L'aéroport d'Angers Marcé replie (en partie) ses ailes


Rédigé par - Angers, le 16/01/2017 - 19:26 / modifié le 16/01/2017 - 19:26


Réunis en séminaire, en fin de semaine dernière, les maires d'Angers Loire Métropole ont acté le principe de la fin des vols réguliers, sur l'aéroport d'Angers Marcé. Une orientation forte, qui conduira à une diminution drastique du budget liée à Angers Loire Aéroport, sans pour autant remettre en cause, selon le président de l'Agglo, Christophe Béchu, le devenir de l'équipement.



Les vols vers London City, c'est terminé : les élus de l'agglo ont décidé de mettre fin aux vols réguliers à l'aéroport d'Angers Marcé.
Les vols vers London City, c'est terminé : les élus de l'agglo ont décidé de mettre fin aux vols réguliers à l'aéroport d'Angers Marcé.
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Bon, il ne s'agit pas là de la fin de l'histoire aéronautique de la région angevine. Mais tout de même : en prenant, vendredi dernier, lors d'un séminaire, la décision de mettre fin aux vols réguliers depuis et à destination d'Angers Marcé, les maires de l'agglomération d'Angers ont mis des mots sur une réalité connue de tous -Angers Marcé ne sera jamais un aéroport international- et à un débat qui dure depuis des lustres.
 
Depuis son ouverture il y a bientôt 20 ans, en 1998 -en remplacement de l'ancien aéroport situé à cheval entre Angers et Avrillé- Angers Marcé accueille principalement des vols d'affaires et de loisirs. "Rien ne montre d'ailleurs, dans les débats liés à la construction de l'aéroport, qu'Angers Marcé a vocation à ouvrir des lignes régulières", rappelle le président de l'agglo, Christophe Béchu.
 
Ce sont plus "des opportunités" qui ont conduit les élus, ces dernières années, à abonder des aides aux lignes. Ces derniers mois, l'aéroport proposait ainsi des liaisons vers London City (Bristish Airways), Toulouse et Nice (IG Avion). Ce ne sera plus le cas. L'ensemble des élus de l'agglo en a été informé lundi soir, par le biais d'un rapport sur table, lors d'une session du Conseil d'agglo. Si le rapport n'appelle pas de vote, il vient clore un débat ouvert depuis la fin de l'année 2013, à Angers.

En novembre 2013, exactement, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) informait la collectivité qu'elle supprimerait, au plus tard en 2015, le contrôle aérien d'Etat d'Angers Loire Aéroport. Une décision repoussée, après intervention des élus locaux, au 4 septembre 2016, puis au 31 décembre.
En clair, la disparition des contrôleurs aériens condamne de fait les lignes régulières assurées par les compagnies étrangères, celles-ci estimant que l'absence de contrôle aérien d'Etat donnent une trop grand responsabilité à leurs pilotes.
"La collectivité, qui lancera un appel d'offres dans le courant du premier semestre, a peut-être tout intérêt à avoir un exploitant qui connaisse bien le contexte aéronautique nantais" - Christophe Béchu
Sous pression politique des parlementaires du Maine-et-Loire, le secrétariat d'Etat aux transports a précisé à l'automne dernier les conditions de maintien de deux (sur les quatre en poste initialement) contrôleurs aériens d'Etat : c'est 385 000 € par an, aux frais de la collectivité, le retour à la gratuité ne pouvant intervenir qu'au 1er novembre 2017, "sous réserve que le nombre de vols réguliers passe de 287 en 2016 à 400 en 2017, puis au moins 600 en 2018."

Bref, entre comptes d'apothicaire et équation à multiples inconnues, les maires de l'agglo ont tranché dans le vif, et joué au jeu du Stop ou Encore. "Soit on topait avec la DGAC, en ajoutant 385 000 € au 1,2 M€ que nous mettons déjà sur la table, pour finalement n'avoir que ce qu'on a aujourd'hui ; soit on rajoutait encore 200 à 300 000 € d'aides aux lignes (ce qui revient à financer le voyage des passagers NDLR) pour augmenter de manière significative le nombre de vols réguliers ; soit on décidait de faire le deuil de ce modèle , en réduisant de manière significative la voilure par la suppression pure et simple des aides aux lignes", résume Christophe Béchu.
 
C'est ce dernier choix qui a été fait par les maires, en séminaire, mettant fin, en plus de la liaison vers London City, aux deux liaisons vers Toulouse et Nice (à moins que la compagnie IG Avion ne continue à venir se poser sur le tarmac d'Angers, sans aide publique...)

Une décision qui aura un impact conséquent sur le prochain budget alloué à l'aéroport : de 1,2 M€, il descendra dans un premier temps "sous la barre du million d'euros, pour cibler à terme les 800 000 €", avance le président de l'agglo.
 
Et maintenant ? L'aéroport d'Angers Marcé conserve évidemment les deux fonctions pour lesquelles il avait été construit, à savoir le vol d'affaires et le vol loisirs (en plus du vol sanitaire). Mettre fin à des lignes régulières ne figure pourtant pas une stratégie réelle pour l'équipement. "Nous ne nous interdisons pas, de temps en temps, d'accueillir des vols charters", souligne Christophe Béchu, qui concentre son regard sur la fin de la délégation de service public du groupe Kéolis, fin 2018. "Kéolis ne gère que deux aéroports en France : Angers et Dole. On ne peut pas dire que le savoir faire aéronautique soit une marque de fabrique pour eux... La collectivité, qui lancera un appel d'offres dans le courant du premier semestre, a peut-être tout intérêt à avoir un exploitant qui connaisse bien le contexte aéronautique nantais", glisse Christophe Béchu, avant de détailler un embryon de stratégie, pour Angers Marcé, "autour de l'aviation d'affaires, et en complémentarité avec les aéroports existants."
 
Difficile de ne pas voir dans ces déclarations un appel du pied à Vinci, qui gère l'aéroport de Nantes-Atlantique. Au-delà du "cas Notre Dame des Landes", l'aéroport actuel augmente son flux de lignes régulières, réduisant d'autant le nombre de créneaux pour les vols d'affaires.
Angers Marcé pour décharger Nantes Atlantique ? Quand on ne peut plus voler de ses propres ailes...

"Une sage décision"
Une petite dizaine d'interventions pour dire peu ou prou la même chose : l'arrêt des lignes régulières au départ de l'aéroport d'Angers-Marcé est "une sage décision qu'on aurait du prendre depuis un moment" (Marc Laffineur). Au sein de l'assemblée communautaire, à l'exception de celle d'Alain Pagano, peu de voix se sont élevées lundi soir pour émettre des réserves sur un choix qui, en d'autres temps, aurait pourtant spontanément été perçu comme un mauvais signe pour l'économie du territoire. "Satisfaction" particulière pour les élus écologistes (Estelle Lemoine-Maulny et Gilles Mahé) qui le défendaient depuis des années. Et bon sens budgétaire pour Pierre Vernot (St-Lambert-la-Potherie) : "Dans un pays où 20% de la population prend l'avion, est-il légitime d'utiliser l'argent public pour payer des sièges qui décollent ?"
Reste une nécessitée, soulignée autant par Jean-Pierre Bernheim, le vice-président en charge du développement qu'économique, que Frédéric Béatse, l'ancien maire d'Angers : celle de garder "un outil performant" pour des vols charters ou des vols à vocation économique, dans le cadre d'une réflexion régionale




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur




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7.Posté par BLMWD le 17/01/2017 16:42 | Alerter
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On se demande aussi d'où sort cette fiction selon laquelle Nantes-Atlantique serait amené à manquer de créneaux pour les vols d'affaire, cela n'a aucun sens... Et quand bien même ce serait le cas, Nantes-Atlantique sera mis à niveau (ou NDDL ouvert) bien avant que cet "embryon de stratégie" ne soit autre chose qu'un embryon... C'est ça la vision d'avenir pour le territoire ?

6.Posté par barreau le 17/01/2017 14:51 | Alerter
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Béchu rêve (et les journalistes aussi). Je ne vois pas pourquoi Vinci investirait à Angers pour "délester" Nantes sur le vol d'affaires alors qu'ils ont déjà l'aéroport d'Ancenis qui sert à ça...

http://www.vinci-airports.com/fr/aeroports/pays-d-ancenis

5.Posté par BLMWD le 17/01/2017 13:46 | Alerter
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La France a une tradition aéronautique à l’origine d’un grand nombre d’aéro-clubs et donc d’aérodromes. Tant mieux, c’est une richesse, mais c’est une autre question. Par ailleurs, je ne dis pas que la décision prise vendredi est illégitime. Elle est simplement discutable, eu égard aux discours des élus et à des années de gestion catastrophique (il y a eu un énorme gâchis, c’est évident pour tout le monde je crois). En revanche, la manière dont elle est justifiée me paraît minable. Il y a des...

4.Posté par soimeq le 17/01/2017 13:11 | Alerter
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Vous savez que la France est le pays d'Europe (au moins) qui comporte le plus d'aéroport (de loin)? Comme quoi, la corrélation entre aéroport et activité économique est bien loin d'être établie.

3.Posté par BLMWD le 17/01/2017 11:54 | Alerter
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@MICHEL2, Vous oubliez l'opéra : Christophe Béchu n'a pas besoin d'opéra, toujours sous prétexte qu'on ne va pas payer la place d'un tel et d'un tel qui a envie d'aller à l'opéra. En fait il n'a pas compris que l'aéroport a un rôle territorial, même pour celui qui ne prend pas l'avion, tout comme la culture est importante même pour celui qui ne va pas au théâtre ou au musée. Raison pour laquelle d'autres villes ont fait d'autres choix, en terme de stratégie politique. Avant d'être importante,...

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