BD : travail de haut vol pour Olivier Supiot

[Dossier] 14-18 : Mémoire en marche (4/5)


Rédigé par - Angers, le Samedi 20 Septembre 2014 à 10:32


« La mémoire est l’avenir du passé » écrivit Paul Valéry dans ses « Cahiers ». Une citation antérieure à la Première guerre mondiale, mais qui prend maintenant tout son sens, 100 ans après le début d’un conflit qui aura profondément marqué l’intellectuel, comme le reste du monde.

100 ans après, donc, les combattants d’alors se sont éteints, et avec eux les derniers mots et visages d’un conflit total. Que reste-t-il, dès lors, de cette Grande Guerre ? Des objets, des textes et une tradition orale qui font vivre la mémoire d’un autre siècle. Car en Anjou comme ailleurs, la mémoire n’est pas passive, elle est en marche, sous les traits d’un artiste, dans le travail d’un historien, sous le vernis d’une exposition.

C’est cette force vive, qui donne de « l’avenir au passé », qu’Angers Mag vous propose de découvrir cette semaine. Une « entrée en guerre » salutaire contre l’oubli.



Olivier Supiot a conçu chaque planche comme un tableau, avec un travail en profondeur sur la couleur inhérente au conflit.
Olivier Supiot a conçu chaque planche comme un tableau, avec un travail en profondeur sur la couleur inhérente au conflit.
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Deux ans de travail… pour un résultat à la hauteur de l’Histoire : « La Patrouille des Invisibles » d’Olivier Supiot raconte l’histoire d’Hubert Lessac, jeune aviateur français durant la Première guerre mondiale. Une réussite sur le fond, une merveille sur la forme.

Sûr qu’Olivier Supiot n’est pas incollable, ni même qu’il n’est devenu un expert ès aviation. Devant les responsables du Musée régional de l’air, à Angers Marcé –où il a passé des heures à potasser son sujet- l’auteur BD ne la ramène pas : c’est sa nature profonde.
Humble, donc, devant les originaux de Gasnier ou autres pionniers de l’aviation. Humble, aussi, devant l’album qu’il vient de finaliser sur la Première guerre mondiale.

Après deux ans de travail, « La Patrouille des Invisibles » (Glénat) apporte un écot remarquable à la mémoire désormais centenaire du conflit. Un long chemin, pavé de doutes et d’incertitudes. « C’est mon album le plus difficile », concède Olivier Supiot. « Il y a dans le devoir de mémoire quelque chose de paralysant. » Comme dans l’œuvre d’un Jacques Tardi sur le sujet. « C’est un monument de la BD, empli de force, de précision. Irréprochable », avance Olivier. « Mais à un moment donné, je me suis dit que j’avais moi aussi le droit d’essayer de raconter une histoire : une histoire d’hommes solidaires sur le terrain, pour survivre ».

"Une envie d'être en matière, de peindre"

Olivier Supiot au Musée régional de l'air, à Marcé, où il est venu collecter de nombreuses informations.
Olivier Supiot au Musée régional de l'air, à Marcé, où il est venu collecter de nombreuses informations.
C’était en 2011 et « cette histoire » allait peu à peu se construire autour du personnage d’Hubert Lessac, fils de bonne famille en 1914, « fasciné par le fait de voler. Comment un jeune de cette époque-là pouvait avoir envie d’être aviateur ? », s’est interrogé Olivier Supiot.
Le récit prend ainsi corps, dans l’air, sur et sous terre, où l’on retrouve une galerie de personnages aussi attachants qu’inquiétants, soldats réunis par la guerre pour le meilleur et pour le pire. Surtout, pour essayer de survivre. « J’ai écrit le storyboard sans me brider par rapport à la documentation, en privilégiant le côté « conte sur la guerre ». Le travail s’est ensuite affiné au fur et à mesure de mes lectures et de mes découvertes », explique Olivier.
La revue Icare pour les avions, Barbusse, les peintres contemporains de l’époque… l’auteur angevin a poussé très loin le sens du détail, s’impliquant corps et âme dans sa représentation de la Première guerre mondiale. « C’est une image d’un autre temps, avec un côté charnel qui peut être dérangeant. Il y a comme une sorte de patine, quelque chose de particulier à ce conflit-là, un imaginaire de la couleur qu’il a fallu trouver », exprime Olivier, qui trouvait souvent ses planches « trop propres. Le côté terre, le côté sang, sale manquaient ». Il y a donc remédié, avec passion, ambition et « une envie particulière, tout en restant lisible, d’être sur le vif, d’être en matière, de peindre ».

A l'origine de l'œuvre, avec un cahier graphique

« La Patrouille des invisibles », c’est 90 pages de BD pure et un cahier graphique –passionnant- de 10 pages sur le travail préparatoire, avec une attention toute particulière portée à la maquette, travaillée avec l’ami angevin Tony Emeriau.
C’est l’histoire simple, solidaire et terrifiante d’Hubert, de Pierrot, de Titan, de Souleymane ou du sergent Creuil, pris dans le chaos de la guerre et de leurs propres démons.
Une œuvre peinte, dans laquelle chaque planche est pensée comme un tableau, chaque couleur ou nuance participe au récit. Et offre, 100 ans après, un trait de lumière aux invisibles.

« La Patrouille des Invisibles », Olivier Supiot, Glénat (collection 1000 feuilles), 24,90 €.

Extraits de "La Patrouille des Invisibles" - Olivier Supiot (Glénat)




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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