« Merci Facteur ! » : la poésie en héritage


Rédigé par - Angers, le Jeudi 9 Mars 2017 à 09:36


De la correspondance de Jules Mougin avec un autre poète angevin disparu, le comédien Franck Trillot a puisé matière à un spectacle-hommage. Le Théâtre de l’Avant Scène l’accueille ces 10, 11 et 12 mars à Trélazé.



Franck Trillot interprètera "Merci Facteur !" les 11, 12 et 13 mars au théâtre de l'Avant-Scène, à Trélazé. Crédit photo : Jef Rabillon.
Franck Trillot interprètera "Merci Facteur !" les 11, 12 et 13 mars au théâtre de l'Avant-Scène, à Trélazé. Crédit photo : Jef Rabillon.
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C’est une histoire d’amitié. De filiation poétique aussi. Née à l’ombre du grand Jean Giono, elle unit à jamais le comédien Franck Trillot à la mémoire de deux poètes angevins, Philippe Cottenceau et Jules Mougin, disparus respectivement en 2006 et 2010. Deux écorchés vifs dont la foisonnante correspondance –près d’un millier de lettres- est devenue objet de théâtre. Il faut raconter cette histoire pour comprendre le sens du spectacle auquel elle a donné naissance.

Franck Trillot a rencontré Philippe Cottenceau en juillet 1992, à Reillanne dans les Alpes de Haute-Provence, au pays de Giono. Pouvait-il en être autrement ? Le comédien y présentait  L’homme qui plantait les arbres, beau spectacle inspiré du roman de l’écrivain provençal, créé quelques mois plus tôt dans le Segréen, berceau de feu sa Compagnie du Levant. Cette création avait touché au cœur Philippe Cottenceau, né à Cholet, étudiant en lettres à Angers devenu provençal par choix d’y vivre pleinement son autre passion : les cerfs-volants, dont il fut un créateur reconnu. L’Anjou, la Provence, la poésie… Ces deux-là étaient faits pour se comprendre.  
« C’est Philippe qui m’a parlé le premier de Jules Mougin. En m’intimant d’aller le voir avec un petit billet qu’il m’avait remis », raconte Franck Trillot. Sur ce bout de papier, quelques mots comme un code : « Jules, Jeanne, je vous envoie Franck, ce fils, j’ai vu briller son âme, n’oubliez pas le fil d’Argus ! Phil ».
« Jules et Jeanne m’ont ouvert leur porte et leur cœur. Ce soir-là, ils m’ont longuement parlé de Philippe, qu’ils appelaient l’Ange et du précieux billet » - Franck Trillot

Jules et Jeanne Mougin. D’Anjou ou d’ailleurs, ils sont quelques-uns déjà, écrivains, journalistes, lecteurs, militants pacifistes, à connaître le chemin de La Motte, le hameau de Chemellier (rebaptisé Beaumugnes en hommage à Giono) où s’est retiré cet ancien facteur et sa femme. Un couple hors du commun. Fils d’ouvriers de Marchiennes (Nord), orphelin de père à 10 ans, Jules Mougin a écrit jour et nuit toute sa vie. Ses joies et, surtout, sa colère. Contre la guerre qu’il exécrait, l’injustice, la bêtise humaine… signant des milliers de poèmes et de courriers à ses amis : Paul Léautaud, Hervé Bazin, Bernard Buffet, Pierre Bergé, Philippe Cottenceau et, bien sûr… Jean Giono. « Un bouillonnement intérieur », qu’il soulagera aussi sur les murs d’une cave troglodytique voisine de sa maison, avec cette fois-ci les mots des autres. « Il écrivait au crayon lourd de charpentier, en creusant puis en peignant les lettres avec des ocres », explique Manuel Lomont, son ancien voisin qui a racheté les lieux pour les sauver d’une destruction promise. Et l’ouvrir à l’occasion aux visiteurs : « Jules nous a tous marqué au fer rouge », glisse-t-il.

Crédit photo : Jef Rabillon
Crédit photo : Jef Rabillon
Franck Trillot n’a pas tourné longtemps autour de la « Julésie », la communauté d’amis du facteur-poète. « Quand en 1993, j’ai retrouvé Philippe en Provence en lui disant que je n’étais pas allé à Chemelllier. Il m’a fait comprendre que c’est notre amitié qui était en jeu. » Billet en poche, le comédien s’exécute une fin d’après-midi d’août 1993. « Jules et Jeanne m’ont ouvert leur porte et leur cœur. Ce soir-là, ils m’ont longuement parlé de Philippe, qu’ils appelaient l’Ange et du précieux billet. »
« Jules Mougin écrivait au crayon lourd de charpentier, en creusant puis en peignant les lettres avec des ocres »

L’Argus ? Le nom d’un papillon bleu, devenu symbole de transmission entre Jean Giono et ses amis, pour s’être invité un jour lors d’une rencontre dans une bergerie, dans le Contadour. C’est Franck Trillot qui annoncera la mort de Philippe Cottenceau à Jules Mougin, en 2006. Lui aussi à qui la compagne du cerf-voliste remettra l’ensemble de lettres échangées entre les deux amis. « J’ai passé un temps fou à les lire, les classer, sans savoir ce que j’en ferai. Mais en créer quelque chose est devenu nécessaire. »
Avec la complicité de Pat Belland, ex-Jo Bithume, et de Patrick Touzard aux lumières, un spectacle est né dix ans après. Après la cave de Chemellier, le théâtre de l’Avant-Scène à Trélazé est le deuxième lieu à l’accueillir.
 
« Merci facteur ! » ou le laboratoire clandestin du myosotis bleu - 10 et 11 mars à 20h30 et le 12 mars à 17h30 au Théâtre de l’Avant Scène de Trélazé. Tarifs : 6€ (réduit) et 10€ - Infos sur www.leselementsdisponibles.com




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








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