Mgr Emmanuel Delmas : « Noël nous invite tous à la joie »


Rédigé par Rédaction Angers Mag Info - Angers, le 24/12/2013 - 14:14 / modifié le 26/12/2013 - 11:54


En cette période de Noël, Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers, revient sur les origines de cette fête chrétienne. Il évoque aussi la nomination du pape François, les faiblesses et les atouts du diocèse, le Mariage pour Tous… Et justifie le silence de l’Eglise angevine face à l’affaire Taubira. Entretien.



Mgr Emmanuel Delmas dans les jardins de l'Evéché d'Angers
Mgr Emmanuel Delmas dans les jardins de l'Evéché d'Angers
la rédaction vous conseille
Mgr Delmas, rappelez-nous ce que représente la période de Noël pour les chrétiens ?
« Noël est la fête où nous célébrons la naissance de Dieu dans notre histoire. puisque tout ce qui fait notre humanité a été choisi par Dieu qui s’est fait l’un de nous. Il a pris naissance en ce petit enfant : Jésus, un jour du temps. Celui qui par nature est avant le temps a voulu prendre notre humanité, a voulu partager notre condition humaine et s’est fait homme. Depuis Noël, nous savons que Dieu a pris chair dans notre histoire.»

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette période ?
« Noël est l’une des fêtes principales de notre calendrier chrétien et elle nous invite à la joie. Elle nous invite aussi à prêter une grande attention à tout ce qui fait notre vie concrète, puisque tout ce qui fait notre humanité a été choisi par Dieu qui s’est fait l’un de nous. Nous devrions avoir un respect infini vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis de notre semblable et ceci d’autant plus qu’il est fragile ou rejoint par la faiblesse.Nous devons être également très sensibilisés à tout ce qui est de l’ordre de la création. La période de Noël est en fait l’occasion pour chacun de nous de faire plus attention encore à la vie, de la respecter. »

Vous avez été très sensible à la nomination du pape François, quel regard portez-vous sur le début de son pontificat ?
« Comme beaucoup de nos contemporains, et bien plus largement que le cercle des croyants, je pense que le pape François est quelqu’un qui parle au monde d’aujourd’hui. Il l’a montré depuis son élection à travers sa simplicité, son authenticité, et la cohérence de sa vie également. Je sais que c’est quelqu’un de vrai, de libre aussi. C’est pour cela qu’il peut parler à tous et sur des questions essentielles de la vie de notre monde. Son élection est une chance pour notre temps. »

A l’image de Saint-François d’Assise dont le Pape se réclame ouvertement, pensez-vous que le combat pour les pauvres est une priorité absolue de l’Eglise ?
« Je dirais encore plus précisément, qu’à l’exemple de Saint-François d’Assise dont le pape se réclame, c’est dans une certaine pauvreté qu’un témoignage authentique peut être donné au monde d’aujourd’hui. Nos contemporains sont plus sensibles à l’authenticité, à l’exemple plus qu’aux paroles. L’évangélisation se doit d’être faite en fidélité au Christ qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. »

Concrètement, que change la nomination du Pape François pour l’Eglise d’Anjou ?
« Je suis persuadé que la nomination du pape François change beaucoup de choses dans la vie de notre diocèse d’Angers. Parce que les personnes qui vivent et travaillent dans notre département sont attentifs à la parole et aux gestes du pape et qu’ils lui en sont reconnaissants. Il participe grandement au rayonnement de l’Evangile dans nos différents lieux de vie. Je le constate dans mon ministère, où beaucoup par exemple retiennent des expressions, des interpellations du pape. Ceci est particulièrement vrai dans nos paroisses, dans nos mouvements chrétiens, mais aussi chez les personnes appartenant à d’autres confessions ou religions. »

Quelles sont les forces et les faiblesses du diocèse, aujourd’hui. Observez-vous une baisse – ou une hausse – de fréquentation dans vos paroisses ?
« La principale force du diocèse est dans un projet missionnaire qui fait autorité pour tous, et qui est rassemblé dans un document écrit après deux années de consultation (2005-2007). Plus de vingt mille personnes y ont travaillé et se sont exprimées. Cette feuille de route écrite en 2007 n’a pas vieilli et continue de nous inspirer. Certes, il y a des faiblesses dans la vie de notre diocèse aujourd’hui, c’est indéniable. Du fait de la diminution du nombre des personnes qui fréquentent nos églises, du fait aussi de la grande diminution du nombre des prêtres.

Pourtant, je crois qu’il ne faut pas en rester à un simple constat chiffré. Les atouts du diocèse d’Angers sont nombreux et je m’en réjouis. Je pense en particulier à toutes ces personnes à l’œuvre au quotidien, heureuses de se dépenser pour l’annonce de l’Evangile et très souvent dans une grande discrétion. A travers les initiatives qui se font jour en Anjou, je mesure combien la flamme est vive dans notre Eglise. Cela, nous le devons à ce que nos prédécesseurs nous ont légué depuis plusieurs générations. Nous le devons aussi au courage apostolique dont je suis le témoin, lors de mes visites pastorales. Nous le devons enfin aux décisions qui se prennent aujourd’hui, pour s’adapter à la mutation que nous vivons actuellement. Les communautés chrétiennes changent d’échelle, mais deviennent de plus en plus proches et fraternelles. »

"Sur le fond, l’expression « Mariage pour Tous » est trompeuse. Le mariage est une institution essentielle pour la solidité de notre société, parce que c’est avant tout l’union d’un homme et d’une femme…"

Faire revenir les Angevins qui se sont éloignés de l’Eglise, est-il un objectif ? Une mission ? Comment s’y prendre ?
« Il ne s’agit certainement pas de chercher à retrouver une situation d’antan. L’important est davantage d’annoncer l’Evangile à bien des personnes qui n’en ont encore jamais entendu parler. C’est notre temps d’aujourd’hui qui est important et il est essentiel d’avoir l’intelligence et la sagesse de prendre les bonnes décisions pour demain. C’est ici que je suis convaincu que des décisions parfois difficiles à prendre sont en fait porteuses d’espérance pour demain. C’est souvent le message que je communique, avec bien d’autres, lorsque je m’adresse au diocèse. »

De nombreuses églises se dégradent en Maine-et-Loire. La question de leur reconstruction suscite des tensions, parfois de réelles polémiques. Quelle est votre position sur le sujet ?
« Comment ne pas être atteint, lorsque la démolition d’une église est envisagée même lorsqu’une décision comme celle-ci ne se prend que très rarement et toujours au terme d’un long débat entre les différents responsables de l’édifice ? Je fais miennes les blessures de voir tomber une église. D’ailleurs, je demande toujours à ce que l’édifice puisse être protégé quand les contraintes économiques le permettent. Parfois ce n’est pas possible. Alors, je prends bien soin qu’un autre lieu de culte soit construit, afin que les paroissiens puissent se rassembler pour prier et prendre part aux différentes célébrations. Ce n’est pas parce qu’une église est démolie que l’affectation au culte catholique disparaît. Il faut alors qu’une nouvelle église soit construite. »

Au sujet du Mariage pour Tous, désormais inscrit dans la loi, certains prêtres se sont engagés, d’autres pas. Quelle est votre position ?
« Sur le fond, l’expression « Mariage pour Tous » est trompeuse. Le mariage est une institution essentielle pour la solidité de notre société, parce que c’est avant tout l’union d’un homme et d’une femme, appelée à accueillir la vie, fondant ainsi une famille. C’est risqué d’emprunter au mariage les éléments voulant donner un cadre légal à des personnes de même sexe qui souhaitent s’unir. »

Quels messages adressez-vous aux catholiques homosexuel(le)s ?
« Je tiens à rappeler que de nombreuses personnes ne choisissent pas leur condition homosexuelle. Le message de l’Eglise demande que soit bannie à leurs égards toute marque de discrimination. Elles doivent être accueillies avec respect et délicatesse, comme il se doit vis-à-vis de toute personne. Elles sont membres de l’Eglise et sont appelées, comme tout baptisé, à réaliser dans leur vie la volonté de Dieu qui appelle chacun à la perfection. C’est important pour ces personnes de pouvoir être accompagnées, avec le soutien, par exemple, d’un mouvement chrétien dont l’objet est précisément d’aider les personnes homosexuelles à grandir sur ce chemin de la sainteté à laquelle chacun est appelé. »

L’Eglise est restée silencieuse sur l’affaire Taubira à Angers, pour quelles raisons ?
« Plusieurs semaines après cet événement, je suis persuadé que l’émoi médiatique n’a certainement pas fait que du bien. Il aurait été plus juste de réagir en évitant toute forme d’emballement ou de surenchère. En tant qu’évêque, j’ai choisi une autre attitude. J’ai préféré ne pas en rajouter. »

"Je ne suis pas du tout convaincu qu’il y ait une montée du racisme en France. Nous devons bien évidemment être respectueux de toute personne. A Angers et dans le diocèse, j’invite chacun de nous à réfléchir dès aujourd’hui au regard qu’il pose sur l’autre.”

La montée du racisme en France vous inquiète-t-elle ?
« Je ne suis pas du tout convaincu qu’il y ait une montée du racisme en France. Nous devons bien évidemment être respectueux de toute personne. à Angers et dans le diocèse, j’invite chacun de nous à réfléchir dès aujourd’hui au regard qu’il pose sur l’autre. Le temps de repos de Noël peut justement être une bonne occasion. Sur ce sujet, je vous partage une formule du pape Benoît XVI qui nous invite à faire en sorte que “grandisse partout le respect de toute personne”. Pour lui, “c’est seulement dans l’accueil réciproque de tous qu’il est possible de construire un monde marqué par une justice authentique et une paix véritable”. »

Quels autres sujets de société vous préoccupent particulièrement aujourd’hui ?
« Je crois qu’aujourd’hui les sujets de préoccupation ne manquent pas. Je pointerais tout particulièrement les questions qui se posent autour du respect de l’être humain dans ses différentes dimensions. Je pense à l’accompagnement des personnes en fin de vie ou encore les recherches sur les embryons. Ce souci de la dignité de l’homme pose aussi la question de sa place dans l’économie : comment remettre la personne au centre ? La complexité de la crise actuelle génère beaucoup d’inquiétude chez nos contemporains. L’enseignement de l’Eglise sur ces sujets peut nous aider à faire face à ces peurs. »

Enfin, quelle importance accordez-vous au dialogue interreligieux ?
« Ce dialogue est d’autant plus nécessaire à l’époque où les hommes communiquent de façon beaucoup plus intense que jadis et prennent conscience qu’ils appartiennent à une même communauté humaine. En Maine-et-Loire, comme ailleurs, ce dialogue est facteur de paix et s’avère indispensable pour les différentes communautés religieuses qui coexistent sur un même territoire. Les services diocésains en charge des relations avec l’islam et avec le judaïsme, de même que les associations comme Amitié Judéo-Chrétienne Angers-Anjou ou encore le Centre de Rencontre et de Dialogue Interreligieux, développent cette démarche d’ouverture à la différence de l’autre. Je me réjouis qu’il existe des lieux de rencontre et de dialogue entre musulmans, juifs et chrétiens dans les quartiers ou encore dans les aumôneries d’hôpitaux. »

BIO-EXPRESS

1954 : naissance le 28 décembre à Figeac (Lot).

1965-1972 : études secondaires à l’école Bossuet de Brives.

1972-1979 : études de médecine à Limoges jusqu’au doctorat.

1982 : entre au Grand Séminaire Saint-Cyprien à Toulouse.

1988 : ordonné prêtre le 26 juin, nommé vicaire paroissial à Gramat (Lot).

1993 : chapelain au sanctuaire Notre-Dame de Rocamadour, dont il devient recteur en 1997.

2005 : vicaire général du diocèse de Cahors.

2007 : devient curé de Gramat.

2008 : consacré Evêque d’Angers, le 28 septembre. Il est membre de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat.

A NOS LECTEURS

Sur la volonté de l’évêque, cet entretien a été réalisé par mail. Nous le regrettons. Mgr Delmas n’a pas souhaité répondre à notre traditionnel questionnaire « Façon Proust ».

A lire ci-après, le message de Noël des évêques des Pays-de-Loire et de Bretagne :

message_des_eveques_noel_2013.pdf Message des évêques-Noël 2013.pdf  (176.61 Ko)










1.Posté par Jean-Jésus le 25/12/2013 21:29 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Je viens d'apprendre que Jésus a une maman et deux papas.
Oh mon Dieu....!
Je vais de ce pas replanter l'arbre.

2.Posté par PINUX le 26/12/2013 14:50 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Une fois de plus l'Eglise se range jusqu'au bout du coté des forces réactionnaires. Qui pensent qu'il n'y a pas de racisme. Et sans doute pas d'homophobie non plus.
Non.
Ceux qui attendaient Christiane Taubira ne sont pas racistes du tout. Ni homophobe. C'est un emballement médiatique. D'ailleurs il vont à la messe. C'est pourquoi il vaut mieux ne rien en dire.

Quel tristesse que la religion de l'amour ne veuille pas reconnaitre que l'amour entre deux personnes de même sexe est le même.
Pourq...

3.Posté par rb49000 le 30/12/2013 23:43 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Bravo à Mgr Delmas de ne pas tomber dans le piège de l'enfumage généralisé orchestré par un pouvoir socialiste aux abois, n'en déplaise aux haineux anti-chrétiens... Le terrorisme intellectuel et les leçons de moraline de la gauche ne trompent plus personne. On nous rebat en permanence les oreilles avec le soi-disant racisme et la prétendue "homophobie" qui règneraient en France, mais pas un mot sur les Femen dépravées qui profanent les églises (sous le regard bienveillant du pouvoir).








Angers Mag















Angers Mag : Au comptoir de Mathilde... et de Catherine: Depuis la fin du mois d'octobre, la rue... https://t.co/wkV9xA1N3F https://t.co/6yuEQFFF5o
Mercredi 7 Décembre - 08:00
Angers Mag : A l’Ecole démocratique, on fait ce qu’on veut… ou presque: Basée sur la liberté... https://t.co/j0ywJZAzgI https://t.co/jEK0S9wvGs
Mercredi 7 Décembre - 07:31
Angers Mag : RT @LeQuai: N'oubliez pas d'aller voir #AdishatzAdieu ce soir. Vous nous remercierez demain. #Theatre #JonathanCapdevielle #Angers RESA 02…
Mardi 6 Décembre - 13:55
Angers Mag : A Angers, Montessori a pris racines: Porté par des éducateurs convaincus, les méthodes... https://t.co/bXNDdgyLpz https://t.co/nar3Qs6vye
Mardi 6 Décembre - 07:30


cookieassistant.com