Ateliers d'Angers : blogueurs en herbe, 2e prise !


Rédigé par Les Blogueurs des Ateliers d'Angers - Angers, le Mardi 30 Août 2016 à 12:00


Pour la 3e fois consécutive, après les Ateliers d'Angers 2015 le dernier festival Premiers Plans, au mois de janvier dernier, 13 jeunes volontaires de 15 à 30 ans, férus de cinéma, portent leur regard sur les films présentés lors de la 12e édition des Ateliers d'Angers, qui se déroulent jusqu'à mardi soir. Ils sont accompagnés dans leur premiers écrits par Gwenn Froger, journaliste culturel et Morgan Pokée, critique de cinéma. Ce sont quelques-unes des productions de leur blog dédié que nous vous proposons ici.



la rédaction vous conseille
"Grave", de Julia Ducournau

Une envie dévorante

Pour le festival de Toronto, où Grave est sélectionné cette année, le synopsis indique “Something is very, very wrong with Justine”. C’est une manière simple et concise de le résumer. Et c’est vrai qu’on ne peut pas en dire beaucoup plus sous peine de gâcher les surprises que le film nous réserve. Ce qu’on peut dire cependant, c'est qu’il faut avoir l'estomac bien accroché.
 
Grave est un film sur le cannibalisme, non comme une allégorie, mais bien comme un mode d’alimentation. Végétarienne, jeune surdouée et nouvelle arrivante en fac de véto, Justine fera l'expérience du bizutage, des fêtes, mais aussi de quelque chose de tout à fait différent : la viande. Sa réaction à cette nouveauté est assez inquiétante, une envie bien particulière s'étant éveillée en elle.
 
Une fois le passage à l’acte effectué par Justine, la tension du spectateur redescend mais reste toujours présente, car il se focalise désormais sur la survie de la jeune fille avec son nouveau régime alimentaire dans un lieu rempli de possibles casse-croûtes.
 
L’actrice principale, Garance Marillier, avait déjà tourné dans le court métrage Junior en 2011, où une adolescente voyait sa peau peler et révéler en dessous un derme reptilien. La réalisatrice Julia Ducournau prolonge dans Grave les thèmes du corps et de ses transformations, et a obtenu la Caméra d’or à Cannes cette année.
 
Les seconds rôles et leur interprètes, Rabah Naït Oufella et Ella Rumpf, sont impeccables tous les deux. Quand à la musique, écrite, produite et enregistrée par Jim Williams, elle colle parfaitement au film, accompagnant chaque événement pour mieux le mettre en valeur.
 
Si vous avez une petite faim, et que le coeur vous en dit, rendez-vous le 15 mars prochain au cinéma.

Audrey Pipparelli

Un thriller qui a du mordant

Justine, surdouée, est issue d'une famille végétarienne et continue ses études dans une école vétérinaire avec sa sœur aînée Alexia. Bizutée et contrainte de manger de la viande, elle en fait une allergie et prend étrangement goût à la chair... surtout celle de ses camarades.

Au premier abord, on aurait pu croire que ce film parlerait du combat des végétariens et de leur éthique évoquée lors d'un repas : « Tu trouves que le viol d'un singe et celui d'une femme a la même importance ? ».On comprend vite que Justine n'est pas végétarienne par éthique car elle mangera de la viande sans vraiment se poser de question. C'est avec ce paradoxe que l'on comprend que le végétarisme de la famille est présent pour ne pas réveiller son cannibalisme.

Ce premier long métrage n'a pas de message à faire passer contrairement à ce qu'un film de genre peut nous laisser penser. Pour la réalisatrice, Julia DUCOURNAU, c'est une expérience, une métaphore de l'interdit, du changement, une mutation comme dans son court métrage de 2011 Junior. Ce thème de la mutation est le point central du film : on le constate lors de l'allergie de Justine et également dans une scène dans laquelle elle se maquille et danse sur la chanson plus pute que toutes les putes du duo Orties. Ce thème, aussi présent lors du bizutage par la peinture dont elle se trouve couverte, représente d'une part l'alchimie des deux corps et d'autre part le réveil de son envie sexuelle et surtout son goût pour la chair. L'interdit se trouve aussi lors de son acte sexuel (plutôt qu'ébats amoureux) qu'elle fait avec son colocataire et ami gay. Cela prouve bien que le personnage de Justine pousse à la transgression.

La relation de sœur à sœur est très importante et forte. C'est d'ailleurs celle qui forge toute la narration et notre compréhension de l'empathie qu'elles éprouvent l'une pour l'autre. Ces filles partagent le même problème et donc se comprennent. Alexia apparaît comme un des futurs plausibles de Justine, ce qui, à la fin de l'histoire après l'incarcération d'Alexia, lui donne ce sentiment d'être désarçonnée.

Angélique Meih
 

Ateliers d'Angers : blogueurs en herbe, 2e prise !
Spectateurs, prosternez-vous !

Justine est une adolescente de 16 ans qui a grandi dans une famille où tout le monde est végétarien et vétérinaire. Élève surdouée, elle intègre l’école véto où se trouve également sa grande sœur. Entre les nouvelles rencontres et le bizutage Justine va beaucoup en apprendre sur sa vraie nature.
C'est avec beaucoup d'insolence que Julia Ducournau mène ses spectateurs dans son film qui se transforme peu à peu en conte. Mais qui a dit que les contes était toujours joyeux ? Julia nous livre avec audace une histoire où le sanglant devient source de rire.

Grave pourrait se découper en deux parties. La première, où l'on rentre directement dans l'univers du film, où les premières scènes sont pour le moins assez dérangeantes. Puis la seconde, qui commence avec une scène où tout bascule. Un moment où l'impensable devient possible. C'est à partir de ce moment, que toute notre vision du film change. Une transition s'opère, où l'on passe de l'incompréhension à une certaine compassion pour les personnages.

Le grand luxe est de voir ce film en salle pour observer le public. Dans la première demi-heure du film, une petite vague de personnes quitte la salle. Puis à plus de la moitié du film, c'est au tour des rires de faire leur apparition. Et c'est à ce moment que Julia a réussi son pari de confondre horreur et humour.
Le film est mené par un trio d'acteurs au top: Ella Rumpf (Alexia), Rabah Nait Oufella (Adrien) et Garance Marillier (Justine) qui est particulièrement excellente. Les plans et les scènes sont magistrales par leur mise en scène et grâce à une bande son qui colle à la peau du film.

Vous en parler pendant des heures serait possible, mais le meilleur conseil c'est de foncer voir Graveau cinéma qui sortira le 15 mars prochain.
 
Anaé Moreau.
 
 

Le premier Ovni mordant de Julia Ducournau

La jouissance de l’horreur, du repoussement, des possibles illimités de l’être humain. Julia Ducourneau joue avec le fantasme, les pulsions refoulées et transgresse avec beauté et émotion les interdits de l’existence dans son premier long métrage. Elle réinvente le genre cinématographique du gore, du film d’horreur et nous capture à travers un style parfaitement maîtrisé faisant se rejoindre, émotion, chamboulement et transformation corporelle de Justine le personnage principal, jeune fille surdouée, végétarienne acceptée en première année de médecine.  Un film présenté à la semaine de la critique à Cannes en 2016.

Le parcours initiatique de cette transformation corporelle et psychique vers l’âge adulte est un thème déjà présent dans son  court métrage Junior, présenté au festival Premiers Plans en 2012 et ayant reçu le prix d’interprétation féminine pour sa comédienne fétiche, Garance Marillier, une muse d’horreur et d’empathie présente à nouveau dans Grave. Un premier court métrage issue de la fin de ses études à la FEMIS en section scénario dans lequel la réalisatrice aborde déjà sa fascination pour le corps humain à travers la peau d’une jeune fille de 14 ans se recouvrant d’écailles de reptile durant l’adolescence. « Julia avait déjà une maîtrise rare de la mise en scène » souligne son producteur Jean des Forêts devant un public encore sous le choc après la projection durant les Ateliers. « C’est aussi une réalisatrice très stricte avec elle-même et avec tous ceux qui travaillent avec elle » précise  le producteur. Son souci d’impression de réalité se traduit par exemple à travers des scènes de foules plus vraies que nature. Dans ces soirées endiablées, Justine s’adonne aux plaisirs de l’alcool, à la musique, aux spots de couleurs et aux  corps  remplis de désir. Car le film aborde la découverte de la  véritable personnalité, de la sexualité et des conséquences que ces chamboulements peuvent engendrés. Le destin de deux sœurs aussi étrange que fascinant en proie à ce désir et à cette envie intense  de mordre au plus profond de la chair, jusqu’au sang.  

Julia Ducournau montre ce que l’on ne voit habituellement pas au cinéma. Des scènes rares et angoissantes,  permettant la délivrance des pulsions de l’être humain. La mort et la vie se confondent à travers le parcours initiatique de cette Justine « vraiment bizarre » comme la surnomme le festival de Toronto. Le rire, la sensation d’une larme, l’improbable, le suspense et l’angoisse sont présents à chaque seconde. La peur du prochain plan revient comme un leitmotiv, la crainte de ce que Julia Ducournau va oser montrer, raconter et mettre en lumière. Les rebondissements sont multiples grâce à une maîtrise totale de la narration.  Le public suit Justine dans des scènes parfois choquantes, étranges mais toujours soutenables. Une atmosphère instable, terrifiante et angoissante où plane  étrangement,  une envie de rire. Car oui, Justine n’a aucune limite. Les situations se succèdent et deviennent plus improbables  les unes que les autres. Justine ose et se permet tout. Insatiable, elle mange tout, vraiment tout.

Le plus grave dans toute cette histoire folle, c’est que Julia Ducournau réussit à nous prendre, à  emmener le spectateur dans cet univers qui est le sien provoquant une tornade de sensations et de sentiments à travers ce corps qui est le notre. Car toute cette histoire aussi indescriptible qu’exceptionnelle fonctionne principalement grâce à l’empathie mystérieuse qui nous lie avec Justine, ce monstre naissant sous nos yeux, perdue dans ses pulsions horrifiques. Un cheminement guidé par la musique magistrale du compositeur Jim William. Angoissante et grinçante, la composition musicale accompagne cet être en devenir à travers cette chaire fraiche qui alimente l’appétit de Justine.
L’image ne nous lâche jamais. Corps découpés, poils arrachés ou encore flot ininterrompu du sang qui coule. Le dégoût et l’envie de se cacher les yeux et très présent. Et puis cette sensation d’horreur change et on s’habitue au divertissement horrifique présenté. L’esthétisme est là, la prouesse technique aussi. La beauté du rouge, de cette rivière de sang et de cette chair qui commence aussi à briller dans l’œil du spectateur. La passion presque obsessionnelle de Julia Ducourneau pour ces corps recouverts de blessures, de cicatrices et parfois même déchiquetés.  Rien n’est suggéré, tout est montré. L’œil est attrapé, horrifié et fasciné en même temps. Une complexité aussi mystérieuse que celle que le spectateur nourrit à travers cette affection qu’il entretient avec Justine. Car cette jeune fille ressuscite les sentiments antérieurs de l’adolescence, apprivoise nos démons et provoque en nous, ce trouble et cette fascination pour elle.

Ce conte des temps modernes fait se rejoindre des êtres ardents, bouillonnants au milieu de scènes choquantes, sensuelles et touchantes. Les corps s’enlacent, recouverts de peinture jaune et bleue avant de basculer dans l’horreur. Le film est aussi fou que ses acteurs.  Naït Oufella Rabah, Ella Rumf que le producteur surnomme comme étant une sorte de « Béatrice Dalle qui a dû apprendre parfaitement le français pour se fondre dans le personnage d’Alexia la sœur de Justine». Et Garance Marillier, la plus dingue de tous qui interprète le personnage principal, un personnage avec l’ambition d’un avenir meilleur jusqu’au bout.

Marion Angeard

Film à dévorer

« Something is very very wrong with Justine. » Ainsi le festival de Toronto introduit-il le premier long métrage de Julia Ducourneau. Comment en faire un meilleur synopsis sans gâcher la plaisir presque pulsionnel du spectateur ? Il y a en effet quelque chose qui se joue en Justine, quelque chose qui a trait aux thèmes chers à la réalisatrice : la mutation corporelle, la dévoration et un goût immodéré pour le gore, parfois abordé de manière presque burlesque. Déjà dans Junior, son premier court-métrage, elle abordait ces thèmes au travers d'une mutation physique, celle de la puberté, poussée à son extrême et catalysée par une temporalité très restreinte.
Grave constitue alors une continuité de l'univers très particulier, et souvent volontairement dérangeant de la réalisatrice, qui peut surprendre pour un premier film. Mais on ne peut rester indifférent face à cette proposition de cinéma qui s'apparente fortement à un film de genre, sans pour autant s'y laisser enfermé. En effet, on est à la frontière de l'horreur avec des séquences que l'on peut qualifier de « gore » ou « trash » et pourtant celles-ci ne peuvent suffire à définir le film qui les transgresse en dépassant toujours nos attentes et mêmes plus, nos limites. La force de la réalisation est celle de tout pousser à l'extrême, aussi bien les exigences techniques, notamment lors de séquences nécessitant beaucoup de figurants ou encore dans le maquillage d'effets spéciaux, que dans la narration qui n'a pas peur d'aller jusqu'au bout de ce qu'elle se contente dans un premier temps de figurer. Cet ensemble donne une puissance particulière aux images, qu'elles soient intégrées à l'enchaînement narratif du film ou qu'elles se suffisent à elles-mêmes (comme le plan fixe, presque en clair obscur, d'un cheval galopant sur un tapis de course).
 
Grave est ainsi un objet singulier, un film entier qui ne peut être envisagé que pour ce qu'il est, c'est à dire un monde en soi qui se referme sur le spectateur qui doit l'accepter et se laisser dévorer ou n'a d'autre choix que de quitter la salle.
 
Mélina Pétrod

Viscéralement

Grave de Julia Ducourneau se présente comme une entrée en matière percutante (littéralement) dans le film de genre. Précédé de sa notoriété à la semaine de la critique à Cannes, le film ne démérite pas. Au contraire, il a l’intelligence de dépasser les appréhensions que peuvent susciter le film gore pour, sans cesse, surprendre un peu plus. 
 
Justine, jeune femme sortant à peine de l’adolescence, est à un tournant de sa vie : elle quitte ses parents, tout deux vétérinaires, pour rejoindre sa grande soeur sur le campus de l’école … vétérinaire. Une grande passion pour les animaux pourrait-on croire, au point de créer une cellule familiale de puristes végétariens. Malheureusement pour la fragile Justine, les bizutages de ces écoles sont réputés des plus violents, et vont la confronter à ses propres limites, faisant émerger sa véritable nature… 
Il semblerait donc qu’il s’agisse ici d’une simple histoire de récit initiatique. Et pourtant, ce qui ravit, c’est d’abord la capacité du film à déjouer les attentes du spectateur, car paradoxalement il emprunte systématiquement la voie la plus évidente : pousser les limites du genre horrifique, et le consolider d’une épaisse matière psychologique. 
Mais le film ne se perd pas non plus dans des errances psychologiques explicatives. On voit se créer sous nos yeux un monstre, dans une métamorphose organique, qui laisse transparaître sur le corps de la comédienne la violence intérieure qui se joue. La mise-en-scène est exigeante, pointilleuse, soignée, comme ces scènes orgiaques de fêtes étudiantes, au rythme soutenu, que parcourt une caméra mobile et stable sous une lumière irréaliste mais électrisante. 
Le rythme, c’est aussi celui des rebondissements, nombreux, qui accompagnent la jeune Garance Marillier, déjà apparue dans les précédents courts-métrages de Julia Ducourneau. Malgré  la jeunesse de son visage lunaire, c’est avec une grande maturité de jeu qu’elle fait don de son corps à son personnage. Frêle, pâle, elle dégage une présence physique qui n’a rien à envier à sa partenaire de jeu (tout aussi convaincante) Ella Rumpf. 
Tout dans ce film, pour peu qu’on ne soit pas réfractaire à quelques scènes un peu viscérales, converge pour convaincre. Une tension dramatique croissante, une vraie construction et évolution des personnages, un chute réussie, une réflexion visuelle riche et aboutie. 
 
Haut les coeurs, et il s’agit tout d’abord de se laisser dévorer par l’audace de cette petite perle du cinema français. 
 
Naomi Grand

Retrouvez l'ensemble des critiques de l'atelier sur le
 blog dédié








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