La droite et le centre : portrait d'une famille angevine

Quelle voie pour la droite et le centre ? #1


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 22/02/2016 - 08:13 / modifié le 29/02/2016 - 08:48


Au sortir d’un long tunnel électoral débuté avec les élections municipales de mars 2014 et clos par le scrutin régional de décembre 2015, et avant une échéance présidentielle qui pourrait largement rebattre les cartes en 2016, nous tentons de dresser un panorama de ce qu’est la droite angevine aujourd’hui, des visages qui l’incarneront demain. Mais également de son rapport au centre, là même où se font et se défont traditionnellement les élections. Un état des lieux d’autant plus opportun que, si la droite et le centre sont sortis vainqueurs des derniers scrutins locaux, il ne s’agit en aucun cas d’un triomphe : le score historiquement élevé du FN en Anjou et la défiance généralisée des électeurs à l’endroit des politiques, interrogent autant le rôle et la légitimité des partis que le socle de valeurs qui les cimente. Premier volet aujourd'hui, où l'on pose les termes du débat...



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« Comment changer les habitudes pour l’intérêt général, tout en préservant les traditions ? » Voilà comment le député-maire de Beaufort-en-Vallée, Jean-Charles Taugourdeau, élu à la présidence de la Fédération 49 des Républicains, exprime ainsi le cas d’école auquel est aujourd’hui confronté la droite en Anjou.

Une droite qui, mine de rien, a connu une petite révolution en ce début d’année, en tout cas dans les rangs des Républicains. Pour la première fois dans l’histoire politique de leur famille (RPR, puis UMP à la mode Chirac puis Sarkozy), ce sont les adhérents qui ont désigné fin janvier le président de chacune des fédérations du parti. Comme une sorte de répétition générale avant ce que chacun considère comme le moment phare de cette année 2016 pour la droite : la primaire qui désignera son candidat à l’élection présidentielle du printemps 2017.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce premier vote interne a réservé une surprise de taille, à l’échelle du Maine-et-Loire : patron quasi-incontesté de sa famille politique depuis 10 ans, le député-maire d’Avrillé, Marc Laffineur, s’est vu débordé par son challenger, lui aussi bien connu dans le landernau, le député-maire de Beaufort-en-Vallée, Jean-Charles Taugourdeau. Une victoire large (près de 56 % des suffrages), malgré le soutien affiché de la plupart des ténors angevins du parti –dont Christophe Béchu- au président sortant.
 
Plus que l'âge des capitaines en lice -70 ans pour Marc Laffineur, 62 ans pour Jean-Charles Taugourdeau : pour le renouvellement, il faudra repasser- que faut-il y voir ? Une déconnexion entre la base – quelque 1800 adhérents dans le Maine-et-Loire - et les leaders des Républicains ? Un signe avant-coureur positif pour Nicolas Sarkozy –dont le soutien officieux de Jean-Charles Taugourdeau ne fait guère de doute- face à Alain Juppé (soutenu par Marc Laffineur) ? Ou tout simplement une volonté profonde de renouveau ?
« Le défaut de la droite, c’est d’être un peu figé sur ses positions. Or un parti est un endroit où l’on doit pouvoir discuter, débattre et échanger sans tabou », explique le nouveau président de Républicains 49, qui avance quelques idées pour l’avenir : « Si on veut donner aux gens l’envie de venir, ça implique de consulter les adhérents sur un certain nombre de sujets de société ou sur des investitures à des élections locales. » Une sorte de démocratie directe à l’angevine ? « Un modèle que l’on pourrait transposer aux échelons supérieurs », précise le député du Nord Saumurois.

Le député maire de Beaufort-en-Vallée, Jean-Charles Taugourdeau, a été élu à la présidence des Républicains 49 à la fin du mois de janvier.
Le député maire de Beaufort-en-Vallée, Jean-Charles Taugourdeau, a été élu à la présidence des Républicains 49 à la fin du mois de janvier.
Ça, c’est pour le moyen terme. A court terme, il s’agira pour Jean-Charles Taugourdeau –qui s’imposera un devoir de réserve dans la course à la primaire- de garder la famille républicaine soudée. Pas un mince exercice : « Ce ne sont pas les candidats eux-mêmes qui m’inquiètent mais leur entourage. Ça risque d’être sanglant, alors que c’est une occasion unique d’enrichir notre offre au niveau national. »
« Comment changer les habitudes pour l’intérêt général, tout en préservant les traditions ? » - Jean-Charles Taugourdeau
 
Résolument anti-Maastricht, ardent défenseur des entrepreneurs, Jean-Charles Taugourdeau résume là l’enjeu et la difficulté des mois qui s’ouvrent, pour les partis politiques en général, et la droite en particulier : les résultats des derniers scrutins ont montré, à travers les forts taux d’abstention (plus de 50% pour ce vote interne aux Républicains au passage…) et les scores du Front national, un ras-le-bol et/ou un désintérêt à l’endroit du politique.

Un problème de fond, là où le calendrier électoral oblige les partis à se soucier des appareils. « Les gens ont besoin d’hommes et de femmes qui portent des convictions », assure le conseiller régional UDI Laurent Gérault. « La crise voudrait que l’on parle du fond et que l’on prenne de la hauteur, mais la droite et le centre restent trop embourbés dans des querelles intestines. Ce qu’il faut, c’est adopter une logique de projets ». Et donc de rassemblement. Hors des partis ? « Non, mais il faut mettre entre parenthèses les idées politiques partisanes », insiste le président UDI du Conseil départemental, Christian Gillet. Lui entend se positionner aujourd’hui comme un vieux sage, pointant la « sclérose des partis politiques à l’échelon local, y compris du mien. Il faut aujourd’hui recréer quelque chose, ou la société civile le fera pour nous ». Et à quoi doit-on cette soudaine prise de conscience ? « Depuis que j’ai accédé à la présidence du Département, je me suis rendu compte de la déconnexion complète entre ce que j’entends dans les partis et la société civile. »

Christian Gillet, le président UDI du Conseil départemental.
Christian Gillet, le président UDI du Conseil départemental.
 
« Depuis que j’ai accédé à la présidence du Département, je me suis rendu compte de la déconnexion complète entre ce que j’entends dans les partis et la société civile » - Christian Gillet

Dans les faits pourtant, c’est bien la logique de rassemblement qui a porté la droite et le centre au pouvoir, à la région des Pays de la Loire, au Conseil départemental ou à la Ville d’Angers. Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes ? C’est oublier les fortes tensions qui ont accompagné les différents temps pré-électoraux, mettant aux prises… ceux-là mêmes qui appellent à un renouvellement des pratiques.

Les logiques d’appareil et d’égos ont ainsi conduit l’UDI à se priver de la tête de liste départementale, lors des élections régionales, ou à voir deux listes distinctes, l'une conduite par Laurent Gérault, l'autre  conduite par Christophe Béchu, aux élections municipales à Angers. Voilà pour la forme. Mais sur le fond non plus, réunir la droite le centre ne s’impose pas de lui-même. "Il ne s'agit pas de s'allier ou de partir avec la droite à n'importe quel prix", prévient ainsi l'élu angevin Bernard Dupré (MoDem)... qui masque à peine qu'il faut lutter pas à pas, au sein même du conseil municipal, sur les penchants droitiers de la majorité. "L'important est que le débat existe", commente-t-il. Lui et beaucoup d'autres, au centre (UDI et MoDem), appellent dans le discours à une union des centres, quitte à "saborder les partis tels qu'ils existent" pour faire peser plus avant "l'humanisme social" qu'il revendique sur l'échiquier politique.

« Comment fera-t-on les réformes nécessaires au pays sans ce rassemblement ? » insiste le député UDI Michel Piron, prêt à s’allier y compris avec « l’aile modérée du PS » et qui situe là, sa motivation principale pour se représenter à la présidence départementale du parti centriste. « La présidentielle de 2017 sera la dernière chance de la droite de réformer le pays", juge en écho Andrei Soldatenkov, 37 ans, ex-responsable des jeunes actifs de l'UMP de Maine-et-Loire. "Tout le monde a échoué depuis 20 ans. Il faut donc aujourd’hui du courage politique pour ne pas appliquer des ajustements par petites touches mais changer les choses en profondeur. »
"Comment fera-t-on les réformes nécessaires au pays sans un rassemblement, y compris avec l’aile modérée du PS ?" - Michel Piron

Michel Piron, député UDI.
Michel Piron, député UDI.
Reste que c'est bien à droite qu'un choix doit s'opérer, entre la frange droitière des Républicains, et une faction plus modérée. De ce point de vue, l'élection interne à la Fédération des Républicains de Maine-et-Loire a fait apparaître une tendance : plusieurs représentants du courant d'idées Sens Commun, né au lendemain des mobilisations de la Manif pour Tous, ont ainsi été élus à la tête de circonscription ou comme représentant du Maine-et-Loire au Conseil national du parti (c'est le cas d'Ombeline Vella, l’une des responsables de La Manif pour Tous dans le Maine-et-Loire).

Un tiraillement qui devrait être tranché lors des prochaines primaires mais augure sinon d'une explosion, au moins d'une recomposition forte de la droite, au lendemain de l'élection présidentielle. Une fois n'est pas coutume, la droite et le centre auront alors presque trois ans d'ici aux prochaines élections locales (municipales prévues en 2020) pour fédérer autour d'un (nouveau) projet.

Demain, focus sur l'UDI et les débats internes qui l'agitent, à quelques semaines des élections internes à la formation centriste.



















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