"Discriminations sexistes : des élues témoignent"

La Tribune du lundi - #Tribune du Lundi


Rédigé par Christine BARD - Angers, le 09/03/2015 - 08:13 / modifié le 09/03/2015 - 08:13


Contribuer au débat public et, à notre niveau, participer à l'indispensable vie des idées, c'est l'objet de [La Tribune du Lundi], carte blanche proposée à des acteurs économiques, politiques, sociaux ou culturels du territoire angevin. Au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, la parole est laissée à Christine Bard, professeure des universités, directrice du programme GEDI (Genre et discriminations sexistes et homophobes) et de la structure fédérative de recherches Confluences de l’Université d’Angers.



Le premier webdocumentaire du GEDI a été présenté vendredi 6 mars. Son nom ? « Itinéraires de femmes élues (Maine-et-Loire, 2013)", réalisé par Vincent Guérin et Mireille Loirat. Capture d'écran
Le premier webdocumentaire du GEDI a été présenté vendredi 6 mars. Son nom ? « Itinéraires de femmes élues (Maine-et-Loire, 2013)", réalisé par Vincent Guérin et Mireille Loirat. Capture d'écran
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À l’occasion de la Journée internationale des femmes, les médias se sentent obligés de « traiter le sujet » et de donner la parole à des femmes. Aussi puis-je remercier Clara Zetkin qui, en 1910, inventa cette journée pour en faire une journée de lutte dans le monde entier. Sans elle, aurais-je été invitée à écrire ces lignes dans cette tribune surtout occupée par l’autre sexe ? Les médias, donc, s’entrouvrent, et les initiatives militantes se multiplient. A l’Université aussi, où le sexisme n’est pas absent, le sujet mobilise, non seulement pour le 8 mars, mais sur la longue durée du travail de recherche entrepris dans le cadre du programme GEDI (Genre et discriminations sexistes et homophobes).

GEDI, piloté par l’Université d’Angers, fort de 80 chercheuses et chercheurs français et étrangers, mène des recherches interdisciplinaires sur des domaines aussi variés que le sport, le droit, le féminisme, la littérature, l’emploi, l’éducation… Sur tous ces sujets sont mis en évidence des discriminations, systémiques ou non, qui parfois sont cumulées (sexisme, homophobie, racisme, etc.). Si des progrès importants ont eu lieu depuis les années 1960-1970, des résistances, voire des reculs, se manifestent, en ce moment, qui font aussi partie du champ d’étude.
"Je peux remercier Clara Zetkin qui, en 1910, inventa cette journée pour en faire une journée de lutte dans le monde entier. Sans elle, aurais-je été invitée à écrire ces lignes dans cette tribune surtout occupée par l’autre sexe ?"
Vendredi 6 mars, GEDI présentait à l’Université d’Angers, devant une salle archi comble, son premier webdocumentaire : « Itinéraires de femmes élues (Maine-et-Loire, 2013) » (réalisé par Vincent Guérin et Mireille Loirat). L’idée est née à l’occasion de la journée de réflexion du 6 septembre 2013 organisée par l’Association des Maires de Maine-et-Loire, à l’initiative de Stella Dupont (maire de Chalonnes-sur-Loire et conseillère générale), autour de cette question : comment favoriser l’investissement des femmes dans les mandats municipaux ? Douze femmes élues sont alors interviewées, et le webdoc présente leurs témoignages. Vendredi dernier, beaucoup d’élues locales étaient présentes à l’Université. Les interventions des deux sénatrices du département, Corinne Bouchoux et Catherine Deroche ainsi que de Roselyne Bienvenu, première vice-présidente d’Angers-Loire-Métropole, apportaient des éclairages complémentaires.

Le sens donné à l’engagement politique est l’envie d’agir

Christine Bard. Crédit photo : Clara Toubeaux
Christine Bard. Crédit photo : Clara Toubeaux
L’entrée en politique vient souvent après des responsabilités associatives qui permettent de « sauter le pas » mais aussi d’être identifiée comme une personne ressource. Certains métiers donnent une compétence spécifique ou une bonne connaissance du pouvoir municipal (correspondante de presse par exemple). La démarche spontanée pour se proposer comme candidate peut se solder par un échec cuisant. En contrepoint, la vie familiale agit comme un frein, car la politique est chronophage. Certaines élues témoignent de leurs difficultés à tout concilier, surtout avec des enfants en bas âge. Mais les enfants, plus tard, sont fiers de l’engagement de leur mère.

Le sens donné à l’engagement politique est l’envie d’agir, de prendre sa place au cœur de la vie des citoyens, d’expérimenter un autre lieu d’apprentissage que le travail, de s’enrichir, de s’épanouir, de travailler en équipe, d’aller à la rencontre de l’autre. Une fois élues, ces femmes découvrent un milieu d’hommes plutôt âgés. Certaines se sentent mises à l’épreuve et soupçonnées d’incompétence : « Tu ne vas pas savoir. » Cette violence symbolique peut les conduire à perdre leurs moyens, à s’auto-dénigrer. Plusieurs élues mentionnent l’atout que représentent certaines expériences professionnelles (le statut respecté de médecin, par exemple), l’exercice d’un métier plutôt masculin (la logistique des transports), des antécédents politiques familiaux (avoir un père ou une mère en politique), l’appartenance à une famille de garçons.

Toutes sont confrontées à une vision sexuée des compétences politiques et se plaignent de la répartition des responsabilités municipales. Il y a des domaines réservés, considérés comme masculins, la voirie et les finances, par exemple. Des tensions surgissent lorsqu’une femme souhaite investir ces secteurs. Les fonctions dévolues aux femmes s’inscrivent dans la continuité de leurs responsabilités familiales et associatives (l’éducation, le social) qui, on l’a vu, est une entrée en politique. On assiste à une sorte de naturalisation, le « ça va de soi ». Certaines alors renoncent, d’autres poursuivent, avec ténacité, et s’imposent : « C’est moi le chef » conclut une élue, devenue maire.
Même si elles sont bien placées pour observer le piège de la « complémentarité des sexes » en politique, certaines estiment qu’elles apportent une méthode, un style et des préoccupations qui viennent de leur expérience de femmes. Cela leur donne la conviction de faire de la politique « autrement ».

"De ce voyage au pays des élues, on retient l’expression d’une souffrance contenue mais réelle, que l’humour, la lucidité et parfois la solidarité au-delà des différences partisanes tentent de juguler"
A l’heure où les lois - nombreuses depuis la réforme constitutionnelle de 1999 - favorisent la parité (ce que Félicien Lemaire, professeur de droit à l’Université d’Angers, a expliqué le 6 mars), le quotidien des élues montre la force des inégalités de fait. Le vrai pouvoir continue à leur échapper, qu’il s’agisse de la tête des conseils municipaux ou des communautés de communes.

Le Maine-et-Loire n’a aucune députée et il n’a envoyé que deux femmes à l’Assemblée nationale depuis 1945. L’autorité reste une figure masculine, un cliché que la presse locale renforce. Les sujets de politique locale traités par les deux quotidiens angevins (Le Courrier de l'Ouest et Ouest France NDLR) mettent en évidence 87 % d’hommes et 13 % de femmes (intervention de Pierre Leroux, professeur d’information-communication à l’UCO).
Cette distorsion contribue à donner une image décalée de l’activité politique, à la fois injuste et néfaste pour la démocratie. La politique, ce n’est pas seulement se montrer, entre hommes, pour parler grands travaux et gros projets à... des hommes journalistes. Comment ne pas voir dans cette manière de faire une des sources du discrédit de la politique, du sentiment de ne pas être représenté, du doute sur l’efficacité de l’action des élu-e-s ?

Dans ce contexte difficile, les soutiens féminins et masculins sont précieux, faute de quoi on se sent, dit une élue, « un corps étranger risquant le rejet ». Les satisfactions liées à l’accomplissement d’une tache utile l’emportent, semble-t-il. De ce voyage au pays des élues, on retient l’expression d’une souffrance contenue mais réelle, que l’humour, la lucidité et parfois la solidarité au-delà des différences partisanes tentent de juguler.

Pour visionner le webdoc et découvrir le GEDI, ça se passe ici













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