Cinémas d’Afrique : « un signal d’espoir dans un monde en crise »


Rédigé par - Angers, le Mercredi 17 Avril 2013 à 08:51


Il n’a lieu que tous les deux ans à Angers et c’est bien dommage. En ces temps de morosité ambiante et de repli communautaire, le festival Cinémas d’Afrique organisé par l’association « Cinémas et Cultures d’Afrique » permet de mieux connaître, comprendre et apprécier la richesse culturelle d’un continent pas si éloigné du nôtre.



Bouquet de peuples et de costumes, le Mali selon Kandiura Coulibaly, un spectacle plebiscité par le public
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Ce festival cinématographique pas tout à fait comme les autres a deux particularités. La première, c’est qu’il permet de prendre connaissance d’un cinéma riche et varié, qui peine à franchir la Méditerranée. La seconde c’est qu’il est dirigé par une équipe de femmes qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas reléguées aux tâches subalternes. Un fait assez rare qui mérite d’être souligné.

Passé ce détail, d’importance tout de même, Cinéma d’Afrique rejoint les autres festivals cinématographiques avec ses jurys et ses prix, à la différence près que les réalisateurs concernés sont peu habitués à franchir les frontières de leurs pays, ces derniers muselant parfois les artistes et la France refusant de leur accorder un visa de séjour. « Si l’idée les prenait de rester », doit-on penser aux Affaires étrangères.

« Nous étions très en colère en constatant que notre pays n’est pas capable de les accueillir dignement », disaient hier soir Saïda Ragui et Myriam de Montard codirectrices du festival, lesquelles ont dû batailler ferme avec l’aide de la mairie d’Angers, pour que chaque réalisateur puisse venir sur les bords de la Maine présenter son film. « Nous avons obtenu les derniers visas, seulement hier ». Il y a de quoi être fâché. Vraiment.

Et pourtant les cinéastes africains, tout sourire, apprécient que l’on s’intéresse à leur travail, alors nous n’allons pas les priver de ce plaisir, sommes toutes naturel. Les Angevins ont donc cinq jours pour aller à la rencontre de ce cinéma qui puise ses racines au plus profond de la savane, des forêts tropicales, des déserts ou encore des marchés cosmopolites de Dakar ou de Bamako, la sœur africaine d’Angers depuis près de 40 ans.

Toute la diversité malienne en quelques minutes.

Myriam de Montard et Saïda Ragui, les codirectrices du festival
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L’animation de la soirée d’ouverture, organisée hier soir, au Centre de congrès d'Angers, a été confiée à l’artiste malien Kandiura Koulibaly, lequel présentait une fresque africaine intitulée « Bouquet de peuples et de costumes. Le Mali selon Kandiura Coulibaly ». Pendant près d'une heure, toute l'histoire, les rites et les peuplades de ce grand pays ont été passés en revue avec leurs costumes et leurs traditions séculaires. Un spectacle haut en couleur, très apprécié du public venu nombreux pour l’occasion.

« Nous avons tellement eu de mal à faire venir Kandiura à Angers, que le peu de temps qu’il reste avec nous, est précieux », commentait Saïda Ragui à la fin du spectacle « Les artistes ont de la difficulté à circuler dans le monde. Nous n’avons pas de fusil, pas de bombe, nous avons que notre art. Tous les artistes du monde cherchent leur liberté. Mais nous ne sommes pas libres grâce aux politiques », ajoutait Kandiura Coulibaly.

L’artiste malien s'est attaché à démontrer, par ce spectacle, que son rôle n’était n’est pas de se mêler de politique, mais de mettre la beauté au service des grands idéaux humains que sont la paix et l’art de vivre ensemble dans la diversité lesquels permettent de surmonter la crise que traverse ce pays ami de la France.

Frédéric Béaste, le maire d’Angers, invité sur scène, a rappelé toute la complexité de l’organisation de ce festival avec les difficultés que vit le monde et notamment l’Afrique. « La ville d’Angers est fière de ce festival qui, en cette période de crise mondiale, réussit à montrer qu’il existe d’autres cultures qui peuvent éviter le repli sur soi et l’individualisme. Elles nous permettent de nous enrichir de nos difficultés et de nos différences et de nous respecter mutuellement. C’est un très beau signal d’espoir. »

La soirée s’est poursuivie avec la projection du film « Andalousie, mon amour ! » du marocain Mohamed Nadif, une satire sociale toujours d’actualité qui dénoncer la corruption, les inégalités et les mensonges politiques.




Yannick Sourisseau
Web Journaliste suivant plus particulièrement les technologies digitales Formateur technologies de... En savoir plus sur cet auteur








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