C'est dans "Les Vieux Fourneaux" qu'on fait les meilleures BD...


Rédigé par - Angers, le Mercredi 22 Octobre 2014 à 15:46


C'est l'un des cartons BD du moment. Avec "Les vieux fourneaux", le duo Lupano/Cauuet proposent une comédie sociale irrésistible, qui ausculte le passé de septuagénaires gratinés en même temps qu'elle porte un regard sans concession sur notre société contemporaine. Alors qu'un 5e tirage du tome 1 est en cours, le tome 2 -"Bonny and Pierrot" sera disponible le 24 octobre. Interview avec le dessinateur et coloriste Paul Cauuet, en dédicace (mais c'est complet...) Au Repaire des Héros, vendredi.



Paul Cauuet est le dessinateur et coloriste de la série "Les Vieux Fourneaux" (Dargaud). Crédit photos : Cécile Gabriel.
Paul Cauuet est le dessinateur et coloriste de la série "Les Vieux Fourneaux" (Dargaud). Crédit photos : Cécile Gabriel.
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Paul Cauuet, comment est née l'idée des "Vieux Fourneaux" ?

"Avec Wildrid (Lupano, le scénariste NDLR), nous sortions de "L'honneur des Tzarom", une série fantastique. On avait envie de travailler de nouveau ensemble et on s'est posé la question de ce que l'on avait envie de raconter. "L'honneur des Tzarom", c'est une récréation, nous voulions mettre plus de sens et de fond dans ce que l'on produisait, parler de notre époque, de la société, du monde. En même temps, ça nous intéressait tous les deux d'évoquer le thème de la vieillesse, la génération de nos grands-parents, qui a vécu un nombre incroyable de bouleversements, de progrès, d'évolutions."

C'est un thème finalement peu abordé dans la bande dessinée ?

"C'est vrai. Nous avions la volonté de changer un peu du jeunisme qui touche notamment le monde de la bande dessinée, de ces héros grands et forts qui, personnellement, ne m'intéressent plus en tant que lecteur. Dans "Les vieux fourneaux", nous parlons de septuagénaires, mais ce n'est pas quelque chose de triste ! Ce sont des personnages qui sont vieux, mais se révoltent, sont en colère, amoureux, pètent les plombs... Graphiquement, j'avais envie de me frotter aussi aux personnages âgés. Il y a là une grande diversité de traits, notamment sur les visages et dans les attitudes. Tous ont un parcours différent, qu'ils portent souvent sur leurs visages."

Votre dessin, justement, a beaucoup évolué, par rapport à vos productions précédentes ?

"Ce que je trouve passionnant depuis la petite dizaine d'années que je fais ce métier, c'est que je continuer sans cesse d'apprendre, de progresser. Même entre le tome 1 et le tome 2 des Vieux Fourneaux, mon dessin est différent. Par rapport à ce que je faisais avant, j'ai voulu me concentrer beaucoup plus sur le dessin, la couleur étant en ajout. Disons que le dessin est plus présent, avec un travail sur l'encrage, plus épais, plus souple, plus vivant."

"Je me sens chez moi dans cette histoire"

Comment se passe concrètement le travail avec Wilfrid Lupano, le scénariste de la série ?

"Une fois qu'on s'est mis d'accord sur ce que l'on veut raconter, il travaille de son côté sur l'histoire. Il ne me l'envoie qu'une fois totalement écrite planche par planche. Charge à moi ensuite de travailler sur le storyboard. On se remet ensuite d'accord sur le découpage -là c'est un gros morceau- puis je rentre ensuite dans le détail des dessins."

Le "casting" est un des points forts des deux tomes. Comment avez-vous imaginé puis mis en dessin les personnages créés par Lupano ?

"Au début, j'ai voulu m'inspirer de gens que je connaissais, de ma famille ou autres, mais ça ne fonctionnait pas. J'ai donc laissé les personnages venir tout seul. Wilfrid a écrit des personnages généreux, truculents, avec chacun des caractères très marqués, y compris pour les "seconds rôles". Il fallait que graphiquement, ça se voit. Sur les trois personnages âgés, ça n'aurait pas été intéressant d'avoir trois fois les mêmes vieux. L'exemple parfait, de ce point de vue, c'est Astérix et Obélix, dont les différences de caractères sautent aux yeux grâce à la seule image."

Un mot sur les dialogues et le vocabulaire argotique utilisé tout au long de l'album ?

"Lorsque j'ai lu l'histoire, je suis immédiatement tombé amoureux des personnages. Le côté argot, on a souvent entendu un côté Audiard, ça n'est pas une volonté de départ. Tout ça est issu de gens que Wilfrid a connu dans son enfance, avec ses parents qui tenaient un bar populaire où se croisaient plein de personnes différentes. Après, il a un vrai sens du dialogue... et puis les personnages parlent comme ça parce qu'ils ont 75 ans."

Vous avez tout de suite trouvé votre place dans cette histoire ?

"Tout de suite. J'ai l'habitude de dire que je m'y sens chez moi. Sur le fond des choses, on était d'accord : parler de pollution de consommation, de notre société... Notre génération est aujourd'hui responsable de ce qui va se passer, et contrairement à nos grands-parents, nous connaissons en grande partie les conséquences de nos actes. C'est vraiment un sujet qui me tenait à cœur. Pour me l'approprier un peu plus, j'ai dessiné des lieux que je connais bien comme des maisons de campagne ou d'amis, du mobilier de chez moi, des fringues de ma compagne. Dans le tome 2, je me suis même inspiré de ma fille, pour dessiner le bébé. Donc, oui, "Les Vieux fourneaux", c'est vraiment quelque chose de personnel."

"Cette BD est sincère et parle à tous"

Le tome 1, "Ceux qui restent", a connu un énorme succès. Surpris ? Voilà qui met énormément de pression pour le tome 2, "Bonny and Pierrot", qui sort le 24 octobre ?

"Le tome 1, on l'a gardé au chaud quelque temps... Dire que ça sentait bon, c'est difficile, car c'est impossible d'avoir un avis objectif sur notre travail, mais disons que le retour des libraires, avant la sortie, était excellent. Le jour de la sortie de "Ceux qui restent", notre maison d'édition (Dargaud, NDLR) avait déjà lancé le 2e tirage... et nous en sommes au 5e. Dans le contexte très compliqué de la BD actuellement, c'est une vraie chance. Après, c'est vrai que ça met une certaine pression pour le tome 2, mais je pense qu'il est aussi sincère que le premier, avec cette ambition de parler au plus grand nombre, au-delà des inconditionnels de la BD. En tout cas, je sais que moi, c'est une histoire qui me plaît. C'est ça que j'ai envie de faire maintenant et ça tombe bien, parce que le dessin du tome 3 prend tout mon temps..."

"Les vieux fourneaux" (Dargaud), Wilfrid Lupano et Paul Cauuet
Tome 1. "Ceux qui restent" (11,99 €)
Tome 2. "Bonny and Pierrot" (11,99 €)


"Bonny and Pierrot", le tome 2 des "Vieux Fourneaux" est disponible à partir du 24 octobre. Voici les premières planches...

Critique

"Ni yeux, ni maîtres". Une seule citation, pour planter le décor de ce deuxième opus des "Vieux Fourneaux", où l'on retrouve les déjà cultes septuagénaires Mimile, Antoine et Pierrot, entre maison de province et agitation parisienne. On y cause manifestation, "attentat gériatrique", société et injustice contemporaines. On y croise une galerie de vieilles branches toutes plus gratinées les unes que les autres, de FanFan, 91 ans, l'anar' aristo, à Jean-Chi, l'arme de destruction massive des septua en colère. On y suit avec émotion Pierrot, destinataire d'une somme indécente en liquides : Ann Bonny, la signature qui accompagne ce magot, le replonge dans un passé amoureux dont il ne s'est jamais remis. C'est hilarant, grinçant, profond. Terriblement nécessaire.

Bio express

Paul Cauuet a 34 ans. Il travaille à Toulouse, là où il est né, au sein de l'atelier La Mine. "Aster", sa première BD, avec Guillaume Clavery, remonte à 2003. Il a ensuite collaboré, déjà avec Lupano, sur "L'Honneur des Tzarom.

Wilfrid Lupano a 43 ans. Il est né à Nantes et a grandi à Pau. Il est le scénariste, entre autres, de "Little Big Joe" (Delcourt, avec Frédéric Campoy au dessin et Scarlette aux couleurs), "Le singe de Hartlepool" (Delcourt, avec Jérémie Moreau) ou "Ma Révérence", (Delcourt, avec Rodguen au dessin) pour lequel il a obtenu le Fauve du meilleur polar.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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