Deux cents jours

RÉCITS DE "BOUTS DU MONDE" #9


Rédigé par BARBARA RÉTHORÉ ET JULIEN CHAPUIS, pour WWW.NATEXPLORERS.FR - Angers, le 20/05/2017 - 10:00 / modifié le 21/05/2017 - 16:21


En 2013, les éthologues Barbara Réthoré et Julien Chapuis ont traversé les huit pays d’Amérique centrale pendant deux cents jours. Leur terrain d’étude était incroyable : les forêts, plages et rivières d’Amérique centrale où se nichent singes-araignées, crocodiles, grands perroquets, dendrobates et tortues olivâtres.



Julien Chapuis et Barbara Réthoré, lors de leur expédition, en 2013.
Julien Chapuis et Barbara Réthoré, lors de leur expédition, en 2013.
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L’envol du dieu soleil

21 avril. Palenque, Mexique. Voilà six nuits que nous dormons dans une cabane au milieu d’un décor luxuriant. Nous sommes à deux pas du parc national de Palenque, célèbre pour son site archéologique maya – l’un des plus importants d’Amérique centrale. Aujourd’hui, c’est le grand jour. Nous allons assister à la libération d’un groupe de ara macao, ce grand perroquet rouge disparu depuis longtemps de la région.

Dans la civilisation maya, le ara macao était considéré comme le tout puissant dieu-soleil, volant entre Terre et cieux. L’histoire nous dit que son pouvoir était tel que certains fondateurs de dynasties royales étaient nommés d’après lui. Le culte des Mayas pour le perroquet ne s’arrêtait pas là. Les rois et les nobles se couvraient de parures décorées de ses plumes pour affirmer leur puissance et leur rang aux plus proches des divinités qu’ils vénéraient. Du mythe à la réalité, du passé au présent, la frontière se révèle parfois infime, c’est ce que nous prouve la réintroduction du ara macao à Palenque.

La trappe s’ouvre. En quelques secondes, les vingt perroquets quittent leur enclos pour rejoindre la vaste forêt du parc national. Leur tout premier vol en liberté est hésitant et on le devine, éprouvant. Applaudissements et cris de joie fendent la foule venue assister à l’événement. Plus de soixante ans après sa disparition, nous assistons émus au grand retour du ara macao. Le dieu-soleil veille à nouveau sur Palenque.

La forêt de l’impossible

18 juillet. El Imposible, Salvador. El Imposible, un nom à lui seul promesse d’aventure. Il n’est autre que le territoire le plus difficile d’accès du Salvador. Enchevêtrement inextricable de monts (cerros), de canyons et de vallées, El Imposible dissimule de multiples biotopes encore vierges de toute observation humaine. Le siècle dernier, nombreux sont ceux qui ont perdu la vie en tentant sa traversée.
Depuis 1968, routes et ponts ont vu le jour dans cette zone reculée qui a acquis le statut de parc national en 1989. Sur 4 000 hectares, de 300 à 1 450 mètres d’altitude, on peut ainsi traverser de nombreux microclimats et microhabitats à l’origine d’une importante biodiversité – un vrai paradis pour les naturalistes !

Accompagnés d’Eliberto, garde forestier émérite, nous explorons inlassablement la forêt de l’Impossible à la recherche de la très rare et tout aussi menacée rainette aux yeux noirs, Agalychnis moreletii. Les sorties de jour et de nuit s’enchaînent, sans succès. Eliberto n’hésite pas à sortir des sentiers battus et nous nous enfonçons dans la forêt pour y découvrir plusieurs plantes endémiques du parc comme l’amarante et l’orchidée Guaquito.

Aujourd’hui, le terrain est extrêmement glissant. Julien l’expérimente en gravissant le pan d’une cascade. La chute est contrôlée, l’appareil photo et la micro caméra épargnés de justesse. La fatigue et la faim nous gagnent peu à peu. Heureusement, la machette du vieil homme coupe, pèle, décortique tout sur son passage. Nous dégustons fruits, feuilles, tiges, racines… Il y a les valeurs sûres comme les mangues ou les noix de coco – obtenues de haute lutte par Julien contre un cocotier récalcitrant. Et il y a aussi des découvertes culinaires : les cocotes et leur arrière-goût de saucisson, le cœur de palme et son amertume qui décolle les papilles, la fleur de pacaya et sa saveur prononcée de bière. Nous expérimentons ainsi la survie en forêt tropicale mais jamais ne trouverons la trace de la rainette aux yeux noirs.

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Deux cents jours

BOUTS DU MONDE # 30

Papouasie, Japon, Amérique centrale, Namibie, Mexique, Portugal... pour son 30e numéro la revue Bouts du Monde parcourt une nouvelle fois la planète entière, cette fois-ci sur le thème des "Explorations et belles aventures".

A retrouver, notamment, sur le site de la revue












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