La traversée du désert du Néguev par la route 90


Rédigé par - Le 26/10/2012 - 12:42 / modifié le 26/12/2012 - 11:30


Pas aussi connue que la mythique route 66 qui relie Chicago à Los Angelès, la route 90 demeure beaucoup plus importante que la célèbre voie américaine… Et de loin ! En Israël, elle rapproche les villes en perçant de haut en bas tout le pays à travers le désert du Néguev et ses paysages à couper le souffle.



Même sur une terre lunaire et aride, entre monts et oasis, entre plaines et oueds, la végétation peut sortir de terre, comme par enchantement.
Même sur une terre lunaire et aride, entre monts et oasis, entre plaines et oueds, la végétation peut sortir de terre, comme par enchantement.
Correspondance d’Israël. - Ce n’est pas une destination que proposent d’emblée les agences touristiques chargées des voyages à destination d’Israël. Ce n’est pas non plus celle qui vient à l’esprit en premier lieu. Il y a tant à voir dans cette région du Proche-Orient… En revanche, c’est celle que vous suggèrent les voyageurs avisés ou les gens du pays : la traversée du désert du Néguev en bus sans quitter le ruban d’asphalte de la route 90.

Le trajet coupe tout l’état israélien dans le sens de la longueur en franchissant la Cisjordanie, en longeant la Mer Morte, en parcourant les montagnes d’Eilat, en offrant une vue sur la Jordanie d’un côté, sur l’Egypte de l’autre, en suivant la route des épices, en empruntant un désert qui couvre la moitié du pays. Sans être réservé aux seuls routards, le périple à partir de Jérusalem, au centre du pays, jusqu’à Eilat, tout à l’extrême sud, nécessite pas loin de cinq heures de transport, en comptant les arrêts aux différentes stations. Évidemment, il n’est pas interdit de louer un véhicule ou de prendre un taxi. Sinon, et faute de liaison ferroviaire, il ne reste que l’avion pour les gens pressés. Mais pour le cas présent, l’aller et le retour se sont effectués en bus alternativement de jour et de nuit.

Même si elle est indiquée sur le plan de la ville, la gare routière d’Eilat ne se déniche pas si facilement que cela. On la découvre derrière une anarchique confusion de boutiques et d’enseignes publicitaires. À la mode toute proche-orientale en somme ! Passée l’entrée d’un hall où s’est posté un gardien armé à l’air débonnaire, on s’engouffre dans une salle d’attente à l’austérité digne des années soixante. Quel contraste avec le modernisme extravagant du littoral ! Voyager à bord des célèbres bus de la Compagnie Egged se mérite, sans doute parce qu’elle demeure la seule dans le pays à effectuer les liaisons intervilles.


Symphonie de couleurs et festival de surprises

Même sur une terre lunaire et aride, entre monts et oasis, entre plaines et oueds, la végétation peut sortir de terre, tout comme un kibboutz ou une colonie.
Même sur une terre lunaire et aride, entre monts et oasis, entre plaines et oueds, la végétation peut sortir de terre, tout comme un kibboutz ou une colonie.
À peine quittée, lors d’un départ à sept heures tapantes, la ville disparaît brutalement du rétroviseur en même temps que les dernières habitations isolées. La circulation se fait plus rare et le désert s’installe rapidement. Collines rose et ocre, ciel d’azur, sommets déchiquetés, sols arides, plantes grasses, arbustes faméliques, le panorama ressemble à un décor de film de western. La « deux fois deux voies » a cédé sa place à une « deux fois une voie. » Il y a de moins en moins de voitures et le chauffeur en profite pour faire hurler la mécanique... Un voyage dans chaque sens, deux chauffeurs différents, mais une seule façon de conduire, rapide, nerveuse, assurée.

Ascensions escarpées, descentes vertigineuses, virages à la corde, lignes droites interminables, le parcours épouse un paysage fascinant, tantôt plat, tantôt vallonné, parfois sinueux, parfois rectiligne. Le cadre reste minéral : plus de végétation, de signe de vie. Le vide… Le silence… L’horizon… Seul le bitume sous les roues rappelle que le chemin mène quelque part. Ouf ! On n’est pas perdu. Toutefois, un détail retient l’attention : une ligne électrique épouse le bas-côté de la route sur toute sa longueur. À l’évidence, l’homme n’est pas si loin et veille sur ses congénères.

Et puis, par hasard apparaîssent au loin des signes de vie, un kibboutz, une colonie, des dattiers. Et même un abribus métallique avec un voyageur solitaire sorti de nulle part. Alors, le chauffeur réalise un freinage d’urgence comme s’il était surpris qu’on veuille monter à son bord. Et les découvertes s’enchaînent : élevage de vaches en plein cagnard, îlot de verdure au milieu d’une terre lunaire, palmeraie dans la caillasse, exploitation de fruits et de légumes à proximité d’une serre gigantesque, esquisses de ronds-points en construction pour destinations invisibles. Insensé ! Le festival des surprises bat son plein.

Au plus près de la frontière jordanienne

Les hommes de Tsahal sont omniprésents dans le désert, pas toujours visibles d’ailleurs, sauf comme ici près de la frontière jordanienne.
Les hommes de Tsahal sont omniprésents dans le désert, pas toujours visibles d’ailleurs, sauf comme ici près de la frontière jordanienne.
Et que dire de ces sites que vantent les brochures mais qu’aucun voyageur ne visitera ce jour - horaires obligent - et qui se trouvent néanmoins à portée de la route 90 : Massada et sa forteresse construite par Hérode, le cratère Ramon, spectaculaire cavité volcanique profonde de 500 mètres, Ein Guedi, magnifique oasis où dévalent des cascades d’eau à travers les canyons… Pour ça, il faudra revenir ! Dans une autre vie, vraisemblablement…

On ne parle même plus de l’éclatante luminosité, des couleurs pourpres, ocres, or, roses, blanches, des monts qui défilent en travelling. De ce bleu établi dans le ciel. De ce ruban de bitume qui perce les collines ou les contourne. Se laissant bercer par le roulis, on se surprend à somnoler et on sursaute en découvrant qu’on longe une falaise abrupte d’un côté, une grande étendue d’eau turquoise et opaline de l’autre, avec sur la rive opposée la Jordanie en toile de fond. Ça ne peut être qu’un mirage, une hallucination. Normal, on est dans le désert ! En pourtant, le spectacle est réel.

Du coup, le bus amorce une descente en lacets vers le point le plus bas du globe, à moins 417 mètres, afin de longer un grand lac salé qu’on appelle la Mer Morte. Dans cette eau, le fort degré de salinité empêche toute forme de vie (aucun poisson, aucune algue). Impossible de nager, impossible de couler aussi : le baigneur flotte littéralement. Un hôtel se trouve là pour accueillir des curistes qui souhaitent profiter des vertus curatives qu’offrent les bains de soufre. Pour autant et à l’étonnement général, le bétonnage a bizarrement épargné les bords de cette mer condamnée à un inexorable assèchement. Et c’est tant mieux car ce lieu est une merveille de la nature avec le ciel, la mer, le désert réunis dans la même image. Tableau de contrastes et d’harmonie.

Pour le bain des passagers, ce sera pour une autre fois. Le voyage continue…





Michel Barini
Rédacteur généraliste pour le secteur des Ponts de Cé et Murs Erigné. Collabore à la rédaction du... En savoir plus sur cet auteur

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