"Godless" ou l'impossible rédemption ?

Premiers Plans - Longs-métrages européens en compétition #2


Rédigé par Katia ECHIVARD - Angers, le Mardi 24 Janvier 2017 à 13:33


Deuxième long-métrage européen de la sélection officielle de Premiers Plans, "Godless" de Ralitza Petrova a été présenté lundi soir devant un auditorium de nouveau comble. Doublement primé au Festival de Locarno (Suisse), ce récit social ultra-sombre nous plonge dans l'univers corrompu et glauque de la Bulgarie post-communiste.



Le regard de Gana (Irèna Ivanova), fil rouge d'un récit noir absolu.
Le regard de Gana (Irèna Ivanova), fil rouge d'un récit noir absolu.
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Le seul sourire de Godless, c'est sa réalisatrice Ralitza Petrova elle-même qui l'a offert au public de Premiers Plans. En confiant sur scène, avant la projection, sa fierté de pouvoir présenter son film en France « un pays où le cinéma est une réelle tradition et a une grande importance, bien plus qu'en Bulgarie ». Et à Angers en particulier, où on laisse plus de chance à des films d'Art et d'essai, tel que son premier long métrage.
           
Jeune femme déboussolée, Gana (Irena Ivanova) soulage son mal-être à grandes doses de morphine, qu'elle dérobe à son travail. Aide à domicile pour personnes âgées dans une cité glauque de Bulgarie, elle abuse de leur sénilité en revendant leurs papiers au marché noir. Gana ne s'épanouit ni dans son travail, ni dans la relation sans passion avec son petit ami mécanicien. Comment quitter ce chemin ?
           
Godless, c'est d'abord le vide d'un décor sans éclat. Les rues défoncées aux aspects grisâtres desservent des immeubles décatis, sous un ciel gris surplombant. Tout semble figé dans cette ville sombre. Le film en devient morose à l'instar de son personnage. principal, Gana, enfermée dans une vie monotone, rythmée d'éternelles répétitions. Tout comme la mise en scène qui s'enferme dans des lieux déplorables.
 
"Dénué d'émotions, le visage de l'héroïne, souvent filmé en plan serré et caméra à l'épaule, porte à lui-seul ce désespoir"
Sans filtre, le film montre la dure réalité des classes inférieures, premières victimes d'un système judiciaire et politique corrompu, et tout particulièrement la place des plus âgés dans une société qui les dénigre. Pauvreté, solitude et tristesse s'imposent dans un univers où la mort guette au tournant.

Dénué d'émotions, le visage de l'héroïne, souvent filmé en plan serré et caméra à l'épaule, porte à lui-seul ce désespoir. Une séquence, pourtant banale, peut refléter ce sentiment : Gana et un de ses patients sont dans un ascenseur plongé dans le noir, qui à chaque étage se fait traverser par un rayon de lumière. Gana essaie de faire le jour sur sa vie et c'est ce vieil homme, survivant de la répression communiste, qui l'y aidera d'une certaine façon.
           
Difficile de croire à la volonté de rédemption du personnage, introduite de manière peu crédible et presque naïve. Soudain frappée par la voix divine (du choeur religieux qu'anime le vieil homme), Gana pense entrevoir de nouveaux possibles. Elle prend conscience de ses actes mais, comme neurasthénique, est aussitôt rattrapée par ses fantômes. Car Godless, vous l'aurez compris est une quête désespérée.


Le programme de ce mardi à Premiers Plans, c'est ici.












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