"Les producteurs laitiers n'en peuvent plus de subir des prix en baisse"


Rédigé par Ralitsa DIMITROVA - Angers, le 23/08/2016 - 09:25 / modifié le 23/08/2016 - 09:25


Depuis lundi soir, des centaines d'agriculteurs se sont donné rendez-vous à Laval, en Mayenne, pour contester la baisse du prix du lait devant le siège de l'entreprise Lactalis, leader des produits laitiers en France. Matthieu Herguais, président des Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire, met en garde contre la course aux prix bas et à la concurrence dans l'agroalimentaire.



Matthieu Herguais est lui même agriculteur producteur de lait à Sait-Georges-sur-Loire. (Crédit photo : Anjou Agricole)
Matthieu Herguais est lui même agriculteur producteur de lait à Sait-Georges-sur-Loire. (Crédit photo : Anjou Agricole)
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Suite à l’appel des syndicats d’agriculteurs FNSEA et JA, les producteurs laitiers de la région se mobilisent toute cette semaine à Laval, pour protester contre la baisse du prix d’achat du lait, devant le siège du géant Lactalis. Cet industriel commercialise entre autre les marques Lactel, Président ou encore Bridélice. Les agriculteurs du département rejoignent ce mouvement inter-régional ce mardi, déterminés à faire entendre leur voix. Avec plus 1700 exploitations, le Maine-et-Loire est le troisième producteur de la région, la Mayenne étant en tête. Agé de 31 ans, Matthieu Herguais est le nouveau président des Jeunes Agriculteurs des Pays de la Loire, il sera présent sur la manifestation toute cette journée. Rencontre

Qu’est ce qui explique selon-vous la multiplication des mobilisations agricoles ces dernières années ? 

"C’est avant tout un souci de communication et de transparence entre les agriculteurs et les différents maillons de l'agroalimentaire. Globalement, l’alimentation est tirée vers le bas, les grandes surfaces cherchent toujours les prix les plus attractifs. Les producteurs deviennent en quelque sorte victimes des prix. J’estime qu’on ne peut pas avoir dans l’esprit de manger pas cher tout en ayant de nombreuses exigences alimentaires. La qualité doit se payer à un moment où à un autre, c’est pour cela que les agriculteurs se mobilisent, ils doivent être capables de faire valoir leurs droits pour vivre décemment."

Pourquoi les producteurs de lait se sont-ils mobilisés contre Lactalis en particulier ? 

"Lactalis est un géant des produits laitiers qui valorise assez bien ses produits mais, en parallèle, achète le lait au prix le moins cher. Les producteurs n’en peuvent plus de subir des prix en baisse depuis deux ans, les niveaux sont très loin de couvrir les coûts de revient. Qui accepterait de contractualiser un marché assurant la perte de son entreprise ? La dénonciation qui est faite envers Lactalis peut s’appliquer à l’ensemble de l’agroalimentaire. Alors que nous sommes censés parler de collaboration entre producteurs et industriels, on se trouve face à des situations où les gérants refusent l’échange et le dialogue. Lactalis a un peu l’image d’un leader sans grand cœur."
 
"Les charges sont multiples et cela devient toujours plus décourageant de travailler en sachant que l’on va perdre de l’argent.

Comment recevez-vous l’argument de la concurrence européenne et de la réalité économique ? 

"La situation de concurrence est dévastatrice, peu importe le secteur. Lorsqu’on pense au textile on voit qu’il y a très peu d'usines qui ont survécu en France, il reste uniquement les industries du luxe. Si c’est la concurrence qui doit déterminer la qualité des produits, cela doit être clairement affirmé par les politiques. Le bon travail a un prix, c’est très facile de se tourner vers une production en low-cost à l’américaine, mais ce n’est ce qui est demandé par les consommateurs français."  

Pourquoi ce n’est pas rentable aujourd’hui d’être producteur laitier ? 

"Depuis un an les jeunes agriculteurs ont le moral au plus bas, tout comme leur trésorerie. Après une chute de plus de 16 % sur l’année 2015 le prix du lait est passé de 0,36 € par litre en 2014 à 0,30 € en 2015. Les exploitations ont subi une nouvelle baisse depuis début 2016 de l’ordre de 10 %. On se retrouve avec des prix autour de 0,27€ le litre.  Pour couvrir les frais des producteurs, le prix devrait être de l’ordre de 34 centimes le litre. Lorsqu’on parle de salaire décent on est sur du 1500 euros par mois, malheureusement on y est toujours pas dans certains cas. Les charges sont multiples et cela devient toujours plus décourageant de travailler en sachant que l’on va perdre de l’argent."

Qu’attendez-vous de la mobilisation les prochains jours  ? 

"Les producteurs se sont engagés à être sérieux et responsables. C’est avant tout une manifestation de communication et de pression. Aujourd’hui on manque de transparence dans les marchés intérieurs. Le groupe Lactalis réalise un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros et des bénéfices inavouables qu’ils refusent de publier tout comme d’autres entreprises. Ce qu’on demande c’est d’ouvrir le dialogue qui a trop longtemps manqué."









1.Posté par barreau le 11/09/2016 18:22 | Alerter
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