterie. Il faut sortir de cette logique qui veut que le culte musulman ne s'installe jamais en France."

Ce n'est pas que de la responsabilité de l'Etat et des institutions françaises...
"Oui. Les musulmans de France ont une responsabilité très importante dans l'échec de la mise en place de l'islam de France. Comme le disait un ami pied-noir : "A force de regarder dans le rétroviseur, on a oublié de regarder à travers le pare-brise". On ne vit pas en disant, "je suis arrivé de...", "je suis arrivé de...". Nous sommes en France et j'aimerai qu'une fois pour toute, les musulmans de France comprennent que ce sont des citoyens français qui peuvent avoir des sensibilités différentes selon leurs origines, leurs mémoires mais, nom de Dieu, nous sommes des Français ! Nous sommes une communauté de destins, nos enfants sont dans la même école de la République. On se bat pour un même idéal. Et il y a un moment où il faut couper le câble avec le pays d'origine. Moi, là où je suis bien, c'est à Angers. Et c'est en France."

Lire aussi "Les réactions à la tribune d'Abdel-Rahmène Azzouzi" (12/02/15)




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15.Posté par angevin le 25/02/2015 02:51 | Alerter
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A ce DR F .

"le travail ne manque pas en Algérie" : vous êtes un inculte. Vous vous permettez de parlez d'un pays que vous ne connaissez pas. Les chiffres sont plutôt accessible pourtant sur le net. Je rappelle que la France s'est servi dans les colonies, à profiter d'une main d'œuvre bon marché à l'époque, n'a pas envisagé que ces même "immigré" viendront s'installer pour y vivre.

Pour rappel, les musulmans d'Algérie dans son cas, était des musulmans de France car l'Algérie était française do...

14.Posté par bruno le 22/02/2015 15:39 | Alerter
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CHE a historiquement raison :
En 1914-1918, la 1è guerre mondiale a vu la participation importante en nombre des troupes africaines, genre Spahis et Tirailleurs Sénégalais - Voir le film Indigènes - morts par centaines de milliers au front.
En 1939-1945, la division Leclerc et surtout le Débarquement de Provence ont été composés essentiellement de musulmans - et c'est peut-être bien pour ça qu'on en fait si peu mémoire.

Actuellement, une part significative de l'armée française, qui meurt en A...

13.Posté par Tom le 22/02/2015 13:26 (depuis mobile) | Alerter
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12.Posté par che le 22/02/2015 07:19 (depuis mobile) | Alerter
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Les musulmans se sont battus pour la mere pATRie , mort pour la mere patri, reconstruis ce pays, et quand il eu? Pendant que d autre leche les cul au bosch, Raconter moi la colonisation svp.les francais sont lache, et faut cul, quand on Gagne 1000 p

11.Posté par Tom le 19/02/2015 13:39 | Alerter
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Entiérement d'accord avec le Dr F

Je rajouterai que le discours de M Azzouzi s'est bien adoucit comparé à son texte publié dans le Monde des Religions qui n'est qu'une suite de provoquations témoignant de l'inculture et de l'ignorance de l'histoire de la France de cet homme dont l'imbécilité et la dangeurosité le classent parmis ceux qu'ils dénoncent.
La France si je doislui apprendre n'est qu'une suite de lutte douloureuse pour assimiller les différentes populations qui la constituent et impos...

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