Camille Lepage, 26 ans, la mort au bout des convictions


Rédigé par - Angers, le 14/05/2014 - 07:29 / modifié le 24/04/2015 - 20:02


La photoreporter angevine, Camille Lepage, a été tuée en Centreafrique. Inconnue ou presque du public dans sa ville natale, son travail avait eu pourtant les honneurs des plus grand journaux au monde. Les hommages affluent.



La dernière photo postée sur le compte Instagram de Camille Lepage, accompagnée de son commentaire en anglais.
La dernière photo postée sur le compte Instagram de Camille Lepage, accompagnée de son commentaire en anglais.
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Malgré ses 26 ans, c'était une photojournaliste habituée des terrains difficiles. L'angevine Camille Lepage a été tuée au Centrafrique où elle exerçait son métier depuis plusieurs mois, couvrant l'une des guerres civiles les plus fratricides du continent africain.

Selon l'état major des armées, son corps a été retrouvé par une patrouille de la force Sangaris, dans un village non loin de Bouar à l’ouest de la République centrafricaine sur la route menant au Cameroun. Les soldats l’ont découvert lors d’un contrôle sur un véhicule conduit par des éléments anti-balaka, des milices d'auto-défense à qui sont attribuées de multiples exactions.

A l'intérieur du pick-up, rapporte le journal Libération, se trouvaient dix hommes armés et cinq corps inanimés dont celui de Camille Lepage. Les occupants du véhicule ont été remis à la Misca, la force africaine. Des officiers de police judiciaire, précise le quotidien, les interroge en présence de gendarmes français.

L'affiche de l'exposition organisée à Bouchemaine en septembre dernier.
L'affiche de l'exposition organisée à Bouchemaine en septembre dernier.
Nul n'est prophète en son pays. Et il en va du journalisme comme du reste. Camille Lepage était quasi inconnue du public dans sa région natale angevine.

En septembre dernier, elle avait bien présenté certaines de ses photos prises au Sud Soudan lors d'une exposition à l'abbaye de Bouchemaine. Nos confrères du Courrier de l'Ouest lui avaient aussi consacré un portrait mais pas de quoi propulser son nom en haut de l'affiche. Au contraire de ses photos publiées dans de nombreux journaux et revues nationales et internationales.

Der Spiegel, Le Monde Diplomatique, Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le New-York Times, entre autres, ont exploité ces derniers mois ses clichés pris au Sud Soudan et au Centreafrique. Des photos remarquables, conjuguant une force esthétique évidente et une maturité professionnelle étonnante pour son âge (voir son portfolio sur son site officiel).

"Je veux que ceux qui regardent mes images ressentent ce que les gens traversent. J'aimerai qu'ils aient pour eux la même empathie que pour n'importe quel être humain, plutôt que de voir en eux un énième groupe d'Africains souffrant de la guerre quelque part dans ce continent noir" expliquait-elle en octobre dernier au site petapixel.com.

Ces convictions, cette foi en son métier, Camille Lepage les portait manifestement depuis longtemps.

"Le journalisme indépendant (...), le seul digne de ce nom"

"Je m’oriente vers le journalisme indépendant avant tout car il est, pour moi, le seul digne de ce nom" avait-elle écrit dans sa lettre de motivation au site Rue 89 qui a rendu public ces propos hier. La jeune reporter angevine y avait effectué un stage en décembre 2010 dans le cadre de ses études. "Elle était alors étudiante à l’université de Southampton Solent en Angleterre. Mais passait une année Erasmus à l’université Hogeschool Utrecht aux Pays Bas, précise Rue 89, Après le stage, elle est partie au Danemark afin de poursuivre ce programme..."

Camille Lepage avait la bougeotte. Et une certaine idée du métier. "Elle n'avait qu'une envie, celle de témoigner sur des populations dont on ne parlait pas et qui étaient en danger. C'est pour ça qu'elle avait été au Sud Soudan, puis en Centrafrique (...) Elle n'avait pas peur. Elle avait la joie de vivre, elle était passionnée par ce qu'elle faisait. C'était une vraie vocation" a expliqué sa mère, Maryvonne mardi au micro de RTL.

Le dernier contact que celle-ci a eu avec sa fille remonte au 6 mai. C'est aussi la date de la dernière photo que Camille Lepage a publiée sur son compte instagram (ci-dessus) où elle explique voyager avec les "Anti Balaka en direction d'Amada Gaz à 120 km de Berberati", la troisième ville du pays.

Dès mardi, les hommages ont afflué, depuis le président de la République, François Hollande jusqu'au maire d'Angers, Christophe Béchu. Au nom du conseil municipal d'Angers, celui-ci a fait part de son effroi et de son émotion, s'associant "à la douleur et la peine de sa famille (...) dans cette douloureuse épreuve".

La rédaction d'Angers Mag s'associe elle-aussi à la peine de la famille de Camille Lepage et rend hommage, à l'instar du Syndicat national des journalistes, "à toutes celles et ceux qui défendent l’un des piliers de la démocratie : une information libre et de qualité".




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur















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