Etienne Davodeau, les mains dans le Sac...


Rédigé par Patrick TOUCHAIS - Angers, le Dimanche 31 Janvier 2016 à 10:23


L'auteur angevin Etienne Davodeau vient de recevoir le prix du public au festival de BD d'Angoulême, pour la BD de reportage « Cher pays de notre enfance », réalisée avec le journaliste de France Inter Benoit Collombat. Nous l'avions rencontré à l'automne dernier, à l'occasion de la sortie d'un album marquant à plus d'un titre...



"Cher pays de notre enfance" entraîne le lecteur dans les arcanes de la Ve République, et notamment celles du Sac, la milice gaulliste. Crédit photo : Futuropolis.
"Cher pays de notre enfance" entraîne le lecteur dans les arcanes de la Ve République, et notamment celles du Sac, la milice gaulliste. Crédit photo : Futuropolis.
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Les heures sombres de la 5ème république : l’assassinat du juge Renaud à Lyon, l’affaire Boulin, et le rôle du Sac, le Service d’action civique, sorte de milice au service des gaullistes et de leurs intérêts. Pendant deux ans, c'est sur ces sujets que les deux hommes ont mené l’enquête, rencontré de nombreux témoins, et – au final – sont même parvenus à devenir acteurs de l’affaire Boulin… Passionnant, pour tous ceux qui ont connu l’époque. Pour les plus jeunes, une plongée dans les heures pas très glorieuses de l’Histoire récente. Une rencontre est programmée vendredi soir, au Grand théâtre d'Angers, autour de cet événement.

Comment est né ce livre ? 
 
"Au départ, je ne connaissais pas Benoit Collombat. Il m’a été présenté par les gens qui ont créé La Revue Dessinée, un trimestriel spécialisé dans la BD de reportage. Ce sont des amis. Ils m’ont demandé de leur proposer un sujet. Je n’avais rien sous le coude. Ils ont organisé un déjeuner avec Benoit. Je le connaissais de nom, parce que j’écoute beaucoup la radio, mais aussi parce que j’avais lu son livre sur l’affaire Boulin. Il avait lu certains de mes livres. C’est parti comme ça."
 
Vous aviez un intérêt particulier pour cette période ?
 
"Oui, c’est peu ou prou celle que je raconte dans Les Mauvaises gens. Certes, c’est un récit personnel, local, mais il court sur la période qui va de la fin de la guerre jusqu’au début des années 1980, ce qui correspond à l’époque qu’on explore dans notre livre. Ce sont deux livres – pour moi – qui peuvent se répondre. Le fait de pouvoir explorer ces années-là avec un mec comme lui, ça m’intéressait beaucoup. Il y avait autre chose. Depuis que je fais ce genre de livre, des journalistes me demandent si je suis journaliste. Eh non, je réponds toujours que je suis auteur de BD. Là, j’ai pu explorer de près le travail d’un journaliste d’investigation, avec quelqu’un de reconnu et de sérieux. On est parti tous les deux sur les chapeaux de roue.
 
Comment se sont passées les rencontres avec les témoins quand on arrive en tant qu’auteur de BD ?
 
"Je suis habitué à l’exercice. Quand je rencontre des gens pour d’autres travaux, j’ai toujours un quart d’heure pédagogique pour expliquer ce qu’est la BD de reportage. C’était en particulier vrai pour ce livre-là, avec des témoins plutôt âgés, éloignés de la bande dessinée. Il fallait expliquer, montrer mes anciens livres. Ça faisait un attelage curieux : un auteur de BD et un journaliste radio, mais au final très complémentaire. Et, certains témoins n’ont accepté de nous rencontrer que parce qu’il y avait un dessinateur. Ils ne voulaient ni caméra, ni photographe, mais un dessinateur ne les gênait pas. C’était formidable pour moi."

Certains refusent d’être dessinés…
 
"Oui, en particulier deux femmes. Pour l’une, je me suis amusé à lui faire plusieurs visages, qui n’étaient pas le sien, et pour une autre, qui avait plus de 80 ans, elle m’a brandi un portrait d’elle à 25 ans. C’est ainsi que je l’ai dessinée. Et bien sûr, il y a le dernier témoin, qui n’apparait pas. C’est une occasion pour moi de travailler différemment, et d’explorer les astuces que la bande dessinée peut offrir. En vidéo, on aurait simplement flouté les visages…"
"Et on est allé voir ensemble tous les témoins. Ça a duré deux ans. On s’est accordé sur le rôle de chacun. Lui, c’est le journaliste, il pose des questions sur les faits, les dates… et moi, j’étais dans le rôle du candide. Le gars qui ne sait pas, qui relance, pour permettre aux lecteurs de bien rentrer dans les histoires"

Comment avez-vous collaboré au départ ? 
 
"Il y avait un sujet qu’il connait parfaitement, c’est l’affaire Boulin. Il est le spécialiste en France. Il a une énorme connaissance des arcanes de la 5ème république. Il n’est jamais pris à défaut sur le nom d’un sous-secrétaire d’Etat obscur des années 1970… Au départ, on a décidé des quatre chapitres du livre ensemble : le meurtre du juge Renaud, le Sac, le Sac dans les entreprises et l’affaire Boulin. Et on est allé voir ensemble tous les témoins. Ça a duré deux ans. On s’est accordé sur le rôle de chacun. Lui, c’est le journaliste, il pose des questions sur les faits, les dates… et moi, j’étais dans le rôle du candide. Le gars qui ne sait pas, qui relance, pour permettre aux lecteurs de bien rentrer dans les histoires."
 
Et comment avez-vous travaillé en tant que dessinateur ? 
 
"Je limite au maximum la technique. Je discute, je prends des notes, je mémorise beaucoup, et je fais quelques photos pour retravailler dans mon atelier. Si je dessine sur place, ça perturbe la conversation, puisque la personne se penche sur mon carnet pour voir ce que je fais."
 
Au final, sur les planches, comme s’est passé l’échange et les choix entre vous ?
 
"Une fois qu’on avait rencontré nos témoins, on comparait nos notes, on décidait des quelques phrases qu’on allait utiliser sur les, parfois, 3 ou 4 heures d’entretien. Je lui proposais alors un principe narratif et je lui soumettais chaque page dessinée. Il a donné son feu vert à chaque page. On est vraiment co-auteurs du livre. Sur le dessin, il n’est pas intervenu. Ce qui nous intéressait c’était de mettre en lumière ce pan de l’histoire de France très récent et mal, voire pas connu."

Crédit photo : Futuropolis.
Crédit photo : Futuropolis.
Y compris en donnant des clés sur la façon dont vous avez évolué…
 
"Oui, j’aime bien l’idée de ne pas dissimuler la mécanique de construction de notre récit. On fait des pauses dans la narration. On explique par exemple quand quelqu’un ne veut pas nous recevoir."
 
Et il y a la récurrence Pasqua, qui apparaît entre chaque chapitre … 
 
"Charles Pasqua nous a menés en bateau pendant plusieurs mois. Il ne nous a pas reçus. Et il est mort au moment où on terminait le livre."
 
Comment on se sent quand on a fini un tel livre et un tel travail ? Est-ce que vous avez des craintes d’attaque en justice pour diffamation par exemple ? 
 
"On n’est pas très inquiet. On a fait attention. On a fait une enquête extrêmement sérieuse. On a un bouclier en quelque sorte, puisqu’une partie du livre repose sur celui de Benoit sur l’affaire Boulin, qui a été publié en 2007, et qui n’a fait l’objet d’aucune attaque. Tout cela valide son travail."
 
D’un point de vue personnel, comme citoyen, que vous évoque ce récit ? 
 
"C’est assez paradoxal, parce qu’on se dit, sous Giscard, c’était la France de la croissance, du progrès, la France qui se modernisait. Et il y avait tout cela en coulisses. C’était violent. On a grandi avec cela. Qu’on le veuille ou non, ça fait partie de l’ADN de la 5ème république. On peut se dire aussi que les choses se sont pacifiées. On ne se fait plus casser la gueule parce qu’on colle des affiches pour le PS ou les Républicains. L’autre face, c’est qu’il y a un désintérêt des Français pour la politique au fil des années."
 
Et il y a le rebondissement final… Avec un témoignage inédit dans l’affaire Boulin.
 
"On a rencontré cette personne qui apporte un élément nouveau. Grâce à ce nouveau témoin, mais aussi grâce à la ténacité de la nouvelle avocate de Fabienne Boulin, la fille de Robert Boulin, l’enquête va donc être rouverte par le parquet de Versailles. Il est clair qu’on a vécu un moment très particulier. Mais c’est aussi pour cela que j’aime ce genre de bande dessinée. On rencontre des gens. C’est très éloigné d’un travail de fiction. Cela dit, quand je sors d’un livre comme cela, j’ai envie de me remettre à la fiction."
 
Et donc ?
 
"Rien pour l’instant. Mais je travaille à l’adaptation au cinéma de Chute de vélo. Je vais écrire le scénario et les dialogues. Il sera réalisé par un cinéaste belge Vincent Lannoo."
 
« Cher pays de notre enfance » est édité aux Editions Futuropolis. 24 €.
 

A l'occasion de la sortie du livre, une soirée de rencontre-débat est organisée par la librairie Le Repaire des Héros, vendredi soir, à 19 h, au Grand Théâtre d'Angers. Elle réunira autour des deux auteurs François Peillon, journaliste, François-Jean Goudeau, directeur de la médiathèque La Bulle à Mazé, et enfin l’avocat pénaliste Pascal Rouiller (membre de l'association Confluences Pénales de l'Ouest, partenaire de la soirée), pour discussion notamment consacrée aux grandes affaires des années 1960-1970 (dont l’affaire Boulin, l’assassinat du juge Renaud…).
Inscriptions au Grand Théâtre ou Au Repaire des Héros.


Etienne Davodeau et Benoît Collombat.
Etienne Davodeau et Benoît Collombat.
Benoît Collombat (France Inter, co-auteur de l'ouvrage) :
« De l’Histoire à l’actualité »
« Je travaille sur l’affaire Boulin depuis 2002. D’abord par une première enquête qui avait été diffusée sur France Inter dans la matinale, puis un format plus long dans le magazine Interceptions. J’ai eu envie d’en savoir plus. J’ai continué à travailler le dossier, et j’ai publié «  Un homme à abattre » en 2007. C’était l’occasion de rassembler toutes les pièces d’un vaste puzzle ; surtout je me suis rendu compte qu’aucun livre n’était sorti sur cette affaire.

J’ai poursuivi le travail d’enquête avec Etienne Davodeau. Et, un témoin accepte de nous rencontrer. Cette personne pensait que l’affaire Boulin, c’était du passé. Elle souhaite rester dans l’ombre. Le plus imprévisible, au moment où on termine le livre, c’est la réouverture du dossier. Tout à coup, la réalité a télescopé notre récit. On pensait faire un livre d’Histoire, on se retrouve dans l’actualité ». 












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