Gérard Jugnot au Festival d'Anjou : « Ma boussole, c’est le plaisir »


Rédigé par Recueillis par Tristan LOUISE - Angers, le Mercredi 10 Juin 2015 à 07:58


Il s’inscrit avec bonheur dans l’irrésistible lignée des François Pignon de Francis Veber. Présent ce soir et demain au Festival d'Anjou (spectacles complets), Gérard Jugnot quémande le Fisc dans "Cher trésor" et se dit que son métier n’a pas de prix. Interview.



Gérard Jugnot campera mercredi et jeudi soir, au château du Plessis-Macé, un François Pignon original, dans "Cher Trésor" de Francis Veber. Photo Bernard Richebé
Gérard Jugnot campera mercredi et jeudi soir, au château du Plessis-Macé, un François Pignon original, dans "Cher Trésor" de Francis Veber. Photo Bernard Richebé
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Vous vous faites rare au théâtre. Votre dernière apparition sur les planches date de 2011. Qu’est-ce qui vous a motivé pour ce Cher trésor ?
 
"D’abord, une précision : je me fais peut-être rare mais je joue longtemps ! Si j’ai accepté ce rôle, c’est que la pièce de Francis Veber est très bien foutue. C’est une création qui a été refusée par quatre ou cinq théâtres et on en est à plus de 500 représentations ! La pièce est vraiment très bonne : elle parle de l’argent qui rend fou et c’est un sujet très contemporain ».
 
Comment habitez-vous le rôle de Pignon, après vos illustres prédécesseurs (Jacques Brel, Pierre Richard, Jacques Villeret, Daniel Auteuil…) ?
 
"C’est un Pignon différent à chaque fois, et quand bien même il s’agit d’un personnage du répertoire. Je suis plus proche de celui d’Auteuil que de celui de Villeret. J’ai tendance à dire que ce serait un Pignon qui aurait vu Le Dîner de cons et à qui on ne pourrait plus la faire. Mon Pignon est plus malin, moins naïf, moins con si l’on veut parler trivialement. Dans Cher trésor, il s’agit d’une histoire de vengeance ».
 
Comment expliquez-vous le succès de cette pièce et le succès de Pignon ?
 
"Il inspire de l’empathie. Comme lui, le spectateur découvre que l’humanité n’est pas jolie jolie. Il y a un côté jouissif à jouer ce personnage et je pense que le public ressent cette jouissance. L’ironie st toujours là, jamais malsaine."
 
Comment avez-vous travaillé avec Francis Veber, puisqu’il s’agit d’une création ?
 
"Nous l’avons pensé ensemble, même si Francis a une approche bien à lui. Je lui ai demandé de changer certaines choses, mais c’est avant tout le fait de jouer le personnage sur la durée qui nous fait explorer sa matière théâtrale. Francis a ce don de gratter les choses jusqu’à l’os, et de gratter l’os aussi. Au final, on apporte au personnage autant que le personnage vous offre. Et il faut reconnaître que c’est plus simple lorsqu’il s’agit d’une pièce inédite, et non une reprise de rôle."

Quelle place garde le théâtre dans votre vie ?
 
"C’est mon vrai métier ! Il y a eu quinze ans de jeu et de tournées avec le Café Théâtre. Les planches, c’est vraiment là où l’acteur peut s’épanouir. C’est là, et surtout avec la comédie, que l’on est payé comptant et content. On est payé en rires et on est payé pour faire rire. Bien sûr, il y a des jours sans, des jours de crève, des jours de deuil… des jours sans public… mais le fait d’être dans le même bateau sans jamais être sur la même mer, c’est quand même formidable. Il y a une différence entre jouer la comédie et être comédien. Etre comédien est un métier et il faut en assumer les conséquences : les bides et les succès, les sales et les bonnes critiques. Et tout cela est assez marrant, non ? (rire). Et quant au cinéma, il y a un côté parc d’attractions qui reste fascinant ».
"Je fais partie de ces gens qui estiment qu’il faut avoir une tête bien faite et une tête bien pleine. J’aime les mots. Le langage est d’une importance capitale. Quand on n’a plus de mots, on tape ! C’est pour cela qu’il est aussi difficile de parler avec les extrémistes. Ils sont hors de mots, donc très dures à combattre avec les mots"

Vous étiez récemment à Tours pour tourner un téléfilm (prochainement sur France 3), « La loi d’Alexandre », dans lequel vous jouez un avocat. Un mot sur la télévision ?
 
"Il faut préciser que c’est une collection lancée par mon amie Josiane Balasko. Et dire que ce rôle d’avocat est assez compliqué… il y a des tartines à apprendre (rire). Et quant à la télévision, je trouve qu’elle propose des trucs vachement bien. Je pense à Ce soir je vais tuer lassassin de mon fils  de Jean-Paul Rouve, ou encore aux séries américaines comme House of Cards et Downtown Abbey. Chaque média a des choses intéressantes à proposer. Et la télévision est plus exigeante, il faut tourner plus vite. Au final, quel que soit le support, ma boussole, c’est le plaisir ».
 
Et un rôle récurrent ?
 
"Non. Jouer un inspecteur tous les mois me donnerait l’impression de prendre ma retraite (rire)."
 
Où en êtes-vous avec la réalisation. Votre dernier film, « Rose et Noir », date de 2009…
 
"Ce n’est pas un secret que cette dernière expérience n’a pas vraiment été un succès. Alors je prends le temps. Je suis en train d’écrire. J’aimerais quelque chose de bien écrit donc cela demande une certaine exigence. J’espère un tournage au printemps ou à l’automne 2016 mais je ne vous dirai rien de plus !"

Gérard Jugnot et Francis Veber. Photo Bernard Richebé
Gérard Jugnot et Francis Veber. Photo Bernard Richebé
Vous allez jouer en plein air au Festival d’Anjou. Quelles appréhensions, quelles attentes ?
 
"J’adore jouer en plein air. Et j’adore avoir peur ! (rire). C’est enthousiasmant d’avoir la tête dans les étoiles, d’entendre le chant des oiseaux. J’ai connu cela à Ramatuelle avec Jean-Claude Brialy. Là, je vais sûrement voir des couvertures sur les jambes de gens. Cela peut être marrant !"
 
Quel rapport avez-vous aux autres arts ? Lisez-vous des livres, écoutez-vous de la musique, allez-vous voir des expositions ?
 
"J’adore les expos et, dès que je peux, je vais aller voir celle consacrée à Bowie à la Philharmonie. Malheureusement pour moi, je ne lis pas assez. Mais je reçois tellement de scénarios. Quand je lis, c’est généralement des romans. J’en commence plein, et s’ils ne m’accrochent pas tout de suite, ils me tombent des mains. Quant à la musique, j’écoute un peu de tout. J’aime la chanson française. En ce moment, j’écoute beaucoup Christine & The Queens et The Do. Je pourrais citer Julien Doré et Francis Cabrel. Il y a Trénet aussi. Et je suis un dylanien pur et dur. Quand il chante Les feuilles mortes en anglais, c’est dément, non ?"
 
Et le cinéma français, qu’en pensez-vous ?
 
"Je pense que le terme de cinéma français est assez ridicule. Entre Assayas, Kechiche, Olivier Baroud et Dany Boon, il y a moult cinémas français. C’est pour cela que je trouve certaines récompenses assez bizarres. Ce qui m’intéresse, c’est le cinéma d’auteur public. Un cinéma qui ressemble à celui qui le fait. Un cinéma qui parle au plus grand public mais qui reste intéressant et intelligent."
 
Quel regard portez-vous sur la politique et sur la politique culturelle ?
 
"Je me sens intimement concerné. On se dit que la culture est quelque chose qui passe tout le temps après… alors qu’elle est essentielle. Et il faut se dire qu’avec le Front National, la culture ne fait pas juste que passer après, elle est sacrifiée. Avec ces gens-là, ce n’est pas très bien de penser. Je fais partie de ces gens qui estiment qu’il faut avoir une tête bien faite et une tête bien pleine. J’aime les mots. Le langage est d’une importance capitale. Quand on n’a plus de mots, on tape ! C’est pour cela qu’il est aussi difficile de parler avec les extrémistes. Ils sont hors de mots, donc très dures à combattre avec les mots."
 
Vous avez reçu prix et distinctions. Quelle importance ont-ils à vos yeux ?
 
"Comme je n’ai jamais reçu de prix à l’école, j’en suis ravi (rire) ! Le Légion d’honneur a de la valeur à mes yeux car elle me fait penser à mon grand-père qui a fait toute la guerre 14/18 sans jamais avoir reçu de médaille. Mais au final, et sans niaiserie, c’est le public qui donne la vraie récompense. Quand des gens me remercient dans la rue, cela me suffit. J’ai tout fait pour être un acteur populaire et j'en suis fier. Quand on vous remercie pour le plaisir que vous avez donné… Et si en plus vous êtes reconnu par vos pairs et que vous pouvez bien vivre de ce que vous faites…"












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