Histoires cachées : une expérience sensorielle unique


Rédigé par - Angers, le Mardi 1 Mai 2012 à 08:05


Voyants et non-voyants n’ont pas la même perception d’un spectacle. Si les premiers le voient avec les yeux, les déficients visuels l’apprécient avec les oreilles, chacun devant au final comprendre la même chose, et encore plus plus s'ils échangent leur vision. C’est l’expérience sensorielle qu’a tentée à Angers, la Compagnie Begat Theater, dans le cadre d’un projet soutenu par la Paperie, le Centre National des Arts de la Rue.



Un groupe suivant l'un des quatre comédiens, rue d'Alsace à Angers
Un groupe suivant l'un des quatre comédiens, rue d'Alsace à Angers
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Et si l’on vous donnait la possibilité d’entendre les pensées des badauds que vous croisez dans la rue chaque jour, vous n’en croiriez pas vos yeux et vos oreilles ? Histoires Cachées proposées par la compagnie « Begat Theater », en résidence à la Paperie - Centre National des Arts de la Rue à Angers, est une performance théâtrale et une prouesse technique qui, en faisant vivre la poésie dans l’espace urbain, vous en donne la possibilité. Intéressant n’est-ce pas ?

Samedi dernier, munis de casques audio reliés à de petits récepteurs, des petits groupes ont eu le pouvoir d’entendre, le temps du spectacle, les pensées de quatre personnes croisées dans la rue. Chacune d’elles évoquait une tranche de vie, des histoires courantes, disparates, mais parallèles, se croisant même à certains moments, au point de se confondre et de perturber les spectateurs qui ont suivi les comédiens dans le centre-ville d'Angers, de la rue Bodinier, en passant par la rue Lenepveu, la rue des poêliers et la place du Ralliement.

Pour « Histoires cachées », nul besoin de sièges pour contempler le spectacle comme on le fait traditionnellement au théâtre. Il suffit d'accompagner les comédiens dans leur périple et leurs pensées, chaque groupe devant se raccrocher visuellement à un objet banal : un stylo, une boite d’allumettes, une orange, un journal, servant à la fois d’accessoire et de point de repère.

Comme l’ont souhaité les concepteurs de cette performance, les spectateurs, coupés du monde qui les entoure, se faufilent dans la tête de ses quatre personnes, pénètrent dans leur intimité, s’attachent au personnage, au point de le perdre quand, sans crier gare il échange l’objet à suivre avec l’un des autres personnages. Les spectateurs pénètrent alors dans d’autres pensées, dans un autre univers, chaque groupe n’ayant pas la même vision du spectacle d’autant qu’à tout moment, une personne croisée au hasard dans la rue peut en faire partie. C’est là toute la richesse de ce spectacle qui s’intègre facilement dans l’environnement urbain tout en jetant un regard sur notre quotidien.


Objectif atteint : les non-voyants ont pu « voir » le spectacle

« Le spectacle est visible pour ceux qui sont prêts à l’observer », déclarent les représentants de la compagnie Begat Theater. « Le spectateur est coupé du monde réel, il est pris dans une fiction qui lui ouvre les oreilles, comme les yeux ».

Et c’est justement ce qui rend ce spectacle accessible aux personnes non-voyantes. En collaboration avec l’Institut Montéclair, l’association Les Chiens Guides d’Aveugles de l’Ouest et la mutuelle Intégrance, le spectacle a été réadapté, selon la commande de la Paperie, afin de le rendre plus facilement compréhensible pour les personnes en déficience visuelle.

Équipé d’une écharpe sonore, contenant de petits haut-parleurs, chaque non-voyant est accompagné d’une personne voyante, lui servant à la fois de descripteur de l’environnement et du spectacle. « L’accompagnant n’est pas un simple guide, chacun communiquant à l'autre, au cours du périple, sur sa vision du spectacle. Les non-voyants ne « voient » pas la même chose que nous. Un lien s’établit entre les deux spectateurs et c’est ce qui rend le spectacle encore plus intéressant », explique Éric AUBRY, le Directeur de la Paperie dont l’objectif est faire en sorte que ce soit le spectacle qui s’adapte aux déficients visuels et non pas l’inverse.

« C’est différent de l’audio description puisque la compagnie a été obligée de réécrire une partie de son spectacle de rue pour le rendre accessible », poursuit le directeur de la Paperie, « il n’y pas de description de l’environnement, le non-voyant entend la même bande-son que celui qui l’accompagne ». C’est de l’échange entre les deux spectateurs qui ne font plus qu’un pour l’occasion que nait la compréhension du sujet.

« C’est dépaysant, on déambule en étant complètement dans la pensée des interprètes. J’ai pu suivre et comprendre grâce à mon binôme. Ce sont des choses de la vie quotidienne, facile à comprendre. Grâce au binôme on peut se laisser aller et s’immerger plus facilement dans le spectacle », explique Alain DELAUNAY musicien non-voyant. « Je lui dis qui intervient dans une scène, mais nous avons peu d’échanges personnels, car il faut tout de même rester concentré pour tout suivre et ne pas perdre le fil de l’histoire. Nous avons tout de même échangé quelques appréciations sur le spectacle », déclare la dame qui l’accompagne.

Pour en savoir plus : www.lapaperie.fr et www.begat.org




Yannick Sourisseau
Web Journaliste suivant plus particulièrement les technologies digitales Formateur technologies de... En savoir plus sur cet auteur








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