Jumelage Angers-Torun : "Assurer toujours plus d'échanges entre les pays"


Rédigé par - Angers, le 09/05/2016 - 07:45 / modifié le 09/05/2016 - 20:48


Tout au long du mois, Angers Fête l'Europe avec, en point d'orgue, la signature ce lundi 9 mai d'un jumelage avec la ville polonaise de Torun. L'occasion de revenir sur les liens profonds qui unissent l'Anjou et la Pologne, à travers les siècles. Rencontre avec le président de l'association Anjou Pologne, Jacek Rewerski.



Jacek Rewerski est le président de l'association Anjou Pologne.
Jacek Rewerski est le président de l'association Anjou Pologne.
la rédaction vous conseille
A quand remontent les liens entre Anjou et la Pologne ?
 
"Ils sont très anciens : ils remontent au XIVe siècle, à Hedwige d’Anjou, princesse d’origine angevine, qui devient reine de Pologne. On peut ensuite citer Henri IV (de Pologne, duc d’Anjou, qui deviendra le roi de France Henri III, NDLR) ou la fin du XVIIIe-début XIXe : la Russie et l’Autriche se partagent la Pologne, à peu près au moment de la Révolution française et là il y aura une émigration politique et intellectuelle, notamment celle de Chopin. Il y a donc déjà une petite communauté qui se retrouve ici à Angers, mais les Polonais se répartissent un peu partout en France. C’est dû à Napoléon, qui faisait la guerre aux ennemis de la Pologne. L’ennemi de mon ennemi est mon ami… du coup, dans l’armée française, vous aviez près de 100 000 Polonais qui combattaient, en espérant retrouver l’indépendance de la Pologne.
Enfin, après la Première guerre mondiale, en particulier à Trélazé, un groupe de mineurs polonais va s’installer dans la région…"

L’élément fort de cette histoire commune, c’est cependant la Seconde guerre mondiale ?
 
"Evidemment. En septembre 39, le gouvernement polonais va quitter la Pologne et se retrouver en France, chez son allié, d’abord à Paris. Puis le gouvernement français va « l’expatrier » à Angers, qui devient ainsi capitale de la Pologne, au mois de novembre. Pourquoi ? Ça n’est pas clair. Toujours est-il que le gouvernement polonais avait envie de combattre, contrairement aux dirigeants français. Bref, ils se retrouvent ici, et là apparaît un lien très net avec Torun, puisque le président du conseil général de la région de Torun, Wladyslaw Raczkiewicz, sera nommé président de la Pologne en exil et logé au Parc de Pignerolle, à Saint-Barthélemy. Tout le gouvernement et les ministères seront eux sur Angers. La curiosité, c’est que les ambassadeurs aussi suivent : l’ambassadeur de France auprès du gouvernement polonais sera lui aussi à Angers !"

Comment s’organise cet exil angevin ? Et comment s’achève-t-il ?
 
"Il y a des immeubles qui seront réquisitionnés. Il y avait pas mal de monde, entre le gouvernement, toute l’intendance et puis l’armée, qui se reconstitue à Angers et aux alentours : jusqu’au départ du gouvernement polonais, au mois de mai 1940, l’armée polonaise comptera près de 80 000 soldats ici. En mai 1940, le gouvernement polonais refuse de déposer les armes et évacue –ceux qui peuvent- vers Londres, où il retrouve le général de Gaulle. Le gouvernement polonais de la IIe République en exil restera ainsi en Angleterre jusqu’en 1989 ! Lorsque le communisme est tombé en Pologne, le dernier président en exil a remis les insignes présidentiels à Lech Walesa, le premier président librement élu."
"Des immeubles seront réquisitionnés. Il y avait pas mal de monde, entre le gouvernement, toute l’intendance et puis l’armée, qui se reconstitue à Angers et aux alentours : jusqu’au départ du gouvernement polonais, au mois de mai 1940, l’armée polonaise comptera près de 80 000 soldats ici"

Quels liens se tissent ensuite, entre Angers et la Pologne ?
 
"Il y a sans doute là-dedans un peu de hasard, mais des liens universitaires se sont créés entre Angers et Torun, depuis près de 30 ans, entre l’université d’Angers et l’université Nicolas Copernic, à Torun. Depuis un peu plus de 6 ans, des échanges existent également entre les établissements scolaires des deux villes.
A un autre échelon, durant l’époque de Solidarnosc, il y a eu un mouvement assez important à partir d’Angers : la CFDT d’Angers a aidé Solidarnosc Torun, assez développé là-bas, parce que c’est un centre culturel et intellectuel important.
Ensuite, nous avons également créé l’association humanitaire Solidarité enfants de Pologne, on a fait venir ici des enfants pour traiter des problèmes rénaux, puis on a monté à Torun, un centre d’hémodialyse pédiatrique, et envoyé des reins artificiels depuis Angers. De nombreux autres centres ont été créés depuis à travers toute la Pologne."

Michal Zaleski, le président de la municipalité de Toruń, et Christophe Béchu, le maire d'Angers lors de la signature de l'accord de jumelage lundi matin.
Michal Zaleski, le président de la municipalité de Toruń, et Christophe Béchu, le maire d'Angers lors de la signature de l'accord de jumelage lundi matin.
Existe-t-il des similitudes entre les deux villes ?
 
"Au niveau de la taille, c’est à peu près pareil, même si Torun et ses 200 000 habitants est un peu plus grande. C’est aussi une ville universitaire, la ville de Nicolas Copernic. C’est une ville à la fois jeune et ancienne, avec la vieille cité gothique - et ses murailles datées du XIIIe siècle- classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
Et puis il y a la Vistule, un fleuve à 100 % polonais, comme la Loire est à 100 % française. Il y a là aussi un jumelage à faire ! A quelques kilomètres près, c’est pareil. Comme on dit en Pologne, la Vistule est le dernier fleuve sauvage d’Europe ; je dirais même peut-être encore plus sauvage que la Loire, avec des îles de sable… donc il y a une réelle proximité."
 
Comment considérez-vous l’officialisation de cette histoire commune, à travers le jumelage Angers-Torun ?
 
"A différentes périodes, et dans différents domaines, il y a eu des liens. Ca fait déjà 5 ans qu’on a présigné le mariage –des sortes de fiançailles- en Torun et Angers. Ce jumelage, c’est le résultat d’un long combat : ça fonctionnait déjà très bien entre les gens des deux villes, mais il fallait mettre dans le coup les autorités, pour que ça soit officialisé et qu’on puisse toucher les bénéfices de l’aide légale relative au jumelage.
J’espère que ce jumelage renforcera ce qui existe déjà. Des échanges économiques devraient aussi se mettre en place, mais au-delà de ça, avec tout ce qui se passe maintenant en Europe, avec toutes les difficultés et les frontières qui se referment malheureusement, on doit chercher encore plus au rapprochement entre les pays, à une ouverture maximum, à assurer des échanges. Lorsque l’on connaît un peu l’histoire, c’est une si belle chose ce que l’on a pu faire au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Et c’est vraiment dommage qu’à travers toute l’Europe –car il n’y a pas d’exception- on assiste à un retour des populismes."

Le site internet de l'association Anjou-Pologne, c'est ici
L'association Franco-Polo organise au mois d'août un circuit de 16 jours en Pologne, au fil de la Vistule, des Carpates à la mer Baltique. Renseignements : https://franco-polo.com




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag















Angers Mag : #Angers En panne d'idée de cadeaux ? @Revue_BDM #carnetsdevoyage #publicité https://t.co/VsebE5LDp8
Samedi 3 Décembre - 18:56
Angers Mag : RT @IncroyableSCO: Angers SCO à la pêche aux points face aux Merlus du @FCLorient ce soir (20h) à Jean-Bouin ! #SCOFCL #VibrezSCO https://t…
Samedi 3 Décembre - 12:56
Angers Mag : ChroniK'Ô Noir - #18 : "Plateau", de Franck Bouysse: Chaque mois, la journaliste Martine... https://t.co/V0soKdy4ie https://t.co/07YeiZrSfq
Samedi 3 Décembre - 09:00
Angers Mag : Report'Cité : portez la plume, s'il vous plaît !*: Un an et demi après son lancement, le... https://t.co/Qf1FyGW1iJ https://t.co/P8YYlZPYdm
Vendredi 2 Décembre - 19:06


cookieassistant.com