Le Festival a fait sa révolution


Rédigé par Yannick Sourisseau - Angers, le 10/07/2010 - 10:12 / modifié le 11/07/2010 - 11:53


Avec le « Cabaret des Engagés », présenté hier soir dans le cadre du concours des Compagnies, les spectateurs du château de la Perrière à Avrillé (Angers) en ont pris pour leur grade, surtout les aristocrates. Ce spectacle sur l’engagement, haut en couleurs et en colère était un vrai bonheur pour le révolutionnaire qui sommeille en chacun de nous.



La compagnie Hyperbole à Trois Poils sur la scène de la Pérrière
La compagnie Hyperbole à Trois Poils sur la scène de la Pérrière
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Ah, ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne … les aristocrates on les pendra ! ». C’est par ce refrain célèbre de 1790 et qui symbolise la révolution française, avec ses joies et ses peines, que les quatre comédiens du « Cabaret des Engagés » font irruption sur scène. Affublés de masques et de costumes censés représenter les différentes catégories sociales, le quatuor de comédiens, musiciens, chanteurs et mimes de la Compagnie l’Hyperbole à Trois Poils, ont pendant 1h30 revisité la chanson française au travers d’airs révolutionnaires connus de tous. Ils se sont inspirés des textes et chansons d’Apollinaire, les Sex Pistols, Léo Ferré, Léopold Sédar Senghor, Les Têtes Raides, Boris Vian, Jean-Baptiste Clément, Gaston Couté, Niobé, Les Quilapayun, Sergio Ortega, Aristide Bruant, Firmin Viry..… excusez du peu, adaptant la révolution à notre époque tout en démontrant l’engagement de tous ces poètes.

Pour cela, le metteur en scène Nicolas Ducron utilise une forme de théâtre masqué et musical, à la limite du cirque ou de la Commedia Dell’Arte, dans lequel les quatre artistes chantent, dansent, déclament - la Déclaration universelle des Droits de l’Homme - en s’aidant d’une kyrielle d’instruments, le tout avec une gestuelle appropriée à chacun et surtout une vitalité ressentie jusque dans les gradins du château de la Perrière. On ne s’ennuie pas un seul instant et il ne faudrait pas pousser très fort pour que le public monte sur scène afin de danser, poing levé, avec ces quatre révolutionnaires d’un soir.

Ce qui retient l’attention dans ce spectacle vitaminé, reflet de notre société, c’est l’exactitude du geste. On se lance les instruments, on s’invective, on mime, avec un réglage millimétré, comme des trapézistes. Rien n’est laissé au hasard et le spectacle tient plus du ballet, de l’art vivant, que du théâtre. L’engagement des artistes est permanent, dans le travail du corps comme le vieillard tremblotant, dans l’interprétation et dans le cœur que chacun donne à l’ouvrage. Les spectateurs se surprennent même à applaudir au rythme de la musique.

Conflits de pouvoirs entre artistes, renforcés par la pantomime, lutte des classes, incitation à la révolte : « Il faut leur casser la gueule », dit un auguste ébouriffé, injustices sociales, bagarres entre gens de la rue, capitaliste roublard achetant le silence des autres, impérialisme américain, les artistes renvoient tout ce qui mine notre société et mérite que l’on s’engage, pour ne pas laisser faire.

Plus qu’un simple divertissement, le « cabaret des engagés » en devient presque pédagogique, rappelant à chacun d’entre nous que « la liberté s'arrête là où commence celle des autres » et qu’un révolutionnaire sommeille en chacun de nous. En utilisant des textes forts, ils nous rappellent à la vigilance de tous les jours et que, même si on en rit pendant plus d’une heure, la situation n’est pas toujours très drôle.

Fort heureusement il se dégage de ce spectacle une véritable envie de vivre et de croire en l’avenir. Et quand l’époque est plutôt à la morosité ambiante, ça redonne un peu de moral et d’envie de se battre, de s’engager justement, pour des jours meilleurs.




Yannick Sourisseau
Yannick Sourisseau
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