Collège Jean-Lurçat : la mixité sociale pour lutter contre la violence


Rédigé par - Angers, le 10/04/2015 - 08:56 / modifié le 10/04/2015 - 09:34


Les enseignants du collège Jean-Lurçat organisaient jeudi midi un pique-nique participatif devant l'établissement. Leur objectif : éclairer une fois encore le combat qu'ils mènent depuis 9 jours, en exerçant leur droit de retrait, afin de dénoncer l'absence de mixité sociale au sein du collège et son corollaire, une violence latente au sein des murs de Jean-Lurçat.



Une centaine de personnes ont répondu présentes à l'appel des enseignants du collège Jean-Lurçat, jeudi midi, pour un pique-nique devant les grilles de l'établissement.
Une centaine de personnes ont répondu présentes à l'appel des enseignants du collège Jean-Lurçat, jeudi midi, pour un pique-nique devant les grilles de l'établissement.
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Les sourires sont là, mais les mines lasses. Ce midi, à l'heure du pique-nique, ils sont une centaine -enseignants, parents d'élèves ou syndicalistes- réunis devant les grilles du collège Jean-Lurçat, dans le quartier Monplaisir à Angers.

Depuis le début de la semaine passée, ils sont mobilisés pour dénoncer la violence quotidienne au sein-même de l'établissement scolaire. Une violence qui a toujours été présente, mais qui se banalise, à entendre les enseignants qui témoignent. "La règle du quartier est rentrée dans l'école", avance Céline, professeure d'espagnol. Elle et 18 autres collègues -sur les 20 titulaires que compte l'établissement- font valoir depuis maintenant 9 jours leur droit de retrait, un droit individuel que leur conteste l'Inspection académique.

C'est l'un des nombreux points de crispations entre la communauté enseignante et l'institution.  Sans doute pas le plus important, mais il est symptomatique du "mur" -selon l'expression d'une enseignante- qui s'est dressé entre les profs mobilisés et le directeur académique de l'Education nationale (Dasen), Luc Launay. "Il y a eu trois grèves nationales depuis la rentrée de septembre, trois grèves qui n'ont pas été suivies par les enseignants ici", avance Stéphanie, professeure de Sciences et vie de la Terre, renforçant encore un peu plus le caractère de danger et d'urgence de la situation à Jean-Lurçat.
"Notre pouvoir d'action, c'est un pouvoir pédagogique. Mais la violence dépasse le seul cadre pédagogique et nous n'arrivons plus à apporter de solutions à un problème social"

Le fond du problème -la violence n'en est qu'une expression visible- c'est "l'absence de mixité sociale au sein de l'établissement", expliquent les enseignants qui semblent presque regretter de s'être "tu trop longtemps", sur le durcissement de la situation depuis deux-trois ans. "Notre pouvoir d'action, c'est un pouvoir pédagogique", explique Florent, professeur d'arts plastiques. "Mais la violence dépasse le seul cadre pédagogique et nous n'arrivons plus à apporter de solutions à un problème social", complète-t-il.

Il y a quelques mois, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem avait annoncé une refonte de l'éducation prioritaire, en pointant du doigt l'absence de mixité comme un facteur de déséquilibre. L'illustration par l'exemple, c'est le collège Jean-Lurçat, identifiée en REP+ (Réseau d'Education Prioritaire +) comme seulement deux autres établissements au plan régional. En toile de fond du combat des enseignants, on voit réapparaître le serpent de mer de la carte scolaire. Mais ici, le problème est encore plus fin que cela. "On peut toujours réunir autour d'une table l'Inspection académique, le Conseil général et la Ville d'Angers pour redéfinir la carte scolaire, mais il faudrait sans doute commencer par ne pas se voiler la face : 50 % des CM2 qui devraient venir à Jean-Lurçat, selon la carte scolaire existante, n'y viennent pas", détaille Florent.

La grande majorité -des élèves boursiers dans 85 % des cas sur le secteur- bénéficie d'une dérogation. Au final, le rayonnement du collège, en caricaturant à peine, se concentre autour de la place de l'Europe, à Monplaisir. Le quartier souffre d'une grande paupérisation et d'une fracture sociale de plus en plus béante, comme le score du Front national au 1er tour des élections départementales n'a pas manqué de le rappeler. Le projet de renouvellement urbain, acté en décembre sur le principe et dont les financements sont en cours, ouvrent des perspectives, mais il paraît trop lointain pour répondre à l'urgence décrite par les enseignants.

"On ne peut pas accepter d'entendre que la violence est une situation tout à fait normale en REP+"

Ce midi d'avril, il y a de la fatigue physique et morale chez eux. "Notre boulot, c'est d'enseigner aux gamins. Mais avant d'être enseignant dans une matière ou une autre, nous sommes professeurs au collège Jean-Lurçat", reprend Florent, pour rappeler l'investissement quotidien et l'esprit d'innovation du corps enseignant au sein de ce REP+.

Seulement, là où il y avait de l'espoir lorsqu'ils ont exercé leur droit de retrait pour la première fois, il y a aujourd'hui un vrai désarroi "et une perte de confiance. On ne peut pas accepter d'entendre que la violence est une situation tout à fait normale en REP+", s'insurge Céline. Reçue trois fois par le Dasen, sans avancée significative et "avec toujours le même discours qui consiste à nous proposer des choses que l'on a déjà mises en place", la communauté enseignante a décidé d'alerter les politiques : le maire Christophe Béchu, mais également le député socialiste Luc Belot, qui a remis un courrier au cabinet de la ministre. Le préfet a également été contacté, ainsi que le recteur d'académie.

"On a beaucoup perdu en énergie", conclut Florent, mais "on a gagné une connaissance plus fine du fonctionnement de l'institution. Et on a réussi à alerter un maximum sur notre réalité". Un discours positif à l'heure "où notre situation devient indéfendable du point de vue pédagogique. On ne peut pas laisser pendant deux semaines les gamins dans la rue." Et Stéphanie d'abonder dans son sens : "J'ai juste envie de reprendre le travail..."
Ce matin vendredi, tous les enseignants ont repris leurs élèves. Mais le combat continue.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par jeune de monplaisir le 10/04/2015 16:47 (depuis mobile) | Alerter
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C''est triste a dire mais cette situation fallait que sa arrive... La violence, les dégradation, sont le lots quotidien de Monplaisir... Le mots respect a même été oublier dans ce quartier. Comment notre avenir va être, que va t-il devenir ce quartier

2.Posté par bruno le 13/04/2015 13:22 | Alerter
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Solidarité avec les enseignants ET les élèves ET les habitants de Montplaisir.

Les ayant bien entendus en direct et dans cet article, ils veulent bosser, ils veulent pouvoir le faire dans des conditions décentes c'est à dire sans cautionner le sexisme - ségrégation - cynisme - que leurs élèves vivent et reproduisent.

Sommes tous concernés par ces ados sans trop de cadre ni limites: les enseignants de J. Lurçat sont insuffisants pour leur en donner. A quand une coordination EN / MPT / Préventi...

3.Posté par jean-marc le 13/04/2015 14:34 | Alerter
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Les parents dans leur grande majorité n'en veulent pas de la mixité sociale. On peut le déplorer mais tant que les moyens de contournement de la carte scolaire existeront (notamment par le passage en privé ou le jeu des options dans le public) on n'avancera pas. Bon courage aux enseignants de ce collège.

4.Posté par Jack le 14/04/2015 14:08 | Alerter
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Pour Bruno : cette coordination existe (heureusement encore!) : encore faut-il que tous les acteurs (et pas seulement une partie d'entre eux) ait réellement envie de travailler les uns avec les autres. Cela vaut aussi pour les profs : sont-ils allés chercher cette mixité sociale en travaillant main dans la main avec leurs collègues du primaire ?
Pour le reste : un droit de retrait revendiqué mais y avait-il danger de mort immédiat ? Des gamins dans la rue auxquels certains enseignants ont repr...








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