L'objectif de l'œnotourisme ? "Offrir du plaisir"

L'œnotourisme en Anjou # 2


Rédigé par Propos recueillis par Patrick TOUCHAIS - Angers, le 28/07/2015 - 08:35 / modifié le 06/08/2015 - 08:10


Il fait partie des mots qui ont le vent (ou serait-ce le vin ?) en poupe : on met aujourd'hui l'œnotourisme à toutes les sauces. Mais à quoi correspond réellement, en Val de Loire, terre viticole par excellence, cette nouvelle réalité économique ? Angers Mag a mené l'enquête et vous propose de découvrir, une semaine durant, plusieurs visages de l'œnotourisme ligérien. Second volet, avec une interview de Pierre Cesbron, fils de vigneron, ancien président du syndicat d'initiative et du Musée de la Vigne et de vin de Saint-Lambert du Lattay. Ce prof de lettres est aujourd'hui président de la commission Tourisme de l'Agence de développement Loire-Layon.



Pierre Cesbron porte un regard averti sur l'œnotourisme en Anjou.
Pierre Cesbron porte un regard averti sur l'œnotourisme en Anjou.
la rédaction vous conseille
Question simple pour commencer : comment définissez-vous l’œnotourisme ?
 
"Pour être honnête, je n’ai jamais trouvé de définition qui me convienne. Le vin, ça peut être considéré comme une boisson comme les autres, mais ça peut aussi être reconnu comme une boisson particulière. « Quand je bois du vin, je bois des secrets », disait Dali. Au moment de la dégustation, j’ai beaucoup d’éléments dans mon verre : le travail d’un vigneron, des paysages, une histoire, une ambiance, un terroir… L’œnotourisme, c’est se saisir de tout cela. Alors, dans un monde qui bouge, il faut prendre du temps pour appréhender tous ces éléments associés. Le vigneron peut considérer qu’il perd son temps à expliquer toutes ces composantes du vin, mais quand on prend le temps, le néophyte entre avec vous dans la démarche."
 
Avec toutes ses caves pratiquant la vente directe, l’Anjou a-t-elle été pionnière dans ce domaine ?
 
"Oui, certainement. Eusèbe Biotteau, le célèbre vigneron de Saint-Jean des Mauvrets, l’avait compris avant tout le monde, quand dans les années 1950, il a ouvert un caveau d’accueil des clients et de  vente. Le vigneron a pris le temps de recevoir des clients dans un espace dédié. Mes parents qui étaient vignerons à Rablay-sur-Layon, recevaient les clients dans la maison comme beaucoup de leurs collègues. C’est dans les années 1980 que se sont développés les caveaux, avec une vraie qualité dans l’accueil. C’est un peu la naissance de l’œnotourisme. A condition de ne pas être uniquement dans l’aspect commercial. Certes, on vend du vin, mais avec un discours quasi pédagogique autour."
 
Vous organisez la Translayon qui cette année a accueilli quelque 6 000 personnes autour de randonnées, de visites, de dégustations. Quelles sont les clés de ce succès ?
 
"Tous ces cavaliers et marcheurs, qui viennent dans le Layon pendant trois jours, repartent avec l’envie de revenir. Ils nous le disent. Ils ont pu profiter d’un accueil, d’une ambiance, de découverte de paysages, de vins, de rencontres… En fait, autour de tout cela, on offre du plaisir. Je pense qu’en Anjou, on a une tradition d’accueil et de générosité simples."
"C’est dans les années 1980 que se sont développés les caveaux, avec une vraie qualité dans l’accueil. C’est un peu la naissance de l’œnotourisme. A condition de ne pas être uniquement dans l’aspect commercial. Certes, on vend du vin, mais avec un discours quasi pédagogique autour.  Je pense qu’en Anjou, on a une tradition d’accueil et de générosité simples"

Vous semblez accorder une grande place aux paysages ?
 
"Oui, parce que dans le vignoble, les paysages sont vivants, de par l’évolution du visage de la vigne au fil de saisons. Mais il reste un travail à faire sur ces paysages pour que tout le monde comprenne bien la force patrimoniale qu’ils ont dans le territoire. Je rêve qu’on les débarrasse de tous ces poteaux, ces panneaux qui les abîment. Et pour poursuivre dans la valorisation, je pense qu’il faut qu’on continue à restaurer le petit patrimoine, comme les cabanes de vigne, qui dessinent une vraie identité locale."
 
Le Layon, le Saumurois – comme d’autres régions viticoles en France – ont obtenu le label Vignobles et Découvertes. Que signifie-t-il ?
 
"C’est un label national décerné par l’Etat, qui reconnait un territoire proposant une offre œnotouristique multiple. C’est une démarche globale entre les vignerons, les hébergeurs, les restaurateurs…  Simplement, le label n’est pas encore bien identifié. Il faudra un peu de temps, mais il faudrait également que l’Etat le mette en avant. Ça prouve que l’œnotourisme est un travail collectif, et que l’attractivité du vin profite aux autres acteurs. Ainsi, on reçoit des visiteurs qui prennent une nuit dans un gîte ou une chambre d’hôtes parce qu’ils participent aux portes ouvertes d’une cave. Et les nombreux touristes qui choisissent une région viticole comme destination, ne passent pas leur journée dans les caves, ils visitent aussi  beaucoup d’autres lieux."

Vous avez été président du Musée de la vigne et du vin d’Anjou à Saint-Lambert du Lattay. Comment faire vivre – ou revivre – ce lieu ?
 
"C’est un site emblématique du vignoble, à la fois pédagogique, historique, culturel… Mais il doit évoluer. Il faut désormais un site vivant, avec les moyens d’aujourd’hui. Le public ne lit plus des panneaux ou regardent des objets. Il faut du son, de l’image. C’est une pierre importante de l’édifice œnotouristique de l’Anjou, mais il a besoin de soutien – financier en particulier - pour se renouveler."
"Il faut sortir des vieilles querelles entre Anjou et Saumurois par exemple. Et je ne parle pas des Mauges. On a un seul drapeau à porter, celui de l’Anjou. Sans oublier la valorisation de la Loire. Et du vin bien sûr. N’oublions pas qu’une enquête auprès d’un large public a placé le vin en tête quand on leur évoque le nom de l’Anjou"

Plus largement, quelles sont les forces et faiblesses de l’Anjou touristique ?
 
"Ses atouts sont sa capacité d’accueil, la valeur de son patrimoine, son vignoble, ses paysages… Mais il faut sortir de cette « douceur angevine ». Il faut réveiller le territoire. On ne se met pas assez en avant. Sans doute, est-ce dû à un autre trait de caractère : la modestie. En même temps, je me dis que, dans une époque, où il faut du sensationnel, de la nouveauté permanente, on incarne sans doute quelque chose de plus authentique, de moins superficiel. Enfin, il faut sortir des vieilles querelles entre Anjou et Saumurois par exemple. Et je ne parle pas des Mauges. On a un seul drapeau à porter, celui de l’Anjou. Sans oublier la valorisation de la Loire. Et du vin bien sûr. N’oublions pas qu’une enquête auprès d’un large public a placé le vin en tête quand on leur évoque le nom de l’Anjou."

Enfin, comment interprétez-vous la quasi-absence de lien entre la ville d'Angers et le vignoble ?

"Angers ne valorise pas le vignoble qui lui est proche ou s'en est distancé... La faute à qui ? Il y a quelques petites parcelles de vignes ici ou là : au Château, Au Bon pasteur, dans les jardins du Conseil départemental, mais ce sont des parcelles confettis, comme des pointillés. D'aucuns se souviennent du défilé des appellations dans les rues d'Angers, en 1987, qui a laissé des traces. On a, à l'époque, tiré à boulets rouges sur les excès de cette fête et on a oublié l'immense mobilisation de toute la profession viticole qui s'était mise sur son 31 et avait défilé joyeusement dans les rues de la villes, de la place Leclerc ou Château. Ce qui aurait pu être une belle rencontre a laissé place à l'amertume. Il serait bon que soit repensé le lien ville/vignoble pour que les touristes qui viennent à Angers perçoivent la richesse du vignoble angevin, et également pour que les Angevins deviennent fiers et ambassadeurs des appellations qui leur sont proches. Il faut qu'il y ait une volonté partagée."

Bio express
 
1956 : Naissance à Rablay-sur-Layon
1978: Professeur de Lettres
1983-1996 : Président du Syndicat d’initiative de Saint-Lambert du Lattay
1994-2011 : Président du Musée de la Vigne et du vin d’Anjou
2004 : Président de la Commission tourisme de l’Agence de développement Loire-Layon.
2005 : Grand Maître de la confrérie des Fins Gousiers d'Anjou.












Angers Mag















Angers Mag : #JPEL "Contre le complotisme, on ne peut pas enrayer tout (...) Mais on peut entraîner les cerveaux." 👏👏JB Schmidt… https://t.co/6pn23fJUHD
Vendredi 9 Décembre - 15:01
Angers Mag : L'indépendance, un état d'esprit ? #Angers Mag bien chez soi à la journée de la presse en ligne à Paris. #JPEL https://t.co/EpAgR2dt6N
Vendredi 9 Décembre - 12:17
Angers Mag : #Angers Le dessin du mois de décembre signé Fañch Juteau #prevention #VIH https://t.co/J3CxFCf8FC https://t.co/oAZR7nNURX
Vendredi 9 Décembre - 12:01
Angers Mag : #Angers Le dessin du mois de septembre signé Fañch Juteau #accrochecoeurs https://t.co/J3CxFCf8FC https://t.co/Jkrkty2UMe
Vendredi 9 Décembre - 10:51


cookieassistant.com