L'avortement : une bataille retracée à la bibliothèque universitaire de Belle-Beille


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le 02/04/2016 - 08:00 / modifié le 03/04/2016 - 14:56


« La loi Veil d'hier à aujourd'hui » s'expose jusqu'au 26 avril à la Bibliothèque universitaire de Belle-Beille. La rétrospective d'une bataille loin d'être remportée partout et qui fait encore grincer des dents en France...jusque dans le livre d'or de l'exposition.



"En France, les médecins disposent toujours d’une clause de conscience qui les autorise à refuser de pratiquer l’IVG », rappelle France Chabod, responsable du Centre des archives du féminisme.
"En France, les médecins disposent toujours d’une clause de conscience qui les autorise à refuser de pratiquer l’IVG », rappelle France Chabod, responsable du Centre des archives du féminisme.
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« Elle doit sauter en faisant aller ses talons jusqu’aux fesses. Elle l’avait déjà fait sept fois lorsque le sperme coula à terre en faisant un bruit ». Ces mots, signés par Hippocrate, constituent sans doute l’un des premiers récits d’avortement, puisqu’ils datent du Ve siècle avant J-C. Si le « père de la médecine » narre ici comment il a aidé une chanteuse a avorté, il interdit en revanche explicitement cette pratique à ses héritiers dans le serment qui porte son nom.

« Depuis l’Antiquité, les femmes ont toujours avorté malgré les interdictions », explique France Chabod, responsable du Centre des archives du féminisme (voir encadré ci-dessous) et des fonds spécialisés à l’Université d’Angers, qui nous guide dans l’exposition « La loi Veil d'hier à aujourd'hui ». « Aujourd’hui encore, l’avortement n’est pas un droit mais une autorisation. Les médecins disposent toujours d’une clause de conscience qui les autorise à refuser de pratiquer l’IVG ».

Au fil des panneaux historiques, riches de photos et de documents d’archives, le visiteur remonte le temps. Avant 1975 et le courage de Simone Veil « qui prend la parole devant un parterre d'hommes à l’Assemblée Nationale », rappelle France Chabod. Avant 1975 donc, quand les femmes enceintes ne souhaitant pas devenir mère empruntaient des méthodes d’avortement telles que les lavements répétés à l’eau de Javel, les aiguilles à tricoter ou les bougies et devenaient hors-la-loi. « Le 20e siècle a été le siècle qui a le plus réprimé l’avortement, notamment pendant l’Occupation. Marie-Louise Giraud est la dernière avorteuse à avoir été guillotinée. C’était en 1943 ».
« A l’Université de Tours, qui nous prête cette exposition, ils se sont posés la question de retirer le livre d’or »

Sous verre, l’exposition affiche l’exemplaire du Nouvel Observateur qui présente la liste des 343 Françaises clamant dès 1971 : « Je me suis fait avorter », à côté d’une tête de mort en plastique envoyée par des anti-avortement à la féministe Josie Cenet en 1978. Plus loin, des photos de manifestants contre la loi Veil…en 2005. Dans le livre d’or de l’exposition, France Chabot nous montre des commentaires qui vont dans ce sens : « Putes », « Assassins ». « A l’Université de Tours, qui nous prête cette exposition, ils se sont posés la question de retirer le livre d’or », regrette-t-elle.

En France, une femme a accès à l’IVG jusqu’à la fin de la 12e semaine de grossesse. « C’est un choix personnel ». Un choix remis en question en Espagne à la rentrée dernière et encore inexistant dans trois pays de l’Union européenne : Chypre, Malte et la Pologne. « En Chine, on procède à des avortements sélectifs portés sur les fœtus féminins. On parle de féminicide. C’est une vraie catastrophe démographique ». France Chabod conclut la visite avec ce chiffre, glaçant : chaque année dans le monde, 47 000 femmes meurent des suites d’un avortement illégal.

Exposition à découvrir jusqu'au 26 avril à la Bibliothèque universitaire du campus du Belle-Beille. Ouverte de 8h30 à 20h du lundi au jeudi et de 8h30 à 18h les vendredis et samedis.

Un centre des archives du féminisme unique en France

Le Centre des archives du féminisme (CAF) est né en 2000 lorsque la petite-fille de Cécile Brunschvicg - l’une des premières femmes à intégrer un gouvernement sous Léon Blum et présidente de l’Union française pour le suffrage des femmes - contacte Christine Bard - professeure des universités en histoire contemporaine à l’Université d’Angers et présidente de l’association Archives du féminisme – afin de lui confier les archives de sa grand-mère. « Aujourd’hui, le CAF rassemble 150 mètres linéaires d’archives classées », livre sa responsable, France Chabod. « Cinq à dix fonds nouveaux sont créés chaque année ». Le Caf recense ainsi les fonds Benoîte Groult, Yvette Roudy (ministre des droits de la femme sous François Mitterrand), du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception ou encore des Chiennes de garde. « Nous accueillons ici des chercheurs de toute la France et du monde entier », se félicite France Chabod.

Pour consulter la liste des fonds du CAF : site de la Bibliothèque universitaire d’Angers ou Calames












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