Bourdouleix, Hitler et les gens du voyage , un délit au prix d'une "bêtise"


Rédigé par - Angers, le 24/01/2014 - 09:05 / modifié le 24/01/2014 - 09:06


Le député-maire de Cholet a été condamné jeudi soir à 3000€ d'amende avec sursis pour avoir marmonné après une explication avec des gens du voyage qu'Hitler n'en avait "peut-être pas tué assez". L'apologie de crime contre l'humanité est reconnue. Le contexte invoqué en défense par le parlementaire, aussi. Équilibré ?



"Symboliquement important, socialement inopérant" a estimé dès jeudi soir à propos du jugement, Michel Cartron, le président de la Ligue des Droits de l'Homme de Maine-et-Loire (au premier plan). A l'arrière plan, au fond, Yves Gambert, le procureur de la République d'Angers.
"Symboliquement important, socialement inopérant" a estimé dès jeudi soir à propos du jugement, Michel Cartron, le président de la Ligue des Droits de l'Homme de Maine-et-Loire (au premier plan). A l'arrière plan, au fond, Yves Gambert, le procureur de la République d'Angers.
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On attendait un rassemblement au pied du Palais de Justice d'Angers. Jeudi, on a vu des dizaines de CRS et de barrières de sécurité, dispatchées autour de la place Leclerc mais... pas l'ombre d'un manifestant. Ni pour dénoncer les propos de Gilles Bourdouleix, comme la Ligue des droits de l'Homme l'avait appelé, ni pour défendre le député-maire de Cholet.

Mercredi soir, prétextant la crainte d'affrontements, ce dernier avait fait savoir par communiqué qu'il dissuadait ses soutiens de se déplacer et qu'il y renonçait lui-même pour les mêmes raisons. Inévitablement, sur les bancs des nombreuses parties civiles, cette décision personnelle n'a pas manqué d'être commentée, certaines parlant d'« un mépris », d'« un signe » voire d'une manière implicite pour le parlementaire de réitérer une nouvelle fois ses propos.

On attendait une demande de renvoi. L'avocat de Gilles Bourdouleix, l'avait même transmise la semaine passée au président du tribunal correctionnel d'Angers. Mais c'est un moyen de nullité que Me Pierre Brossard a soulevé au dernier moment, soutenant l'idée que son client n'avait pas eu une connaissance précise des faits qui lui sont reprochés. Et que ces faits, en tout état de cause, ne relevaient pas de l'« apologie de crime contre l'humanité » retenue pour le poursuivre.

Ses arguments ? La notion juridique d'apologie fait référence à « un discours ». Or « quand il prononce sa fameuse phrase - Comme quoi Hitler n'en pas tué assez, hein ? - le maire de Cholet ne s'adresse à personne, estime son défenseur. Il a marmonné cette phrase ». Et seules deux personnes, dont le journaliste du Courrier de l'Ouest, Fabien Leduc, l'ont entendue. L'apologie implique aussi une « discussion sur la voie publique », note encore Me Pierre Brossard. Or, le terrain occupé illégalement par les gens du voyage et qui appartient à la collectivité était loué à des agriculteurs et, de fait, ne pouvait être administrativement considéré comme un espace public.

Avant de requérir, Yves Gambert, le procureur de la République, contestera ces arguments point par point. Le discours ? Selon lui, Gilles Bourdouleix « sait parfaitement que ses propos sont tenus suffisamment forts. Quand on interroge « hein ? », on cherche bien l'approbation de son voisin ? » Le terrain occupé illégalement par les caravanes ? Situé près d'une route, occupé par plus d'une centaines de gens du voyage, il était devenu selon lui de fait « un lieu public par destination ».

Au final, la nullité sera rejetée.

"Le poison de la haine"

Sur le fond maintenant, les débats ont principalement opposés parquet, défense et parties civiles autour d'un point : l'intentionnalité ou non de la phrase « Comme quoi Hitler n'en pas tué assez, hein ? ». Et plus du tout (comme au début de l'affaire) de sa réalité, sur laquelle les enregistrements diffusés à l'audience, bien que peu audibles, n'ont laissé place à aucun doute.

Ce 21 juillet dernier, Gilles Bourdouleix a-t-il prononcé ses mots par conviction ou par pure bêtise ? « Est-ce que quelqu'un qui dit une bêtise parce que poussé à bout pendant 1h30, à qui ont fait des saluts hitlériens (ce que faisaient certains des gens du voyage) sans jamais savoir qui plus est qu'il est enregistré, mérite d'être cloué au pilori. Qu'on soit de droite ou de gauche, je ne souhaite à personne de vivre ce qui lui est arrivé » tonne Pierre Brossard, invoquant des provocations subies par le maire de Cholet et sa compagne enceinte peu avant l'altercation.

Pour les parties civiles, ces circonstances n'enlèvent rien à l'outrance et à la gravité de propos qui « libèrent le poison de la haine », selon Me Ivan Jurasinovic, l'avocat de la Ligue des Droits de l'Homme et du MRAP. « Des excuses » auraient sans doute suffi, estime le défenseur de la Licra, au lieu de quoi, « de dénégation en reconnaissance du bout des doigts, on a fait tout ce qu'il faut pour que les victimes soient encore plus choquées ».

D'autres avocats évoqueront des mots « impardonnables », des « mots qui peuvent tuer » et « dépassent les bornes ». Mais c'est la président de la Mission évangélique des tziganes de France qui touche juste en invoquant la mémoire des anciens et « la honte » qui les a longtemps empêcher de raconter à leurs enfants et petits enfants les horreurs de la déportation.

Regrettant « la politique de la chaise vide » choisie par le maire de Cholet, Yves Gambert s'attachera à caractériser le caractère apologétique de ses propos, « un ferment de haine », « inimaginable » de la part d'un parlementaire, avant de requérir six mois d'emprisonnement avec sursis et 5000€ d'amende.

Dernier à prendre la parole, l'avocat de Gilles Bourdouleix attaquera d'entrée « l'indignation sélective » de ses contradicteurs, qui oublient un peu vite selon lui les provocations dont son client a fait l'objet. Il reconnaît une « phrase extrèmement malheureuse ». Il insiste sur le contexte, « la tension incontestable » de l'échange entre l'élu et les gens du voyage ce dimanche, sur l'énervement de son client dont il ne doute pas un instant qu'il n'est ni nazi, ni un antisémite, ni un raciste. « Gilles Bourdouleix s'est toujours revendiqué du Gaullisme. Au CNI (le parti qu'il préside), il s'est toujours refusé à discuter avec le Front National. »

Après deux heures de délibéré, les juges ont donné le sentiment d'avoir retenu ces circonstances atténuantes, tout en condamnant l'extrème gravité des mots. Des mots marmonnés. Mais des mots qui ont fait depuis le tour du pays.




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Amine le 26/01/2014 23:28 | Alerter
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Sur mon blog (lien ci-dessous), vous trouverez un article intitulé : "Affaire Gilles BOURDOULEIX : hurlement des loups ; aboiement des chiens..."















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