Mohamed Sifaoui : "L'islamisme, ce n'est pas que le terrorisme"


Rédigé par - Angers, le 21/01/2016 - 08:14 / modifié le 21/01/2016 - 10:45


Ses enquêtes et travaux sur les milieux islamistes ont fait de lui un des experts les plus sollicités sur le sujet, en France. L'écrivain et journaliste Mohamed Sifaoui vient parler de l'islamisme djihadiste" ce jeudi soir à Angers, à l'invitation de l'association 2 Peuples 2 Etats (1). Entretien.



Mohamed Sifaoui : "L'islamisme, ce n'est pas que le terrorisme"
la rédaction vous conseille
L'ambition totalitaire de l'islamisme djihadiste est-elle vraiment nouvelle comme le laisse entendre l'intitulé de votre conférence ?

"Non. Ce qui est nouveau, c'est son implantation dans les sociétés et dans le discours politique. Il y a une sorte de normalisation de ce phénomène et de son installation dans le paysage. Il y a une quarantaine d'années, y compris dans le monde arabo-musulman, ce discours était à la marge. C'était plutôt le discours nationaliste porté par la pensée nassérienne et par l'Egypte, qui dominait. Et ce n'est qu'à partir de la fin des années 70 que la pensée islamiste s'est imposée, d'abord dans le paysage arabo-musulman puis progressivement, par le jeu des interpénétrations, des mouvements de populations et de l'explosion des canaux de communication, en Europe. On a connu plusieurs phases mais tout cela a commencé au lendemain de la révolution iranienne, certes chiite, mais qui a donné une nouvelle impulsion à la pensée islamiste de manière générale."

Sur quels arguments s'est construite cette pensée ?

"D'abord autour de la notion de l'ennemi occidental représenté notamment par les Etats-Unis, puis elle a glissé sur le conflit israëlo-palestinien pour l'utiliser comme abcès de fixation. Et évidemment, en construisant toute une phraséologie judéophobe et ensuite clairement antisémite qui s'est installée dans la rationalisation d'une haine, laquelle haine trouve, selon ses concepteurs, sa justification dans la politique israélienne."

Mesure-t-on réellement la percée de cette idéologie en France ?

"Je fais souvent le parallèle. Il y une quarantaine ou une cinquantaine d'années, un adolescent dans la transgression était plutôt dans une démarche et un discours anti-religieux. Aujourd'hui, pour se montrer dans l'outrance ou dans le rejet d'un système, il rejoint au mieux la bigoterie, au pire l'extrémisme religieux y compris dans des sociétés censées avoir immuniser leurs populations, à travers notamment l'école et la culture, de ces logiques extrémistes et obscurantistes. L'islamisme arrive à séduire y compris des non musulmans, des Européens issus même parfois de familles catholiques conservatrices. Et on a vu certains aller jusqu'à l'action terroriste et l'attentat-suicide."
"On n'arrive pas pas encore à comprendre que le problème n'est pas que la manifestation violente de l'islamisme, à travers le terrorisme, mais l'ensemble du corpus qu'il propose comme pensée anti-laïque, anti-républicaine..."

Comme expliquez qu'il aura fallu deux vagues d'attentats historiques en 2015 pour que nous mesurions l'ampleur du phénomène en France ?

"Beaucoup de personnes ont commencé à y être sensibilisées après les événements de l'an passé, mais j'observe tous les jours que nous ne sommes pas si convaincus que cela de la gravité de la situation. Nous ne sommes pas dans une société totalement mobilisée sous un mot d'ordre commun. J'en donne pour preuve toutes les polémiques qui continuent de la diviser et, plus encore, la Gauche qui est au pouvoir. On n'arrive pas pas encore à comprendre que le problème n'est pas que la manifestation violente de l'islamisme, à travers le terrorisme, mais l'ensemble du corpus qu'il propose comme pensée anti-laïque, anti-républicaine, anti-féministe, homophobe, misogyne, antisémite et, en somme, anti-moderniste."

Pourquoi ce retard, ce décalage alors ?

"D'abord, les terroristes auxquels nous faisons face aujourd'hui et ceux qui ont sévi au courant de l'année 2015 ne sont pas le fait d'une génération spontanée. Ils ont été travaillés discrètement par cette pensée non pas en quelques mois mais durant plusieurs années, et on n'a pas su décrypter sociologiquement les événements. Ensuite, beaucoup d'hommes politiques gèrent l'instant et l'actualité, et n'ont pas eu la vision nécessaire pour se projeter sur une durée assez longue. Enfin, je dirai que la question de l'islamisme aujourd'hui ne doit pas être appréciée à partir du seul terrorisme mais bien à partir de l'ensemble de son spectre. Ce qui implique que l'on comprenne que ce terrorisme sert des idéologies qui souhaitent imposer un projet de société à tout le moins aux musulmans, qu'elles soient d'origine wahhabiste saoudienne ou inspirées par la pensée des Frères Musulmans."

Le danger terroriste ne doit pas occulter les autres manifestations de l'islamisme en somme...

"Oui et cela nécessite un effort d'appréciation. Certes, le terrorisme est le segment le plus spectaculaire et le plus dramatique du projet idéologique mais, en définitive, il n'en est pas le plus dangereux pour les sociétés. Ce qui peut faire s'effondrer des sociétés, c'est le clivage qui peut exister entre plusieurs projets qui vont se télescoper, s'affronter et créer les germes d'une guerre civile. En l'occurrence aujourd'hui, ce qui doit interpeller, c'est le nombre de personnes qui applaudissent à l'action terroriste ou lui cherchent des excuses, et en comprendre la signification. Le terrorisme n'est pas un fait nouveau en France, mais le traumatisme est différent parce qu'on a des gens qui se revendiquent du même territoire, de la même citoyenneté, et qui frappent leurs compatriotes."
"L'un des problèmes majeurs de ce pays provient de là, de ces ghettos ou les gens sont parfois livrés à des minorités qui exercent sur eux des pressions culturelles, religieuses et carrément physiques."
Quel regard portez-vous sur la réaction et les actions engagées pour enrayer le phénomène ? La réaffirmation des valeurs républicaines semble ne pas toucher une partie de la population ?

"Oui car, et c'est courant avec tous les extrémismes, ceux-ci ont réussi à ringardiser quelque-part la République. Et à transformer la question de sa défense, avec la complicité lâche, consciente ou inconsciente de certains élus, en simple incantation. Au delà des paroles, il faut des actions fortes. Et parmi elles, je pense qu'il faut travailler d'abord sur la déghettoïsation. L'un des problèmes majeurs de ce pays provient de là, de ces ghettos ou les gens sont parfois livrés à des minorités qui exercent sur eux des pressions culturelles, religieuses et carrément physiques. Et puis, il faut réenchanter la République, et vraiment raconter une histoire qui soit à la mode. Il est inconcevable que des gens qui promettent des choses extraordinaires à Raqqa puissent séduire des jeunes filles ou garçons et les amener à quitter les domiciles de leurs parents pour rejoindre des tueurs barbares. Ca, c'est inadmissible et c'est un véritable échec de la République."

(1) 2 Peuples 2 Etats est une association proche du mouvement La Paix Maintenant, qui prône un règlement politique pacifié dans le conflit israëlo-palestinien.

"Un nouveau totalitarisme : l'islamisme djihadiste, entre rejet des valeurs universelles et obsession judéophobe", conférence-débat autour de Mohamed Sifaoui, ce jeudi à 20h30 à l'Institut Municipal, 9 rue du Musée.





Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Jérôme Martin le 27/01/2016 06:57 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Mohamed Sifaoui est très mal placé pour donner des leçons d'anti-sexisme. Juste après les attentats de novembre, il déclarait sur France 2 que la place de la femme était aux fourneaux et qu'elle devait s'habiller selon sa propre définition à lui de la féministé. Plus récemment, il s'est permis des commentaires graveleux au sujet d'une femme voilée portant une mini-jupe. Il est dommage que vous ne lui ayez pas posé de questions à ce sujet.
http://vendeursesdehaine.yagg.com/2015/11/20/lettre-ou...

2.Posté par Tristane Larfaoui le 27/01/2016 19:17 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Ce ne sont que vos propos que vous énoncez, ils vous sont personnels. Propos ré-interprétés à votre sauce suivant VOTRE sensibilité quand on compare avec la vidéo de France 2. Quant aux liens affichés, ce sont ceux menant à VOS articles... No comment








Angers Mag















Angers Mag : A Angers, Montessori a pris racines: Porté par des éducateurs convaincus, les méthodes... https://t.co/bXNDdgyLpz https://t.co/nar3Qs6vye
Mardi 6 Décembre - 07:30
Angers Mag : #Angers Le directeur de Keolis Angers a été licencié pour fautes graves https://t.co/n6HJqX081U
Lundi 5 Décembre - 15:10
Angers Mag : Keolis Angers : Christophe Reineri a été licencié pour fautes graves: Trois semaines... https://t.co/d3ujV5hSiJ https://t.co/cPMN0twREP
Lundi 5 Décembre - 15:01
Angers Mag : Orphée aux enfers, mais aussi au Quai: Entretien croisé avec Jean-Paul Davois (directeur... https://t.co/NJjZLJnXMH https://t.co/pTRfJd77AD
Lundi 5 Décembre - 08:00


cookieassistant.com