La mousse de la colère pour des "agriculteurs lessivés"


Rédigé par - Angers, le 19/04/2017 - 07:15 / modifié le 20/04/2017 - 09:33


A l'appel de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, près de 160 manifestants ont empli la cour de la préfecture de Maine-et-Loire de mousse mardi soir. Pour se rappeler au bon souvenir des candidats à l'élection présidentielle qui en usent et abusent bien trop selon eux.



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Entre le lisier et la mousse, nul doute que les préposés au nettoyage de la préfecture de Maine-et-Loire auront su apprécier la différence. A cinq jours du premier tour de l'élection présidentielle, les deux principaux syndicats agricoles du département - la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs- ont innové pour se faire entendre mardi soir. Exit les pneus, le lisier et les déchets d'exploitations habituellement délestés lors de certaines manifestations, place à... la mousse !

"L'idée est très simple. On a le sentiment d'être encore les grands oubliés de cette campagne électorale et pendant que certains candidats se font mousser, nous, on est lessivé" image Emmanuel Lachaize, le secrétaire général de la FDSEA de Maine-et-Loire, pas mécontent de recourir à un procédé moins propice aux débordements. Pour mémoire, le dernier grand rassemblement organisé à Angers par les deux organisations agricoles s'était soldé en janvier 2016 par trois interpellations et des dégradations urbaines devant une autre entrée de la préfecture.

Chat échaudé craint l'eau froide donc mais pas la mousse, déversée généreusement mardi soir via un fourche télescopique, dans la cour de la préfecture et sous les flashs des smartphones des manifestants, venus en famille pour certains. Amusant sur la forme donc. Mais désespérant sur le fond, à entendre les intéressés. "Quand je regarde les cinq années du mandat écoulé, qu'est-ce que je retiens pour l'agriculture ? A part un effort en faveur de l'agro-écologie, rien !, peste Emmanuel Lachaize, On n'a pas résolu le problème numéro 1 qui est celui de l'équilibre entre les trois maillons de la filière agricole : les producteurs, les transformateurs et les distributeurs."
​"Nos candidats, il faut vraiment leur tirer l'oreille pour qu'ils parlent d'agriculture" Jérôme, producteur de lait à la Meignanne

Et Jean-Marc Lézé, le président de la FDSEA, de rappeler au micro, devant les quelques 160 manifestants présents, quelques chiffres qui font mal à la profession : les 20 dossiers nouveaux traités chaque mois par l'association d'aide aux agriculteurs en difficulté, les 300 à 350 départs en retraite par an très mal compensés. Sans parler des revenus... "Sur mon exploitation, il me manque encore 40€ des 1000 litres de lait pour équilibrer les comptes. A 310€ la tonne, on est payé quasiment au prix où on nous réglait lors de la mise en place des quotas laitiers il y a 35 ans" témoigne Jérôme, producteur laitier de la Meignanne.

Dans la voix, pas tant de la colère que du dépit. "Nos candidats, il faut vraiment leur tirer l'oreille pour qu'ils parlent d'agriculture, alors que le poids de celle-ci dans l'économie est encore considérable. Mais est-ce qu'eux-mêmes peuvent réellement nous proposer quelque-chose ?" Question.

Pour Emmanuel Lachaize, en dehors du porc qui fait face à une légère embellie "qui permet simplement de couvrir les coûts de production", tous les autres secteurs agricoles restent confrontés depuis des mois à des problème de prix et de marges : "La loi Sapin 2 a inscrit l'obligation pour les industriels de mentionner le coût de la matière première sur le prix de leurs produits, mais aucun ne le respecte. Il y a un vrai problème d'autorité politique en matière d'agriculture. Si on continue, c'est simple, on sera de moins en moins nombreux sur des manifs comme celle-là."





Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








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