Climat : un changement de culture(s) ?

Demain, la douceur angevine ? #4


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le 27/10/2015 - 11:55 / modifié le 27/10/2015 - 18:19


En première ligne face à la réalité du changement climatique, les agriculteurs de Maine-et-Loire sont confrontés à un double enjeu : ils doivent s'adapter tout en s'évertuant à réduire leur empreinte carbone. Éléments d'analyse.



Paysan bio à Chemillé (image d'archives).
Paysan bio à Chemillé (image d'archives).
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Rien de commun, a priori, entre les agriculteurs ou cultivateurs ligériens et les courtisans du roi Louis XIV épinglés par Molière dans son "Bourgeois Gentilhomme". A ce détail près -et très significatif- qu'à l'instar de Monsieur Jourdain, certains d'entre eux font de la prose -de l'écologie en l'espèce- sans le savoir. C'est le cas, notamment, de Daniel Cottineau, éleveur laitier à Saint-Michel et Chanveaux. "Il y a 20 ans, j'ai décidé de remettre mes vaches à l'herbe, plutôt que de leur donner à manger du maïs et des céréales traités à outrance, ce que j'avais appris à l'école." Des économies, moins de tracteur et moins de pétrole (y compris dans les intrants) : un virage à 180° que l'agriculteur, membre du Centre d'Initiatives pour Valoriser l'Agriculture et le Milieu rural (Civam) ne regrette pas, même si ses motivations étaient autant éthiques et économiques qu'environnementales.

Une instabilité et une difficulté à lire le climat qui devraient perdurer dans le temps. "Le gros problème de notre région septentrional, ce sont les incertitudes liées aux précipitations", indique Hervé Quénol. On ne sait pas trop ce qu'il va en être et c'est donc très difficile d'établir des simulations pour le futur". Pour Florent Mercier, pas ou peu de doutes, cette instabilité "va dans le sens de la diversité, sur les exploitations agricoles".

Ses choix, faits au milieu des années 90, semblent validés aujourd'hui par la nouvelle donne climatique, et plus encore par celle à venir. Les agriculteurs ligériens ont-ils vu leur métier changer au gré des évolutions climatiques ? "Oui", répond Hervé Quénol, climatologue au CNRS, et spécialistes des questions agricoles. "Les conditions pour le maraîchage sont par exemple bien plus favorables qu'il y a 50 ans", illustre-t-il. Difficile, pour autant, de tout coller sur le dos du climat, tant les avancées technologiques et scientifiques ont aussi fait bouger les lignes. "Quand j'en parle autour de moi avec de "vieux" paysans, beaucoup me disent : "Mais enfin, Florent, toutes les années sont particulières !" Il me semble pourtant qu'il se passe quelque chose de particulier", avance Florent Mercier, co-responsable du Gaec du Pont de l'Arche, à Bouchemaine. "Ce qui m'a surtout marqué ces dernières années, c'est l'instabilité du climat".
"Il ne s'agit pas de produire des plantes Formule 1, mais des plantes tout-terrain, qui savent s'adapter lorsque les conditions ne sont pas optimales". Florent Mercier, agriculteur

Florent Mercier
Florent Mercier
Une instabilité et une difficulté à lire le climat qui devraient perdurer dans le temps. "Le gros problème de notre région septentrional, ce sont les incertitudes liées aux précipitations", indique Hervé Quénol. On ne sait pas trop ce qu'il va en être et c'est donc très difficile d'établir des simulations pour le futur". Pour Florent Mercier, pas ou peu de doutes, cette instabilité "va dans le sens de la diversité, sur les exploitations agricoles".

En clair, il n'est plus temps pour les agriculteurs de mettre tous leurs œufs dans le même panier. Rotations des cultures, diversification des activités, recherche sur les variétés... "Il faut se poser deux minutes et réfléchir à sa façon de produire", argue Daniel Cottineau. "Le problème, c'est que l'environnement agricole incite les gens à produire plus, alors qu'il faut accepter le fait de produire moins. Je suis passé de 240 000 l de lait par an à 180 000 l/an !"

Florent Mercier ne dit pas autres chose : "Il ne s'agit pas de produire des plantes Formule 1, mais des plantes tout-terrain, qui savent s'adapter lorsque les conditions ne sont pas optimales". C'est tout le sens de la relance, il y a quelques années, de semences paysannes "à la ferme, dans nos conditions". Un engagement qui n'écarte en rien les progrès de la science. En Afrique, les exemples mélangeant la tradition accompagnée par la recherche se multiplient...

En France, l'urgence de la situation conduit également à des rapprochements entre "bios" et "conventionnels" sur le terrain des semences. Dans la région angevine, "même si les politiques agricoles n'ont que rarement encouragé les pratiques vertueuses" (Daniel Cottineau), on se tourne de plus en plus vers l'association de cultures, des variétés complémentaires et résilientes qui permettent une meilleure occupation de la surface du sol. "On voit des céréaliers qui cherchent autre chose, des légumineuses (types fèves ou poids, très utiles dans la rotation des cultures, car elles fertilisent naturellement les sols NDLR) apparaissent autour d'Angers ; ça bouge, et pas seulement pour des raisons économiques ou réglementaires", se réjouit Florent Mercier. Il y a aussi une prise de conscience des filières et des pressions, dans l'environnement péri-urbain, face aux questions des citadins ou de la famille."
 
"Il y a de multiples outils et innovations techniques à intégrer dans nos logiques, ce que nos enfants, je l’espère, valoriseront mieux et plus naturellement que nous." François Beaupère, président de la Chambre d'agriculture de Maine-et-Loire
Ce désir d'autonomie et d'adaptation locales ne serait-il que l'apanage du monde bio ? Pas à en croire François Beaupère, le président de la Chambre d'agriculture, prenant l'exemple du maintien des prairies pour souligner l'apport de l'agronomie. "En matière de culture, le semi direct, qui ne bouge pas le sol et apporte la graine sur un couvert végétal permanent, permet aussi de mieux stocker le carbone que le labour. Je pilote l’azote de mes céréales via le satellite et un drone, ce que je n’aurai jamais imaginé il y a quelques années. Il y a de multiples outils et innovations techniques à intégrer dans nos logiques, ce que nos enfants, je l’espère, valoriseront mieux et plus naturellement que nous."

La révolution agricole est en marche, sous-tendue par l'impératif climatique et bien plus profonde, dans ses applications locales, qu'un simple affichage en vue de la COP 21. En Anjou, permaculture, paillage, circuits courts ou énergie bois issue des haies ne sont plus des mots de marginaux. C'est déjà une première victoire.

Yves Gabory, directeur de l'association Mission Bocage (photo Patrick Valey).
Yves Gabory, directeur de l'association Mission Bocage (photo Patrick Valey).
"Il faut replanter des arbres massivement"
Yves Gabory, directeur de Mission Bocage

"L’arbre cultive le territoire." Depuis 23 ans, l’association Mission Bocage décline cette maxime auprès du monde agricole, des collectivités, des entreprises et des particuliers. Elle a contribué à la plantation d’1 million d’arbres essentiellement dans les Mauges et le Choletais, chiffre qui ne contente pas son directeur, convaincu que la région n’a pas pris la mesure des enjeux liés au stockage du carbone. "Dès 1997, des experts sont venus expliquer ici la nécessité d’organiser en local la compensation carbone. Plus de 15 ans après, ces leviers-là ne sont toujours pas actifs parce que personne ne veut secouer le dossier" regrette Yves Gabory.
Avec l’arbre et l’agroforesterie, le technicien reste persuadé que l’homme possède un outil efficace pour s’adapter au réchauffement. A condition de ne pas faire n’importe quoi. "La première des choses est de favoriser la régénération naturelle des arbres locaux" soutien Yves Gabory : "Il y a 10 ans, les chênes pédonculés de notre territoire dépérissaient tant qu’on les croyait condamnés mais ils ont développé des capacités nouvelles de résistance. Il faut favoriser leurs descendants et planter massivement." En lien avec la Fédération des Conservatoires botaniques nationaux et l’association Plantes et Cité, un label « Végétal local » a été lancé en ce sens lors du dernier Salon du Végétal d’Angers, pour encourager les prescripteurs. Il y a de la marge : "80% des plantes que choisissent les collectivités ne sont pas produites en France."
Yves BOITEAU












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