Islam à Angers : une mosquée sinon rien…

[DOSSIER] ANGERS ET L'ISLAM : À LA CROISÉE DES CHEMINS #2


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 11/03/2015 - 07:33 / modifié le 11/03/2015 - 07:41


Deux mois après les attentats djihadistes de Paris, le choc provoqué par leurs auteurs continue de propager ses ondes à tous les niveaux de la société française, compliquant, qu'on le veuille ou non, l'indispensable dialogue du pays avec ses citoyens musulmans. Un dialogue d'autant plus nécessaire à Angers que viennent d'être lancés les travaux de terrassement de la grande mosquée dans le quartier des Hauts-de-Saint-Aubin. Un projet attendu par les milliers de musulmans qui vivent dans l'agglomération d'Angers et qui aspirent légitimement à une plus juste reconnaissance. Angers Mag fait le point sur ce sujet absent du débat public.



Voici la maquette de la mosquée Abou Baker Assedik (à droite) et du centre culturel Dar Assalam (à gauche) tels qu'ils devraient être édifiés sur le plateau de Capucins.
Voici la maquette de la mosquée Abou Baker Assedik (à droite) et du centre culturel Dar Assalam (à gauche) tels qu'ils devraient être édifiés sur le plateau de Capucins.
Voilà désormais 34 ans que les musulmans d’Angers attendent une grande mosquée. Sur les Hauts de Saint-Aubin, les travaux ont commencé il y a quelques semaines, pour une livraison espérée à la fin de l’année 2016. « Inch’Allah »…
 
Qu’il pleuve, neige ou vente, ils sont toujours là. Fidèles au rendez-vous de la prière du vendredi. Ce vendredi de la mi-février justement, un méchant crachin s’abat sur Angers. Il est un peu plus de midi et des dizaines d’Angevins de confession musulmane, évidemment déchaussés, prient dehors, sur des tapis sortis à mesure de l’affluence.

La scène est saisissante, mais n’a rien d’exceptionnel : chaque semaine, plusieurs centaines –des milliers lors de fêtes religieuses- de fidèles rejoignent la salle de prière du Doyenné, situé derrière La Cité flambant neuve, à deux pas du Chabada. Voilà 14 ans que la Ville d’Angers a mis ce lieu à disposition de l’Association des musulmans d’Angers, pour pratiquer le culte. Trop exigu, contraint, précaire : pas digne.

A quelques centaines de mètres de là, de l’autre côté de la Maine, un terrassement frais fait –il y a tout juste un mois- porte à lui seul les espoirs d’une grande part de la communauté musulmane angevine. Sur le terrain acheté en 2012, les travaux de la grande mosquée ont commencé… juste avant que la validité du permis de construire –déjà prolongé d’un an début 2014- ne prenne fin.

Conflits d’ego ou d’influence, manque de moyens, frilosité politique… le projet de mosquée, consubstantiel à la création de l’AMA il y a 34 ans, pourrait enfin voir le jour « fin 2016-début 2017 », affirment les responsables de l’AMA. Voici comment…

Un lieu de culte en quatre questions...

Le lieu
L’AMA a acquis le 29 juin 2012, auprès de la Société d’aménagement de la région angevine, un terrain de près de 3 000 m2, près de l’ESEO. C’est la majorité de Frédéric Béatse (PS) qui était alors aux affaires. Elu maire depuis, Christophe Béchu, s’il a toujours défendu l’idée d’un lieu de culte « digne », tique publiquement sur « les problèmes de parking et de stationnement » de l’emplacement actuel.
 
Le financement
Les responsables de l’AMA tablent sur un projet à 3,5 M€, pour le seul centre cultuel, la mosquée et son minaret de 21 m. Dans la salle de prières du Doyenné, un compteur est installé depuis un an, qui affiche le total des dons depuis qu’une campagne a été relancée, à la veille du dernier Ramadan. "Depuis juillet 2014, nous avons réuni plus de 225 000€ », affirme Mohamed El Hourch (AMA). « Le fait de démarrer les travaux redonnent confiance aux fidèles », poursuit-il. « Je suis très confiant sur le fait qu’on réunira la somme nécessaire ».

Les municipalités qui se sont succédé se sont toujours posées des questions sur la capacité de financement propre de l’association. « Mais parce que les élus ne connaissent pas le monde musulman. Pour nous, une promesse est un réel engagement », affirme Mohammed El Hourch.

Le cas échéant, si l’AMA ne réunit pas l’argent nécessaire à la construction de la mosquée, pourrait-elle faire appel à des capitaux étrangers (ce qui est le cas dans la plupart des projets de mosquées, celle, récente, de Nantes par exemple NDLR) ? « C’est une possibilité », avancent-ils, arguant qu’un financement étranger ne voulait pas forcément dire un financement d’Etat. « Je connais de très nombreuses personnes seraient prêtes à nous aider… ».

Dernier point, fondamental : la municipalité ne mettra pas « un centime d’euro dans le projet de mosquée. C’est un projet privé », explique-t-on dans l’entourage du maire d’Angers.
Islam à Angers : une mosquée sinon rien…

Cultuel et/ou culturel ?
Au sein-même de la communauté musulmane d’Angers, le torchon a longtemps brûlé sur ce sujet. Principalement à cause du coût. Le montant global du projet de mosquée et d’un centre culturel attenant s’élèverait, au bas mot, à 6,5 M€. Or, comme le rappelle le sociologue de l’Islam, Romain Sèze (voir en page 21), « ce qui fait la richesse d’une mosquée, ce sont les festivités, les cours d’arabe ou d’éducation religieuse que l’on y donne, les conférences, la bibliothèque, les moments de sociabilité divers. Ce sont des lieux qui se veulent ouverts sur la ville ».
Les responsables de l’AMA, son président Omar Khaloir en tête, ne disent pas autre chose : « Ce que l’on veut, ça n’est pas une mosquée pour les musulmans, mais une mosquée pour les Angevins ». Et le projet d’ensemble, avec son volet culturel, se veut même plus ambitieux, en raison, notamment, de sa situation sur les hauteurs d’Angers. Visible de loin, Mohammed El Hourch –pour qui le centre culturel se fera naturellement, à la suite de la mosquée- imagine un ensemble « comparable à un Institut du Monde Arabe à l’angevine ».
 
Les enjeux
Ils sont politiques et sociaux. Dans l’entourage du maire d’Angers, on voit dans ce projet de mosquée « une occasion en or d’unifier la communauté » et, par là-même, de « rassurer les Angevins : tout ce qui est visible et compréhensible y participe ». Si elle s’interdit, au nom de la laïcité, « d’organiser le culte », la municipalité voit dans la construction de la mosquée « une chance inouïe d’ouvrir le débat sur une laïcité et un vivre ensemble à l’angevine ». Que ce soit tu ou non, les autorités mesurent bien, également, l’intérêt d’avoir, dans une mosquée « cathédrale », le discours unifié d’un imam.
Reste que ce projet a trouvé et trouve encore des opposants, au sein de la communauté musulmane. La plupart, parmi lesquels Abdel-Rahmène Azzouzi ou les responsables de l’Association culturelle des Musulmans de la Roseraie, prônent un Islam de proximité. En clair, un lieu de prière par quartiers. Et développent, pour les derniers cités (qui n’ont pas souhaité s’exprimer malgré nos sollicitations) un argument simple sur la question du financement : pourquoi la municipalité, qui a réhabilité et mis à disposition de la communauté juive une église non consacré en 2011, ne ferait-elle pas la même chose pour la communauté musulmane ?

La Salle du Doyenné accueille chaque vendredi des centaines de fidèles.
La Salle du Doyenné accueille chaque vendredi des centaines de fidèles.
Les lieux de prières
Salle du Doyenné. Elle a été mise à disposition de l’Association des Musulmans d’Angers en 2001 et est considéré comme le principal lieu de culte de la communauté, sur Angers. Lors des fêtes religieuses près de 4000 personnes s’y réunissent.
 
Salle de la Roseraie. C’est une mise à disposition de la municipalité, dans le cadre d’une convention avec l’AMA. Elle avait pour objectif de permettre aux personnes âgées de La Roseraie de ne pas avoir à se déplacer jusqu’au Doyenné pour pratiquer. Problème : depuis la scission entre l’AMA et l’ACMR, c’est l’ACMR qui occupe le local et récupère l’argent du culte. Mais l’AMA est toujours le signataire de la convention. Se double à cela « une difficulté de cohabitation », selon l’entourage du maire, entre l’ACMR et la distribution alimentaire de l’association Saint-Vincent-de-Paul. Un autre lieu de prière a ainsi été proposé par la nouvelle municipalité, derrière le centre de tri postal. Sans effets.
 
Mosquée turque. Située rue des Longs Boyaux, depuis le début des années 90, 330 familles y adhèrent et quelque 500 personnes s’y réunissent le vendredi. La mosquée se double d’un centre culturel et un projet d’agrandissement est actuellement à l’étude.
 
Voisin de la mosquée turque, une autre mosquée existe depuis 2012 à Trélazé, sur le site de l’ancienne ferme d’un famille d’exploitants agricoles : la famille Cochon ! C’est ce qu’indique avec humour le site internet de l’Association culturelle des musulmans de Trélazé. Deux projets mobilisent leur attention : l’un concerne l’extension de la mosquée, l’autre le recrutement d’un imam.












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