La Turquie, l'Europe en arrière-plan


Rédigé par - Angers, le Lundi 23 Janvier 2017 à 07:45


En choisissant d’ouvrir grandes ses portes aux premières œuvres de cinéastes de toute l’Europe – de l’Atlantique à l’Oural -, le festival de cinéma Premiers Plans est devenu, en bientôt 30 ans, une formidable chambre d’écho des évolutions sociales et sociétales du vieux continent. Parcourir son palmarès, c’est croiser les grandes préoccupations de notre temps. Celles, propres à chaque réalisateur, ouvrant sur une histoire, un pays, des racines, une culture. Et celles, universelles, qui touchent aux êtres humains. A leurs rapports amoureux, à leur relation à l’autre, à leur délicate recherche de place et de sens dans des sociétés en mutation perpétuelle. Un cinéma qui parle d’autant mieux aux spectateurs d’Angers, qu’il est traité bien souvent sans artifice et sans fard. Avec la sincérité, voire la radicalité, qui caractérisent la jeunesse.



"Sivas", de Kaam Mujdeci,  a été récompensé à Premiers Plans en 2015. Crédit photo : Türksoy Gölebeyi.
"Sivas", de Kaam Mujdeci, a été récompensé à Premiers Plans en 2015. Crédit photo : Türksoy Gölebeyi.
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Depuis l'origine, le festival Premiers Plans a laissé une large place au cinéma turc. Un acte politique en soi, révélant des talents majeurs.
 
Evoquer le cinéma turc à Premiers Plans, c'est entrer a minima un instant dans le champ de la politique, autant que dans celui de la culture. En sélectionnant et en programmant, essentiellement depuis le milieu des années 90, des films réalisés par des cinéastes turcs ou d'origine turque -Fatih Akin, révélé à Premiers Plans avec Engrenages, est de ceux-là- le festival angevin a apporté sa pierre à un débat qui agite l'Europe depuis plusieurs décennies, cristallisant les opinions publiques nationales ces dernières années : celui de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
 
Révéler à l'Europe et récompenser des artistes comme Nuri Bilge Ceylan (Kasaba en 1998 puis Nuages de Mai en 2000) ou Zeki Demirkubuz (Innocence, en 1997) n'est pas anodin. Pas plus que ne l'est la programmation d'une rétrospective "Vers la Turquie", en 2006, au plus fort des tensions internes à l'Europe concernant l'adhésion turque.
Trois ans plus tard, en 2009, Premiers Plans persiste et signe : c'est "Le jeune cinéma turc" qui est mis à l'honneur, estimant que c'est en partie sur cette frontière continentale que se jouait le renouveau du cinéma européen. Ce que confirme le directeur du festival du film d'Istanbul, Kerem Ayan : "En Turquie, il y a un avant et un après Nuri Bilge Ceylan, en terme de dynamique", explique-t-il, évoquant la traversée du désert du cinéma turc dans les années 80, après avoir été l'une des places fortes du cinéma mondial dans les années 50 et 60. "Certains se sont inscrits dans la veine de Bilge Ceylan au début des années 2000, mais aujourd'hui, la nouvelle génération a complètement changé de style. Ils sont plus libres et mettent beaucoup d'énergie dans les films. Ce que l'on reproche un peu aux festivals européens en ce moment, c'est de ne sélectionner que des films qui montrent l'Anatolie et ses villages perdus, très orientaux... Reste que les films réalisés depuis une vingtaine d'années en Turquie sont un bon miroir de ce qu'est la société turque aujourd'hui", conclut Kerem Ayan.
"Les films réalisés depuis une vingtaine d'années en Turquie sont un bon miroir de ce qu'est la société turque aujourd'hui" - Kerem Ayan

"Uzak" de Nuri Bilge Ceylan. Crédit photo : Pyramide Distribution
"Uzak" de Nuri Bilge Ceylan. Crédit photo : Pyramide Distribution
Kaam Mujdeci, le réalisateur de Sivas, primé à Premiers Plans en 2015 nuance quelque peu le propos : "Le monde réel est bien évidemment une source d'inspiration pour les personnages ou les histoires ; en ce sens, le cinéma peut « tenir » un miroir à la société, mais d'une manière personnelle, voire déformée car, façonnée par l'expérience visuelle des deux côtés: celui du cinéaste et celui du spectateur."
 
C'est précisément cette expérience visuelle que Premiers Plans s'attache à développer chez les festivaliers, à l'endroit du cinéma -et de la société- turcs. Innocence (Grand prix du jury en 1997) interroge le bouleversement des valeurs en Turquie, comme deux ans auparavant B. L'amour plus froid que la mort (Prix Jean-Carmet, 1995) : Canan Gerede y montre Istanbul écartelée entre l'Orient et l'Occident, et la société turque entre tradition et modernité.
Plus récemment, dans Çogunluk (Grand prix du jury en 2011), Seren Yüce dépeint l'ennui d'une génération, au gré d'un "long" très critique envers la Turquie contemporaine.
Le cinéma de Bilge Ceylan (Kasaba ou Nuages de Mai), Cold of Calandar (Mustafa Kara, 2016) ou Sivas présentent, sous des formes esthétiques toute autre, un autre versant de la réalité turque, plus reculée.
 
Complexe, diverse, tourmentée, changeante, la Turquie, comme l'Europe, est à un tournant de son histoire. Ses cinéastes, pas plus que l'écho que leur offre Premiers Plans, n'entendent donner de réponses définitives aux questions posées. Mais entretenir une curiosité réelle vis-à-vis de leur pays.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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