"La population de Gaza a payé un prix beaucoup trop lourd"


Rédigé par - Angers, le 09/08/2014 - 12:13 / modifié le 02/09/2014 - 11:49


Un nouveau rassemblement de soutien au peuple palestinien a eu lieu samedi 9 août après-midi à Angers. Au lendemain d'une nouvelle rupture du cessez-le-feu et d'une nuit d'intenses combats le président de l'association France Palestine Solidarité 49, Jean-Paul Roche nous livre son point de vue.



"La population de Gaza a payé un prix beaucoup trop lourd"
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De nouveau, un cessez-le-feu qui ne tient pas à Gaza. Comment interprétez-vous cet événement ?

"Je pointe la responsabilité internationale. Les commentateurs vont de nouveau dire "c'est le Hamas qui a franchi la ligne rouge, il lance les roquettes et Israël est obligé de se défendre". Sauf qu'en réalité, quand on creuse un peu, qu'est-ce qui était en jeu au Caire dans les négociations ? C'était les conditions réelles, pas d'une trêve de quelques jours, mais d'une situation stabilisée. Mais Israël, par tous les moyens, à joué à maintenir le statu-quo. Et le statu-quo, c'est quoi ? C'est le blocus et le siège militaire, soit une situation devenue intenable. La population de Gaza a payé un prix beaucoup trop lourd, elle ne peut pas accepter que se maintienne cet étranglement."

Certains, ici aussi à Angers, vous reprochent d'atténuer la responsabilité du Hamas dans le conflit ?

"D'abord, ce n'est pas le Hamas, contrairement à ce qu'on dit, qui a estime que les négociations menaient à rien, c'est la délégation palestinienne unifiée, qui comprend aussi le Djihad islamique et les grands partis, le Fatah, et les autres. Certes, le Hamas est en position de force militaire à Gaza, mais pas forcément auprès de la population. Et puis, revenons aux faits. Tout a commencé avec l'enlèvement de trois jeunes étudiants israéliens en territoire occupé, et leur assassinat, découvert quelques jours après. Aussitôt Israël a pointé la responsabilité du Hamas. Mais celui-ci a démenti cette opération qui était complètement contre-productive par rapport au processus dans lequel le mouvement était engagé aux côtés des autres forces politiques palestiniennes pour organiser des élections dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale etc..."

Un acte isolé, cet assassinat selon vous ?

"Il a été revendiqué par un groupe djihadiste. Le Hamas n'y avait pas intérêt. C'est un jeu politique de Netanyahu pour tuer dans l'oeuf cette tentative bien difficile de mettre sur pied un gouvernement d'entente nationale. Cette tentative venait d'être saluée par les pays de l'Union européenne et même les Etats-Unis car il répondait à un vide politique et à l'échec des négociations, dont la responsabilité venait d'être portée, pour la première fois, à Israël par John Kerry, le secrétaire d'Etat américain. Celui-ci a arrêté près de 600 personnes dont une trentaine de députés lors d'une vraie chasse à l'homme, puis à bombardé Gaza. C'est seulement à ce moment là que les premières roquettes ont été tirées sur Israël. Et puis, de manière plus générale, quand on vous attaque, vous avez le droit de riposter !"

Mais c'est exactement le même discours tenu en face par Israël. On ne s'en sort pas...

"Très bien, mais il faut regarder les résultats. Il n'y a pas eu que des victimes à Gaza, vous avez vu les destructions ? C'est d'une ampleur incroyable. Quand vous avez près de 2000 morts d'un côté, en majorité des civils, on en peut pas dire qu'il y a eu beaucoup de précautions prises dans la chasse aux tunnels... Donc, non, la responsabilité, ce n'est pas que le Hamas. C'est un biais que de vouloir le faire croire."

Et sur le fond politique ?

"C'est autre chose. Nous, même si nous n'avons pas à dicter les choses aux Palestiniens, nous cherchons à mettre en avant la résistance populaire de masse. Mais elle est extrèmement difficile à mettre en place, et très brutalement réprimée. Il est beaucoup plus facile de lancer une roquette que de maintenir une manifestation à Jérusalemen en sachant qu'on va se faire tirer dessus."

"Le peuple palestinien n'a pas de haine"

Pourquoi continuer à manifester en France ?

"Si on manifeste, c'est par rapport à la position française. Pour obtenir de notre gouvernement, du Président de la République, une position politique acceptable. Or, on a été absolument scandalisé par celles prises au début de l'attaque contre Gaza qui reprenaient quasi intégralement le discours d'Israël. Ces positions ont évolué. Laurent Fabius a parlé de "carnage" et qu'il allait falloir "imposer une solution". Bien évidemment qu'il faut l'imposer car si on laisse deux forces face à face comme aujourd'hui, c'est toujours celui qui a la force qui imposera sa raison."

Et sur l'importation du conflit en France, quel est votre regard ?

"C'est un fait. Il s'impose à nous parce que la France est le pays d'Europe où il y a la plus forte communauté israélite, au sens culturel, et parallèlement peut-être 6 millions de personnes d'origine arabe qui se sentent concernées par cette énorme injustice. Effectivement, c'est dangereux, car pour des personnes qui n'ont pas forcément une grande culture politique, on en vient vite à glisser sur un terrain qui serait de l'antisémitisme, qui met en cause le "pouvoir des juifs". Mais qui est responsable de cela ? S'il y a une résurgence de ce sentiments, il me semble que ce n'est pas ceux qui font des manifestations pour que les Palestiniens recouvrent leurs droits, mais c'est la politique même de l'Etat qui prétend représenter les juifs du monde. Et qui, d'une certaine manière, prend en otage ces populations réparties à travers le monde."

Qu'est-ce qui vous rend optimiste quant à la possibilité de trouver enfin une solution équitable ?

"Parce que, franchement, en se rendant sur place, on se rend compte que le peuple palestinien n'a pas de haine. Alors même qu'il pourrait avoir toutes les raisons de l'être en versant dans une attitude nihiliste."

Ce risque là n'existe pas ?

"Il est très faible, je pense, parce que malgré tout les forces politiques nationales palestiniennes recouvrent l'ensemble de la société. Bien sûr, il peut y avoir des petits groupes qui échappent à ça et deviennent fous. L'autre raison de rester optimiste, c'est que nous - au niveau international - avons notre responsabilité et un rôle à jouer.




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