Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail


Rédigé par Tiphaine CREZE et Sébastien ROCHARD - Angers, le 09/03/2016 - 16:30 / modifié le 10/03/2016 - 18:56


Deux semaines avant sa présentation en Conseil des ministres, le projet de loi Travail a connu aujourd'hui sa première grande journée de contestation. A Angers, comme ailleurs en France, ce sont les lycéens et les étudiants qui étaient en tête de cortège.



Ils étaient entre 4500 et 5000 à manifester ce mercredi contre le projet de loi Travail.
Ils étaient entre 4500 et 5000 à manifester ce mercredi contre le projet de loi Travail.
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Il y a comme un air de dernière journée d'école à voir cette ribambelle de lycéens chanter "3 pas en avant, un siècle en arrière, c'est la politique du gouvernement". Mais il n'était pas question de mettre les cahiers au feu ce mercredi matin. Tous n'avaient qu'un mot à la bouche : retrait. 

Retrait du projet de loi Travail El Khomri, qui sera présenté le 24 mars en Conseil des ministres et qui cristallise colère, critiques et inquiétudes depuis plusieurs semaines. 

Mercredi matin à Angers, ils étaient donc entre 4500 "au plus fort de la manif" (selon la police) et 5000 (selon les organisateurs) à avoir répondu à l'appel de l'intersyndicale UNL - Unef - CGT - FO - FSU - Solidaires 49 : "Ces chiffres sont ceux des débuts du CPE", souligne Didier Testu, secrétaire adjoint à la CGT Angers. En tête du rassemblement qui s'est élancé de la place du Ralliement : les cortèges étudiants et lycéens (quatre établissements étaient "bloqués" ce matin à Angers) scandaient l'incontournable "El Khomri, t'es foutue, la jeunesse est dans la rue".

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Lucille, 22 ans, étudiante en Master 1 de psychologie, Unef

« Ce projet de loi est pour nous un danger pour la valeur de nos diplômes, pour les conditions de travail actuelles pour les salariés et aussi pour nos conditions de travail futures. Aujourd’hui on pense qu’un « Bac + 5 » peut nous permettre d’avoir de meilleures conditions de travail. Là on est en train de nous dire que l’on sera précaire à vie. Ce projet de loi est rétrograde, il va à l’inverse du progrès. Je pense par exemple aux apprentis mineurs qui auront le droit de travailler jusqu’à 40 heures par semaine et 10 heures par jour. La réglementation sur le temps de travail des mineurs a été réglée en 1840 : c’est un retour en arrière d’un siècle et demi ! Pour nous, le sens du progrès c’est, avec l’avancée des nouvelles technologies, de baisser le temps de travail et d’augmenter les salaires pour partager le progrès de manière collective.

Hier, nous étions 400 étudiants réunis en Assemblée générale à Belle-Beille. C’est la première fois que je vois autant d’étudiants sur une première AG. 400 c’est énorme ! Et vu le nombre de manifestants aujourd’hui, cela me paraît plutôt prometteur. C’est une loi qui est partie pour mettre le gouvernement face à une défaite sociale comme pendant le CPE. Il faut qu’ils pensent sérieusement à écouter le mot d’ordre : retrait. »

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Jean-Michel, 71 ans, retraité, CGT depuis 1968

« On a vraiment le sentiment aujourd'hui que les lignes vont bouger. C'est important que les jeunes soient là, ça veut dire qu'il y a une vraie prise de conscience, le rejet d'un texte que le gouvernement veut mettre en place et qui ne représente pas du tout la modernité. La modernité c'est tout le contraire. Vouloir faire travailler les gens davantage, développer la précarité, payer au lance-pierres, créer des CDD à outrance, des petits emplois qu'il faudra cumuler pour pouvoir vivre. Ce n'est pas cela la modernité : ça, ça s'appelle le 19e siècle.

Pendant toute ma vie de militant, j'ai lutté contre ces choses-là. Je travaillais dans la publicité et j'ai milité pour que les stagiaires soient rémunérés. Mais toutes ces avancées qui ont été obtenues, partent en lambeaux depuis quelques décennies et ce n'est pas acceptable. Notre objectif c'est de vivre dignement. C'est tout simple finalement. »

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Clara, 16 ans, lycéenne à Joachim du Bellay
 
« Je suis venue ce matin parce qu’au lycée je savais que le blocus était organisé contre cette loi. L’UNL nous a informés au sein du lycée de pourquoi ils se battaient contre cette loi. Je me suis portée volontaire pour motiver les troupes et porter les slogans. Je pense que les gens savent pourquoi ils sont là et ce n‘est pas qu’un mouvement de foule et ça je trouve ça vraiment super.

Nous sommes là pour notre avenir, pour le quotidien de nos parents, pour que les travailleurs ne voient pas leurs droits retirés. C’est une situation inadmissible. En tant que lycéens, on ne veut pas entrer plus tard sur le marché du travail avec la peur d’être licencié à tout moment. »

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Christophe, 48 ans, professeur des écoles, SNUIPP-FSU  
 
« Nous sommes en soutien fort et entier auprès des jeunes concernés par toutes les discussions autour de la loi travail. On peut penser qu’en tant que fonctionnaire, on n’est pas les premiers concernés mais au contraire, quand on voit ce qui se passe sur le plan social, on estime qu’il faut être présent. Il est nécessaire de soutenir tous les salariés, surtout les jeunes.

La loi a été présentée comme un système qui pourrait créer des emplois en permettant plus de licenciements : c’est un non sens total. C’est abject comme proposition !

Il y a la question de l’avenir du pays que portent ces jeunes, qui sont dans une totale détresse, dans une inquiétude forte pour l’emploi. La loi travail ne répond en rien à cette détresse, mais précarise les futurs salariés et les salariés actuels. »

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Anne-Marie, 55 ans, employée dans société d'assurances, CGT

« Je me bats pour mes enfants, pour leur avenir. Nos parents, nos grands-parents se sont battu pour avoir ces droits, pas pour qu'un gouvernement de gauche aujourd'hui supprime tout ça. Dans ce projet de loi, on donne tout aux patrons, au Medef et on supprime tous les droits des salariés. Il y a un déséquilibre. Il va falloir que nos enfants se battent parce que leur avenir ne sera pas tout rose si l'on continue sur cette politique-là. »

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Manu, 31 ans, éducateur spécialisé dans la protection de l’enfance
 
« La mobilisation comporte plusieurs modalités pour moi, qui font qu’à un moment donné, je viens me positionner ici. Dans cette loi là il y a un certain nombre de paramètres qui montrent que le gouvernement n’entend pas prendre en compte des revendications des gens qui les ont élus et défendent une progression sociale qui va dans l’intérêt des salariés et même des étudiants qui sont présents aujourd’hui.

Au delà du projet de loi Travail – qui comporte une flexibilité toujours plus importante autour des postes de travail plus de précarité - il y a un ensemble de revendications en lien avec le contexte géopolitique et politique. Il y a tout un tas de questions qui se posent aujourd’hui sur la place de la jeunesse mais aussi sur la représentation des gens dans les modes de gouvernance, dans leur implication politique. Il serait vraiment intéressant que les gens se saisissent de la réalité de ce mouvement pour fédérer et non pas compartimenter les mouvements. »
 

Entre 4500 et 5000 Angevins dans la rue contre le projet de loi Travail
Monique, 67 ans, retraitée
 
« Le projet de loi Travail m’a indigné : pour moi c’est le 19e siècle. C’est l’Etat qui ne joue plus son rôle. Le Code du Travail a été mis en place pour garantir des droits de salariés aux citoyens. Si l’Etat ne joue plus son rôle pour défendre les salariés face à leurs patrons, on se demande à quoi il sert.

Du côté de Tafta, ils nous lâchent, du côté de l’état d’urgence, ils nous lâchent, du côté des migrants, ils nous lâchent. Sans parler de Notre-Dame-des-Landes : on ne sait plus à quoi sert notre gouvernement. »

L'autre intersyndicale
Il n’aura échappé à personne que plusieurs noms de grandes centrales syndicales manquaient à l’appel, lors de la manifestation du jour. CFDT, CGC, CFTC et Fé2A (émanation angevine du syndicat étudiant FAGE) ont en effet décidé de se constituer en une intersyndicale à part. Pas par coquetterie, mais parce que sur le fond, ils estiment que « les mots d’ordre de la manifestation de mercredi sont disparates », explique le secrétaire départemental de la CFDT, Antoine Lelarge. « Certains souhaitent le retrait total du texte envisagé, d’autres qu’on ne touche pas du tout au Code du Travail, d’autres enfin se concentrent sur des thématiques précises… Le message n’est pas audible et nous ne pouvions exprimer nos revendications clairement dans ce contexte ».
Quelles sont-elles, justement, ces revendications ? « Nous ne lisons pas dans une boule de cristal. Jusqu’au 24 mars, et la présentation du texte, nous sommes dans une phase de discussions et de concertation. Si le texte reste tel qu’il a été évoqué ces dernières semaines, nous nous mobiliserons en conséquence », prévient le syndicaliste. En attendant, la « seconde » intersyndicale ne compte pas rester inactive. Pour peser dans la concertation en cours, elle appelle à une mobilisation samedi 12 mars, à Angers.

Lire aussi à ce sujet la tribune d'Antoine Lelarge, secrétaire général de la CFDT de Maine-et-Loire "Le projet de loi El Khomri doit être rééqulibré" (29/02/2016)












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