Elections : « Qu’attendez-vous de nous ? »

DOSSIER ELECTIONS : QU'ATTENDENT LES ANGEVINS ? #4


Rédigé par Nathalie TIERS - Angers, le 15/04/2017 - 07:45 / modifié le 15/04/2017 - 07:46


Présidentielles, les dimanches 23 avril et 7 mai. Législatives, les 11 et 18 juin. Ces prochaines semaines, les Français vont se choisir un nouveau chef d’Etat puis donner (ou pas) à son gouvernement une majorité à l’Assemblée nationale pour soutenir son action. Dire que l’enjeu de ces deux rendez-vous électoraux sera déterminant pour notre avenir commun est un euphémisme. Dans un contexte politique teinté de désenchantement et de défiance, les Angevins tentent d’évaluer les programmes et les candidats. Pour le jour venu, si possible, voter en pleine conscience. Nous en avons rencontré et interrogé un certain nombre pour mesurer leurs attentes, sans soucis d’exhaustivité mais avec la volonté de varier nos points de chute et les regards. Alors, qu’attendent-ils ces Angevins ?

Contrairement aux apparences, les agriculteurs, et en particulier les éleveurs très malmenés ces derniers mois, ne réclament pas uniquement des prix rémunérateurs et des aides aux élus de la République. La profession a également besoin d’une perspective à long terme et de considération.



Anthony Oger, Stéphanie et David Goyer sont les trois associés de la ferme du Bois Rouzé à Beaucouzé.
Anthony Oger, Stéphanie et David Goyer sont les trois associés de la ferme du Bois Rouzé à Beaucouzé.
la rédaction vous conseille
« Là-bas, on voit l’autoroute de Nantes. Et de ce côté on aperçoit l’Atoll. » A la ferme du Bois Rouzé à Beaucouzé, la disparition des terres agricoles prend une dimension concrète. Le chantier de l’Atoll à lui seul a consommé 15 hectares cultivés par les exploitants. « Quand j’étais enfant, on ramassait de la paille à Grand-Maine, à côté de l’hôtel Mercure », se souvient David Goyer, l’un des trois associés. Malgré cette compétition bien inégale avec la ville en croissance, l’exploitation résiste, plus que jamais.
Ses 130 hectares et 75 vaches laitières font vivre cinq personnes, dont trois grâce à l’activité de transformation développée par Stéphanie Goyer il y a 5 ans. Chaque année, 120 000 litres de lait deviennent fromages, beurre ou faisselle, commercialisés sur sept marchés dont quatre à Angers. « La proximité de la ville est devenue une opportunité », reconnaît Stéphanie.

Cette diversification est très enrichissante pour les éleveurs. Sans doute leur permet-t-elle de vivre un peu moins mal le fait que la plus grande part de leur lait est vendue à la coopérative moins cher qu’il y a 30 ans. Et surtout moins cher que leur coût de production. « La valorisation de notre lait ne prend pas en compte tous nos efforts », déplore David. « Respecter des contraintes environnementales, être fliqué sur les pesticides : c’est justifié ! Nous avons des enfants, nous ne sommes que de passage. C’est notre responsabilité de citoyen... mais nous n’avons aucun retour. »
Les agriculteurs ne comprennent pas cet abandon. « Nos dirigeants nous croient naïfs. Ils nous soutiennent dans les paroles, mais sont impuissants à trouver des solutions. Pourquoi personne ne tape du poing sur la table ? »

« Un vrai rôle dans la société »

Taper du poing sur la table pour défendre une agriculture française victime d’une crise très profonde : force est de reconnaître que ce n’est pas au cœur des débats politiques en vue des prochaines échéances électorales. Bien que le secteur agricole ne fasse pas vivre que les agriculteurs, mais toute une économie, et des territoires.
Alors, quand David et Stéphanie formulent leurs attentes, elles vont bien au-delà d’un revenu décent pour vivre de leur métier. « Je voudrais qu’on nous dise ce qu’on attend des agriculteurs et de l’agriculture », déclare Stéphanie. « Qu’on définisse un vrai projet agricole, pas un compromis. Est-ce qu’il y a trop d’agriculteurs en France ? Ce sont ces doutes, ce manque de perspectives qui désespèrent les agriculteurs. Alors que nous pouvons avoir un vrai rôle dans la société. L’agriculture n’est pas un secteur comme un autre : c’est de l’économie mais c’est aussi de l’environnement, des paysages, du tourisme. »
 
Le deuxième souhait du couple d’éleveurs vis-à-vis des politiques serait d’être reconnu sérieusement comme une source d’emplois dans le contexte de chômage de masse. « On a l’impression de ne pas exister, comme si seules les grandes entreprises créaient de l’emploi. Or il y a beaucoup de potentiel dans notre secteur ! Notre ferme a créé trois emplois les cinq dernières années, et elle pourrait en créer davantage. Mais les petites entreprises devraient payer moins de charges. On préférerait créer un emploi supplémentaire, plutôt que payer des cotisations ! D’autant plus qu’il y a des jeunes motivés par l’agriculture. »

En tant que président de la République, David ajouterait une dernière chose à son programme : « Il faudrait mieux raisonner l’urbanisation des terres, notamment au niveau des zones industrielles et artisanales. Elles ont des emprises importantes, et parfois, elles sont agrandies, alors que les îlots qui ne sont plus utilisés pourraient être réaménagés. »
 
www.lafermeduboisrouze.fr



















Angers Mag