Les festivals font campagne


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le Mercredi 27 Juillet 2016 à 07:00


Loin des grosses machines subventionnées des centres-villes, des festivals éclosent chaque année en milieu rural. Redonner vie au territoire, fédérer les habitants et rendre la culture accessible à tous, compte parmi les moteurs de ces manifestations champêtres. Prochain à noter sur le calendrier : le Track'n'Art festival, le week-end prochain.



Au Track'n'Art festival, le bénévolat prend une place très importante : à vérifier sur place, vendredi et samedi prochain, pour la 5e édition ! (crédit photo : © Track’n’art - Igor & Sam)
Au Track'n'Art festival, le bénévolat prend une place très importante : à vérifier sur place, vendredi et samedi prochain, pour la 5e édition ! (crédit photo : © Track’n’art - Igor & Sam)
la rédaction vous conseille
Ici c’est la maison des parents de ma femme. Là-bas, à gauche, c’est celle de ma tante. Et à côté, c’est celle de Natacha. » Quand Fabien Greffier, président de l’association « Dout’uva », résume la population du Tremblay, il pourrait presque vexer le maire : « Le village, c’est trois générations de quatre grosses familles. » Toutes hyperactives à en croire l’état de la grange – désormais atelier de loisirs créatifs permanent – où est préparée la décoration du festival. « Avec nos parents, on participait aux animations du Tremblay. Nous étions tous au foyer des jeunes, déjà actif à l’époque », se remémore Natacha Bellier, la trésorière de l’association

Le 2 juillet au Tremblay, le festival « Dout’uva » a repris vie après un sommeil d’une dizaine d’années. A l’époque, Fabien, Natacha et leur bande de copains, tous originaires du village et complices de très longue date, avaient encore un livret de famille vierge. Ils organisent une soirée qui a davantage l’allure d’une grosse bouffe entre potes que d’un festival. L’année suivante, une tripotée d’artistes s’ajoute à la liste des invités. En 2004, le festival « Dout’uva » est créé. Il est à nouveau né cette année sous une forme « familiale », rejetons obligent.

Des festivals ruraux, comme « Dout’uva », il s’en crée chaque année dans le Maine-et-Loire. Un des prochains à être baptisé sera « The City Trucks festival », le premier week-end de septembre à La Pommeraye. Une énorme machine qui mêlera deux types de grosses cylindrées: exposition de gros camions et kyrielle de têtes d’affiches – Selah Sue, Hyphen Hyphen ou Louise Attaque. « Quand on est à la frontière de la Loire-Atlantique, on s’aperçoit qu’en matière de festivals, le Maine-et-Loire c’est le désert. Alors on a envie de créer quelque chose », lâche David Dubillot, le président du « City Trucks ».
 
« On a un côté très chauvin. On est tous partis vivre à droite, à gauche mais c’est à Doué que l’on rentre pour se ressourcer. »
Clémence Delumeau, Track'n'Art festival

Remplir le vide, « booster » le territoire, c’est le but de Clémence Delumeau et de ses anciens potes de lycée quand ils montent l’association « Track’n’art », à Doué-la-Fontaine, en 2009. Après avoir relancé la fête de la musique et organisé quelques soirées – « P’tit Baz’art » – aux Arènes de Doué, la troupe passe à la vitesse supérieure en 2011. « Track’n’art » est désormais l’incontournable de l’été en Maine-et-Loire. « On a un côté très chauvin », confesse Clémence dans un grand sourire. « On est tous partis vivre à droite, à gauche mais c’est à Doué que l’on rentre pour se ressourcer.»

"On avait l'impression d'avoir inventé les arts de la rue", Antoine Guilmault, A l'art rue.
"On avait l'impression d'avoir inventé les arts de la rue", Antoine Guilmault, A l'art rue.
A l’autre bout du département : Pouancé, son château, son lavoir et son moulin. Comme au Tremblay, c’est au foyer des jeunes que naît, dans les années 2000, une troupe d’amis et, bientôt, un festival, en 2011, alors que tous font leurs études à Angers. « On trouvait ça cool Angers, mais malgré tout, on rentrait chez nous chaque weekend », rembobine Antoine Guilmault, membre de la bande. « On voulait simplement dire qu’on aimait notre territoire et qu’on ne s’était jamais senti lésés à la campagne. » Cette déclaration d’amour s’appellera « A l’Art Rue » et se décline depuis lors dans chaque village de l’intercommunalité Pouancé-Combrée. « La première année, on a fait marcher notre réseau et la programmation a été montée à l‘arrache et innocemment. On avait l’impression d’avoir inventé les arts de la rue », se marre Antoine, aujourd’hui intermittent du spectacle et prestataire de l’association.

Au fur et à mesure, les festivals s’étoffent et n’ont plus à rougir de leur programmation. Jabberwocky ou La Maison Tellier trustent cette année l’affiche de « Track’n’Art » et Babel a enflammé le chapiteau de « Bouillé-Ménard à l’Art rue », lors de la dernière édition, début juin. « Les jeunes étaient au premier rang, les familles au milieu et les anciens assis au fond, fascinés par le spectacle », se souvient Antoine, qui bataille avec ses amis pour mélanger les générations et rendre la culture accessible à tous avec un festival gratuit.
 
« Il ne faut pas aimer dormir lorsqu’on organise un festival »,
David Dubillot, The City Trucks festival

Arrive alors la question la plus désagréable. Celle du pèze, du pognon, du grisbi. Et sur ce sujet, c’est chacun sa technique. Lorsque, comme David, on surfe sur une niche telle que les semi-remorques, on peut compter sur quelques partenaires, même si « sur dix coups de fil, quand il y en a un qui décroche, on est content ». Les commerçants et entreprises du territoire trouvent alors généralement une belle place au dos des programmes papier. A l’image d’«A l’Art rue », qui a opté pour le multifinancement : « Comme cela, si l’on se fait planter par l’un des financeurs, cela ne représente qu’une partie de l’enveloppe totale » ; un tiers des recettes du bar, des dons de particuliers, quelques trophées de banques et un chouïa de fonds parlementaires. Au Tremblay, Fabien a lui aussi appris à remplir des dossiers de subvention. D’autres investissent sur leurs fonds personnels. C’est le cas de Clémence dont le mari est le président de l’association « Track’n’Art ». Ils ont opté pour l’emprunt : « Ça fait peur mais on se dit que si on n’ose pas, on ne fera jamais rien ».

De l’argent donc, et du temps, bien sûr. Tous admettent que cette part de l’investissement ne se calcule pas. « Il ne faut pas aimer dormir lorsqu’on organise un festival », plaisante David. Entre en piste l’ingrédient indispensable à tout bon festival: les bénévoles. Avant même sa première édition, «The City trucks » en compte déjà 450, dans quatre départements. A Doué, « le bénévolat prend une place très importante dans nos vies. Tout le monde s’y colle : nos parents, nos grands-parents, nos petits cousins », énumère Clémence. Le bénévole le plus âgé de « Track’n’Art » a 82 ans. Fabien s’engoue : « Au Tremblay, tout est possible ! Si tu veux trois planches pour monter un stand, on te les prête. Si tu as besoin de dégager une pierre à l’entrée du site, un tracteur débarque dans les dix minutes. Cette énergie nous permet de ne pas avoir trop de limites ». « C’est le plus des festivals ruraux : les gens du coin se bougent pour faire vivre leur territoire», souligne Antoine. « Ce sont des festivals qui ont une âme »

Track’n’Art les 29 et 30 juillet - tracknart.fr
The City Trucks festival les 2, 3 et 4 septembre - www.thecitytrucksfestival.co m












Angers Mag












Angers Mag : Séance critique : "Ma'Rosa" de Brillante Mendoza: Dans Séance critique, deux fois par... https://t.co/UXYZ0kjrdt https://t.co/JrsEK1vwBv
Samedi 10 Décembre - 11:00
Angers Mag : « Ces pédagogies ne sont pas ignorées »: Et l’Education Nationale ? Quel regard... https://t.co/JnPQWXILNL https://t.co/5glkXOM6T3
Samedi 10 Décembre - 07:45
Angers Mag : #JPEL "Contre le complotisme, on ne peut pas enrayer tout (...) Mais on peut entraîner les cerveaux." 👏👏JB Schmidt… https://t.co/6pn23fJUHD
Vendredi 9 Décembre - 15:01
Angers Mag : L'indépendance, un état d'esprit ? #Angers Mag bien chez soi à la journée de la presse en ligne à Paris. #JPEL https://t.co/EpAgR2dt6N
Vendredi 9 Décembre - 12:17







cookieassistant.com