Culture : pas de sou mais des idées ?


Rédigé par - Angers, le Vendredi 13 Mai 2016 à 07:55


Comme beaucoup d'autres secteurs d'activités, la culture a souffert lors de la présentation des récents budgets des collectivités. Nous avons posé la question de son financement et de son appréhension politique à Dominique Sagot-Duvauroux, professeur à l'Université d'Angers, spécialiste de l'économie des filières culturelles.



La Maison Tellier, lors de son concert au Chabada, le 4 mars dernier.
La Maison Tellier, lors de son concert au Chabada, le 4 mars dernier.
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Le constat

"Régulièrement, lorsque des contraintes budgétaires se font jour, des questions reviennent sur les dépenses publiques destinées au secteur culturel. Globalement en France, ce secteur est plutôt assez protégé, car il est assez bien soutenu médiatiquement. Le problème, c'est qu'il n'y existe pas ou peu de gain de productivité possible. La moindre baisse est ainsi ressentie plus dure qu'ailleurs : la plupart des associations fonctionnent au taquet et une baisse entraîne souvent des licenciements ou des fermetures."
 
La tendance

"Au niveau politique, il y a une tendance assez générale vers une économie de projets. Des artistes sont bien outillés pour cela, certaines activités culturelles s'y prêtent bien, d'autres moins : il me semble que ça affecte les formes et l'autonomie de création."
 
Le mécénat, remède à tous les maux ?

"C’est une des voies d'avenir et elle progresse. Même s'il subsiste encore aujourd'hui, par rapport à d'autres pays, des blocages culturels. Après, le mécénat a un peu tendance à se focaliser sur les gros événements des territoires et ne couvre que peu les propositions plus difficiles médiatiquement. Seule la diversification des modes et des sources de financements permet d'assurer la diversité des modes de création."
"Le rôle du politique, ça n'est pas seulement de financer les institutions, mais d'être capable de créer du lien entre les activités artistiques"
 
La tentation de la filière

Dans contexte financier objectivement contraint, les collectivités doivent-elles faire des choix tranchés en matière culturelle, se spécialiser ?  "C'est une question assez difficile à trancher. Du point de vue strictement économique, pour qu'une ville soit identifiée comme une scène -quel que soit l'art- ça induit un effet de seuil. Elle doit faire le choix d'une spécialisation, dans une logique de cluster. Seulement, sa politique culturelle ne peut pas s’y réduire. Elle doit réfléchir et imaginer les encastrements entre les activités artistiques et différentes dimensions de son territoire : l'urbanisme, l'ambiance de la ville, les questions de circulation, le prix de l'immobilier, le bien-être des habitants... Et là, il est nécessaire d'avoir une politique diversifiée."

Dominique Sagot-Duvauroux.
Dominique Sagot-Duvauroux.
Culture et économie

"De plus en plus de rapports montrent que la culture n'est pas un centre de coût, mais une source d'investissement pour les collectivités, et qu'elle participe activement au taux de croissance des territoires. De plus en plus d'élus locaux ont cela en tête, mais au moment de prendre des décisions, les contraintes de courts termes ont tendance à s'imposer. La construction d'une image culturelle prend du temps. De ce point de vue, l'exemple de Nantes est probant : en matière économique ou touristique, la ville touche simplement aujourd'hui les subsides des investissements culturels dans années 90.
Je ne suis pas aussi pessimiste que certains : malgré les difficultés budgétaires, les collectivités ont conscience que la culture est essentielle au développement de leur territoire, même si cet affichage ne se traduit pas toujours par des engagements. Oui, la signature par la Ville d'Angers du Pacte culturel, qui garantit le budget de la culture sur 3 ans, est un engagement fort, mais ça n'est pas cela qui fait une politique culturelle."
 
 
Le rôle du politique
 
"Angers est plutôt bien loti culturellement, avec une proposition artistique équilibrée. Mais il manque sans doute au territoire une vue prospective de ce que peut être la ville, en matière d'art et de création, à plus longue échéance. Les choix de dynamique doivent être plus clairs. Une collectivité ne peut se contenter d'afficher un catalogue officiel d'activités culturelles. La question est : qu'est-ce qu'on fait pour connecter tout cela ?
Pour créer une scène artistique, il faut trois éléments : des initiatives individuelles, qui sont souvent invisibles, de grands équipements qui font le lien entre la ville et l'extérieur de la ville et un niveau intermédiaire de tiers-lieu et d'associations qui crée des relations entres les équipements et les activités qui grouillent sur le territoire. Le rôle du politique, là-dedans, ça n'est pas seulement de financer les institutions, mais d'être capable de créer du lien entre les activités artistiques. Ce sont des choses peu médiatiques, comme la création d'ateliers d'artistes ou des subventions à des associations de médiation, mais c'est un effet levier indispensable."
 

Conseil départemental : un labo contre le haro ?

La compagnie La Parenthèse -ici lors de la création de "Cyrano, promenade chorégraphique", en 2015- fait partie des partenaires réunis au sein du Labo imaginé par le Conseil départemental.
La compagnie La Parenthèse -ici lors de la création de "Cyrano, promenade chorégraphique", en 2015- fait partie des partenaires réunis au sein du Labo imaginé par le Conseil départemental.
Si des questions se posent dans toutes les collectivités de leur soutien à la culture, la critique s'est faite sensiblement plus prégnante à l'endroit du Conseil départemental de Maine-et-Loire. Dans une phase obligatoire et assumée de rigueur budgétaire, le Département a aussi réduit la voilure dans le domaine culturel, et notamment dans le montant des subventions allouées aux associations. Une cure -drastique pour certaines, qui ont perdu jusqu'à 100 % de leurs financements en provenance de la collectivité- qui a fait causer : si l'opposition départementale ne conteste pas le serrage de ceinture en la matière, elle s'interroge sur la manière et les critères d'arbitrage.

"Quand on parle de baisse de subventions, on ne peut pas s'attendre à des félicitations et des hourrahs", relativise le vice-président en charge de l'attractivité et de l'accompagnement des Territoires, Gilles Grimaud. "Mais il y a un principe de réalité, et nos critères de choix correspondent à la politique culturelle définie dans le projet de mandature porté par la majorité : nous privilégions l'éducation artistique et culturelle, l'équilibre des territoires, les publics sociaux et le rayonnement culturel de l'Anjou. Nous avons aussi pris garde aux fragilités de certaines associations culturelles en terme d'emploi."
"Si on nous pousse à bout, il faudra bien trouver des ressources nouvelles" - Gilles Grimaud
Voilà pour l'arbitrage, qui aura probablement encore lieu lors du prochain exercice budgétaire. Tout dépendra du reste à charge du Département en matière d'aides sociales. "Si on nous pousse à bout, il faudra bien trouver des ressources nouvelles", note Gilles Grimaud, qui concède tout de même qu'en matière de financements de la culture, "on est à l'os". L'élu rappelle en sus que la culture ne "fait pas partie des compétences obligatoires du Conseil départemental, mais d'une compétence partagée". Un adjectif sur lequel repose la toute dernière "solution innovante" du Département en matière de culture : le Labo. "Dans ce contexte de réduction budgétaire, nous avons décidé de concentrer notre soutien autour d'un réseau de partenaires ou d'organismes ressources, avec des missions qui répondent aux priorités édictés dans notre projet de mandature".

C'est le (pas encore) fameux Labo, où l'on retrouve, entre autres, l'Ecole Maîtrisienne des Pays-de-la-Loire, l'association de promotion des orgues (CSPO), Jazz au Pays ou encore la compagnie de danse La Parenthèse. "Ces partenaires mettent leur expertise et leurs moyens en commun au sein du Labo. Sur le champ culturel, cela rentre dans la mission d'ingénierie territoriale que nous souhaitons développer", conclut Gilles Grimaud. Pas de sou, donc, mais des idées. Reste à constater leurs traductions sur le territoire.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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