L'Anjou à l'épreuve du climat

Demain, la douceur angevine ? # 1


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 23/10/2015 - 07:15 / modifié le 26/10/2015 - 11:15


A quelques semaines de la Conférence Climat de Paris (COP21), Angers Mag s'est interrogé sur les impacts du changement climatique dans la région, sa réalité mais également ses implications dans les domaines de l'eau, de la santé et des cultures. Une réflexion à l'écoute des acteurs du territoire, sans catastrophisme, mais sans ambiguité non plus sur l'importance de l'enjeu soulevé par les questions climatiques. Le premier volet de ce travail est consacré à l'élément le plus empirique qui soit -le temps qu'il fait dehors- et à la contextualisation de cette COP21.



Simulations climatiques pour plusieurs scénarios pour la métropole (Expérience : Météo-France/CNRM2014 : modèle Aladin de Météo-France): La première ligne représente un scénario avec une politique cherchant à faire baisser les concentrations en CO2, la deuxième un scénario visant à les stabiliser et la troisième un scénario sans politique climatique. Crédit DRIAS, Les futurs du climat.
Simulations climatiques pour plusieurs scénarios pour la métropole (Expérience : Météo-France/CNRM2014 : modèle Aladin de Météo-France): La première ligne représente un scénario avec une politique cherchant à faire baisser les concentrations en CO2, la deuxième un scénario visant à les stabiliser et la troisième un scénario sans politique climatique. Crédit DRIAS, Les futurs du climat.
Que sortira-t-il de la Conférence Climat (COP 21) organisée à Paris, du 30 novembre au 11 décembre prochain ? Sans préjuger de son résultat -dont certains se désolent déjà-elle aura au moins eu le mérite de remettre la question du changement climatique sous les feux de la rampe : les médias s'y intéressent à nouveaux depuis quelques mois, dans le sillage de quelques figures de proue de l'écologie, convaincus que se joue dans la capitale tout ou partie de l'avenir du monde.

Est-ce d'ailleurs réellement le cas ? Si les grandes décisions conduisant à une réduction par 4 de l'émission des gaz à effet de serre d'ici à 2050 doivent bien être prises à l'échelon planétaire, il est aussi admis que c'est à l'échelon territorial, celui des collectivités locales et de la responsabilité individuelle, que se gagnera, ou pas, ce défi environnemental. C'est tout le sens du sommet mondial Climat et Territoires, préparatoire à la COP 21, qui s'est tenu à Lyon au début de l'été.  "Chacun, dans sa vie personnelle, sur son territoire, dans son entreprise, doit se retrousser les manches et faire le maximum. Faire sa part du job et, pourquoi pas, un peu plus. Pour ne pas être coupables, agissons !" écrivait à cette occasion Matthieu Orphelin, vice-président de la Région en charge de l'éducation et porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Dans nos colonnes, il concluait par cette évidence : "Le combat climatique est la pierre angulaire qui conditionne tout le reste : la santé, l’emploi, le développement, l’alimentation, la paix".
 
"Le combat climatique est la pierre angulaire qui conditionne tout le reste : la santé, l’emploi, le développement, l’alimentation, la paix"

C'est peu ou prou à l'aune de ces thématiques, déclinées à l'échelon local, qu'Angers Mag a choisi de s'intéresser au changement climatique. Parce que ce qui semble sonner comme une évidence pour Matthieu Orphelin et quelques autres, ne l'est assurément pas pour tous les Angevins, y compris parmi le personnel politique du landernau. Comment l'expliquer ? A l'heure où les questions de travail et de fins de mois occupent l'esprit des Français en général, et des Angevins en particulier, il ne reste manifestement guère d'espace pour l'engagement écologique.

La campagne présidentielle de 2007 -et la présence forte de Nicolas Hulot au cœur de celle-ci- puis le Grenelle de l'environnement avaient placé l'écologie au centre des attentions... Un feu de paille bien vite balayé par la crise socio-économique qui allait toucher le monde, dès 2008. « Je situe le point d’orgue de la prise de conscience au film d’Al Gore, « La vérité qui dérange » (en 2006). Après quoi, c’est comme si la répétition du discours avait fini par ennuyer, reconnaît Jerry Schmidt, transfuge de l’Ademe (1) qui a pris la direction de l’Agence Locale de l’Energie et du Climat créée l’an passé à Angers. La volonté est moins importante. » Les priorités sont ailleurs. Beaucoup plus sévère, plus inquiet aussi, Yves Gabory, directeur de l’association Mission Bocage et ex-président de l’Association française des arbres et haies champêtres, juge la mobilisation politique « complètement disproportionnée à l’enjeu. In fine, quand on va sur le terrain, on se rend compte que beaucoup se satisfont de la situation. Avec la crise économique, le sujet est passé au bas de la pile. »

L'autre explication de ce désintérêt collectif tient en une phrase : "Il faut le voir pour le croire". Hors il faut bien l'avouer, si les climato-sceptiques sont désormais marginaux, pour le plus grand nombre, les signes visibles du changement climatique en Anjou ne sont pas légion. De manière empirique, ils se résument souvent à un élément : le temps qu'il fait. "Nous avons des éléments d'observation  dont on peut sérieusement étudier l'évolution depuis 70 ans", commente Eric Allard. Et le constat est clair : "En Anjou, il fait en moyenne 1°C de plus chaque jour qu'il y a 70 ans. C'est une variation très importante sur une moyenne quotidienne e 12 à 13°C." Surtout, "cette hausse est plus visible et s'accélère depuis la fin des années 80. A l'échelle mondiale, on a pu reconstituer les climats jusqu'à 850 000 ans ; et il n'y a jamais eu d'explosion de la température comme celle que l'on observe depuis peu", complète le météorologue.
Météo France étudie aussi des données d'humidité ou de pluviométrie, mais de ce point de vue, "nous ne dégageons pas encore de tendance significative", explique Eric Allard. Reste que l'augmentation des températures est clairement à mettre au passif de l'activité humaine, et de la production de gaz à effets de serre.

En l'état actuel des choses, si des efforts considérables sont faits -notamment à la COP 21- pour limiter les gaz à effet de serre, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) estime qu'il sera possible de limiter l'augmentation de la température à 2°C d'ici la fin du siècle. "Au-delà, on risque de voir apparaître des phénomènes irréversibles", poursuit-on à Météo France. "L'atmosphère fonctionne comme une machine thermique dont les gaz à effet de serre modifient les réglages. Si on dépasse un certain seuil, la machine risque de s'emballer, avec des modifications rapides et importantes des équilibres."
Concrètement, dans nos régions tempérées, les climats vont monter vers le nord d'à peu près 350 km. "Le pruneau d'Agen sera le pruneau d'Angers", illustre Eric Allard.
"En 2050, Le pruneau d'Agen sera le pruneau d'Angers"

On voit bien dès lors les conséquences que peut avoir le changement climatique sous nos latitudes. Quelles réalités, quelles perspectives, quelles solutions, quelles adaptations face à cela ? Les réponses -même partielles- à ces questions ouvrent un champ d'analyses bien supérieur à celui de notre région. Elles renvoient notamment au défi de l'eau, historique et fondamental, à l'échelle de la planète, mais aussi à la douloureuse actualité des migrants. Jetés sur la route par la guerre, ils le sont aussi, et le seront de plus en plus, par les conditions climatiques de leurs territoires. La douceur angevine aura alors pris quelques degrés...
 
(1) Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
 

« Demain, la douceur angevine ? » Une conférence-débat le 31 octobre avec La Sauvegarde de l’Anjou

L'Anjou à l'épreuve du climat
C’est elle qui nous a soufflé le titre de notre dossier. Fédération regroupant une vingtaine d’associations de défense de l’environnement ou du patrimoine de Maine-et-Loire, La Sauvegarde de l’Anjou célèbre ces 50 ans en 2015. Le samedi 31 octobre, elle clôturera cette année-anniversaire en investissant dès 10h les Greniers Saint-Jean à Angers pour une journée de débats et de festivités.

L’occasion de découvrir de multiples initiatives associatives et d’échanger lors d'une conférence-débat autour de l’impact des changements climatiques avec Matthieu Dauphin (Météo France Angers), Florence Habets (CNRS), spécialiste du climat et du cycle de l’eau, Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et biodiversité, ancien président du Muséum national d’Histoire Naturelle et Denez l’Hostiz, président de France Nature Environnement (14h30-17h30).

La Sauvegarde de l’Anjou en profitera pour présenter ce jour-là le livre qu'elle a réalisé (photo ci-jointe) pour retracer son histoire et ses multiples combats : « Pour l’environnement et la patrimoine, 50 ans d’action » (éditions Laïus).
 
www.sauvegarde-anjou.org
 












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