Lénine en elle...


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 01/08/2014 - 07:36 / modifié le 22/12/2014 - 10:48


Huit ans après avoir créé le Lenin Café à Chalonnes, Martine Thouet a su déjouer les critiques pour imposer son improbable bistrot dans le paysage. Sans renier ses convictions.



Chez Martine Thouet, la répartie et l'humour sont autant une hygiène de vie qu'une arme sociale.
Chez Martine Thouet, la répartie et l'humour sont autant une hygiène de vie qu'une arme sociale.
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« Well, you can cry me a river. Cry me a river. I cried a river for you. » Sous le regard de Vladimir Illitch Oulianov aussi, les plus grands du jazz américain peuvent donner le frisson.

Ce samedi soir-là, ils sont une petite vingtaine, réunis autour de l'excellent duo Bobby and Sue, à vivre l'expérience au Lenin Café. Quelques minutes plus tôt, contraints par la pluie, les deux artistes finistériens ont renoncé à jouer en terrasse pour replier guitares et piano à l'intérieur de la salle à manger remplie de tableaux, bustes, et ouvrages à l'effigie du père du communisme. Au plus près du public.

Martine Thouet sourit. Comme très souvent : « Il y a des moments de grâce au Lenin. C'est ça qu'ils ne peuvent pas comprendre. » Par « ils », la patronne des lieux désigne bien évidemment ses détracteurs. Ceux, nombreux encore, qui n'ont pas accepté de voir s'ouvrir dans une ancienne ferme chanvrière de la Basse Ile - la grande île qui fait face au bourg de Chalonnes -, un bistrot-musée dédié au fondateur de la Russie soviétique. Pensez-donc, un « bolchévik » ! « Lorsqu'ils me demandent pourquoi je suis venue faire ça ici, je leurs réponds souvent que Jésus Christ, jusqu'à preuve du contraire, était palestinien. Et qu'il y a quand même deux églises à Chalonnes ! »

Le souvenir chéri de sa grand-mère Joséphine

Chez Martine Thouet, la répartie et l'humour sont autant une hygiène de vie qu'une arme sociale. Et la volonté, une évidente force de caractère. « Elle a une volonté exceptionnelle fondée sur un humanisme profond », confirme Jean-Paul Plassard, l'ancien secrétaire du PC de Maine-et-Loire, un ami, qui y voit l'empreinte évidente de son père, Raymond Pourias, longtemps leader syndical CGT de l'hôpital psychiatrique de Sainte-Gemmes-sur-Loire, aujourd'hui décédé. « Une belle tête de con, comme moi ! », assène Martine Thouet d'un ton franc du collier où percent la malice et la tendresse.

De sa famille, c'est plus volontiers le souvenir de sa grand-mère paternelle, Joséphine, qu'invoque Martine Thouet pour éclairer son parcours. Une grand-mère « adorée » dont les parents – honte sociale suprême au début du XXe siècle - ont divorcé alors qu'elle n'avait que trois ans. « Pour cela, elle n'a pas eu le droit d'aller à l'école privée du village, et a dû faire 6 km à pied par jour pour se rendre à l'école publique voisine. Plus tard, elle a travaillé comme lavandière pour des bourgeois. Le communisme, elle ne savait même pas ce que c'était, mais sa porte était ouverte et elle ne se plaignait jamais », raconte la patronne du Lenin Café, qui voit dans son bistrot associatif un prolongement de « la générosité et « du sens du partage » de Joséphine.

Le Trésor n'est pas celui qu'on croit

Ce n'est pas que cela. Martine Thouet aime les pays de l'Est depuis le voyage qu'elle y a effectué, à 19 ans et en 2CV, son permis tout juste en poche. Le premier d'une longue série. Employée du Trésor, elle gravira un à un les échelons de la fonction publique pour finir experte financière auprès de la commission européenne dans... les ex-pays de l'Est.
Des missions qu'elle met à profit pour amasser une collection d'objets et documents à la gloire de Lénine. Ceux là mêmes que présente le petit musée qui jouxte le Lenin Café.

Aussi austère que sa créatrice est joviale, ce petit salon n'accueille pas, loin s'en faut, que des militants. Pour son plus grand plaisir, Martine Thouet a même vu quelques notables et opposants philosophiques y jouer les curieux. Puis revenir pour leur plaisir.
Au risque de tomber sur cette citation, trouvée dans un petit recueil trônant sur une étagère : « Je vous prie de ne pas vous formaliser de ma franchise. » Ce n'est pas de Martine Thouet. C'est de Vladimir Illitch Oulianov.

BIO EXPRESS

1953. Naissance à Angers.

1972. Premier voyage en Europe de l'Est au volant d'une 2CV

1975. Entre au Trésor public et adhère à la CGT.

1983. Elue conseillère municipale à Chalonnes-sur-Loire sur une liste de gauche. Elle y reste deux mandats.

2001. Nommée experte fiscale près de la Commission européenne.

2006. Ouvre avec des amis le Lenin Café.












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