L'Anjou, six pieds sous terre : à tombeau ouvert dans l’histoire

4. Le cimetière de l'est


Rédigé par - Angers le Mardi 5 Août 2014 à 00:04


Quel vacancier ne lève pas le nez au ciel, l'été venu, pour s'assurer de la météo du jour ? C'est à une tout autre gymnastique que la rédaction d'Angers Mag invite les touristes et curieux autochtones, durant les semaines qui viennent : un mouvement de tête, de haut en bas, jusqu'au sol... ou au sous-sol plus exactement. Réputées pour leur diversité géologique, les profondeurs angevines ont façonné l'histoire de ce pays, du schiste ardoisier au falun, de l'argile à la houille, de l'or maugeois au fer segréen. Le temps a depuis fait son œuvre, consacrant certains sites, en enterrant d'autres. Sous le vernis touristique, notre plongée six pieds sous terre vous propose des visites insolites, parfois méconnues, toujours instructives au cœur de l'Anjou souterraine. Là où il fait toujours beau...



Au cimetière de l'est, le tombeau de la famille Guisti, mosaïste, ne passe pas inaperçu.
Au cimetière de l'est, le tombeau de la famille Guisti, mosaïste, ne passe pas inaperçu.
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"Doyen de ce lieu de repos"... Voilà l'épitaphe qui trône sur la sépulture en fonte de René Bougère, premier homme inhumé dans le cimetière de l'est, début 1848. Coquin de sort ! Quelques années plus tôt, le même René Bougère, meunier de son état, avait concédé une part de son terrain pour "compléter" l'emprise du cimetière...

4,72 hectares à son ouverture en 1848, 13,36 hectares aujourd’hui ; 33000 concessions nichées à l’angle du boulevard des Deux-Croix et de la rue Larevellière. Voilà peu ou prou la description froide, clinique de l’une des deux principales (avec le cimetière de l’ouest) cités des morts de la Ville d’Angers. Quelle histoire a donc justifié cet imposant surnom de Père Lachaise angevin ? A vrai dire, un tas d’histoires, comme celle de René Bougère : graves, insolites, culturelles, sociales, architecturales, légendaires, religieuses… sur le sujet, Yolande, experte sur la question funéraire et Marc, responsable de l’activité funéraire à la Ville d’Angers, sont intarissables.

« Ce cimetière, c’est un véritable poumon vert dans le quartier », détaille Marc. Pas un « terrain de jeu », mais un terrain historique et éducatif de premier ordre, par trop méconnu des Angevins eux-mêmes. Comme le Père-Lachaise, le cimetière de l’est est « un parc romantique, à l’anglaise : un maillage très carré et tout autour, des allées sinueuses », précise Marc.
Voilà pour la géométrie des lieux, à l’origine. Une nouvelle façon de célébrer ses morts, née de la Révolution.

Des représentations sociales

Le reste, c’est « un grand livre d’histoire angevine, mais aussi un musée en plein air où l’on peut suivre l’évolution de l’histoire de l’art », note le conservateur en chef des Archives d’Angers, Sylvain Bertoldi. Au cimetière de l’est reposent « des notables et des personnes qui ont des raisons d’être connus », détaille Yolande. « Le cimetière de l’ouest est plus celui de l’hôpital. Chacun restait plus ou moins sur son côté géographique par rapport à la Maine. »

La cité des morts en dit long sur les réalités sociales d’une époque. C’est encore plus vrai si l’on observe la disposition des carrés historiques. « Les 1er et 2e rangs sont des monuments assez anciens, en granit »… ce sont les notables. Puis, à l’intérieur, les autres, commun des mortels. Etonnant aussi, la manière dont les bâtis funéraires s’élèvent à mesure que l’on se rapproche de la Chapelle néo-romane centrale –« livrée en 1870 »- et édifiée à la demande de « dames pieuses » au-dessus d’un ossuaire global rassemblant les ossements issus des anciens cimetières. « Plus on est proche de la grande chapelle, plus on est important », rapporte Yolande.

Une forte représentation du végétal

Au détour des allées aux noms de plantes –« nous ne voulions pas que ça fasse zone pavillonnaire », insiste Marc- l’histoire d’Angers s’offre à qui veut bien s’y arrêter. Oui, nous sommes dans un cimetière, mais les sépultures portent souvent la marque de l’appartenance sociale et religieuse de leur mort : les palmes sur le fronton pour un notable, l’équerre et le compas pour un franc-maçon… Quelques raretés, aussi, dans l’ouest de la France, comme cette ouroboros (représentant un serpent qui se mort la queue) longtemps recherché puis finalement trouvé par Yolande et Marc.

« Il y a également une très forte présence du végétal », relève nos deux guides. « C’est une symbolique ou un attachement fort aux défunts ». Le blé, la vigne ou le roseau campent la religiosité, le coquelicot l’espoir ou le renouveau, d’autres gardent leur part de mystère. Apollinaire, Balzac, Morrison, Piaf, Desproges… voilà des noms éternels que vous ne trouverez pas au Père-Lachaise angevin. Mais arrêtez-vous sur ceux de Lenepveu, Dauban, Daillière, De Guisti, Bougère, Papiau de la Verrie, Cointreau ; creusez et rendez-les immortels…

David… pas en odeur de sainteté

Contemporain de l’un des plus grand artistes du temps, David d’Angers, le cimetière de l’ouest devrait être parsemé de ses œuvres, sur commande des notables de la ville… Il n’en est rien. Trop républicain pour la très bien pensante clientèle angevine, David n’a réalisé qu’une œuvre au sein de la nécropole : la tombe du maire de la ville et député Papiau de la Verrie. Unique, forcément.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur

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