Musicien ligérien, dis-moi qui tu es !

[LA TRIBUNE DU LUNDI]


Rédigé par Claire HANNECART, sociologue en charge des études et observations au Pôle de coopération pour les musiques actuelles en Pays de la Loire (Le Pôle) - Angers, le 30/05/2016 - 07:45 / modifié le 30/05/2016 - 14:40


Qui sont les musiciens des Pays de la Loire ? Quels âges ont-ils ? Quelles sont leurs pratiques, leurs conditions de vie ? C'est pour répondre à ces questions que Claire Hannecart, sociologue en charge des études et observations au Pôle de coopération pour les musiques actuelles en Pays de la Loire (Le Pôle) a mené une vaste enquête dont les premiers résultats ont été présentés en fin de semaine dernière, à Laval, dans le cadre des Rendez-Vous du Pôle. Des données très instructives qui valaient bien notre Tribune du Lundi.



Des hommes, entre 30 et 34 ans, qui participent à plusieurs projets... le groupe angevin Cherry Plum -ici lors de leur concert de mars au Chabada- colle au profil type des musiciens ligériens...
Des hommes, entre 30 et 34 ans, qui participent à plusieurs projets... le groupe angevin Cherry Plum -ici lors de leur concert de mars au Chabada- colle au profil type des musiciens ligériens...
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Au cours de l’année 2015, des musiciens ont sollicité le Pôle afin de lancer une étude sur leur situation. A cette occasion le Pôle, en collaboration avec ses partenaires de la Région Centre Val de Loire (la Fraca-ma et le Petit Faucheux) a choisi de mener une enquête sur les profils sociologiques et les conditions de vie de l’ensemble des musiciens (toutes esthétiques musicales) se diffusant sur scène dans ces deux régions, qu’ils soient professionnels ou non.

L’enquête s’adresse en effet aussi bien aux musiciens dont les revenus sont principalement issus de la musique, qu’aux semi-professionnels et amateurs qui présentent régulièrement leurs productions sur scène. Le but est de saisir toute la diversité des situations et des pratiques des musiciens d'aujourd'hui. Ce choix d’interroger des professionnels comme des amateurs vient d’une attention portée à la réalité des pratiques : nombreux sont les musiciens qui se diffusent sur scène mais qui ne tirent pas leurs revenus de la musique, et nombreux sont les groupes voyant évoluer en leur sein des musiciens intermittents et des musiciens dits amateurs au seul sens où ils ne vivent pas de la musique.

Claire Hannecart
Claire Hannecart
C’est d’ailleurs sur ce point que se fonde le sens du projet de loi LCAP (loi création architecture et patrimoine) visant dans un de ses articles à favoriser les pratiques amateurs en autorisant les productions et diffusion sur scène avec des professionnels, ce qui était jusqu’à présent juridiquement interdit mais constituait la majorité des pratiques.

Cette enquête permet de mieux connaître, analyser mais aussi accompagner les parcours des musiciens. Elle vise à comprendre les modes de diffusion, de collaboration et d'engagement dans la création de projets musicaux aujourd'hui, dans le but d'impacter les interlocuteurs publics quant à la structuration de la filière musicale et aux droits culturels relatifs aux pratiques artistiques. Cette enquête se justifie aussi du fait qu’il existe à l’heure actuelle très peu de données pour connaître les réalités de ces acteurs essentiels de la vie culturelle (4,2 millions de français pratiquent la musique en groupe).

La publication définitive des résultats est prévue pour la rentrée 2016. D’ici là, dans une optique participative chère à la méthodologie d’observation du Pôle, nous échangeons avec les professionnels du secteur quant aux enjeux essentiels à mettre en exergue. Le questionnaire a été partagé avec le Pôle musiques actuelles des Hauts de France et le Conseil Général de Guyane, qui ont tous deux commencé à administrer ses questionnaires auprès des musiciens. 
L’âge moyen des musiciens est de 34 ans. Les âges s’échelonnent de 15 à 69 ans et la tranche d’âge la plus représentée est celle des 30/34 ans. Ce résultat vient heurter une représentation sociale faussée de musiciens « jeunes ». Il confirme que la prise en considération des pratiques musicales ne doit pas se cantonner à des politiques publiques de la jeunesse (12-25 ans) comme cela est encore largement le cas à présent. 

En région Centre Val de Loire et Pays de la Loire plus de 800 musiciens ont accepté de répondre. Dès aujourd’hui des tendances globales se dégagent :
 
85% des musiciens se produisant sur scène sont des hommes ! On compte seulement 15% de femmes. Cette profonde inégalité de représentation des genres est la conséquence d’un ensemble de déterminants sociaux : la musique est le domaine parmi les moins féminisés des professions d’artistes. Il s’y opère une répartition sexuée des fonctions (elles sont le plus souvent chanteuses), le déroulement de carrière et la discrimination vis à vis de l'âge sont également défavorables aux femmes. L'univers musical témoigne d'une discrimination purement liée au genre.
 
L’âge moyen des musiciens est de 34 ans. Les âges s’échelonnent de 15 à 69 ans et la tranche d’âge la plus représentée est celle des 30/34 ans. Ce résultat vient heurter une représentation sociale faussée de musiciens « jeunes ». Il confirme que la prise en considération des pratiques musicales ne doit pas se cantonner à des politiques publiques de la jeunesse (12-25 ans) comme cela est encore largement le cas à présent.

Le label angevin Wild Valley vient confirmer l'une des autres tendances de l'enquête : "En moyenne les musiciens déclarent jouer dans 3 groupes différents !"
Le label angevin Wild Valley vient confirmer l'une des autres tendances de l'enquête : "En moyenne les musiciens déclarent jouer dans 3 groupes différents !"
¾ des musiciens déclarent avoir appris (au moins en partie) en autodidacte. L’autodidaxie ne suppose pas un apprentissage ex nihilo, puisque quel que soit l’apprentissage, il est toujours fondé sur ce qui a été fait avant et par d’autres (même si c’est pour le distendre et le retravailler). Dans le langage des musiciens, l’usage du terme d’autodidaxie exprimerait une volonté de démarcation par rapport aux formations musicales traditionnelles. L’autodidaxie désigne tout à la fois des exercices en solo et des apprentissages collectifs entre pairs advenant en dehors de cadres institutionnels (écoles municipales, conservatoires…).

Cette revendication d’autodidaxie n’est pas exclusive d’un apprentissage en école de musique : il est courant de voir chez les musiciens une combinaison d’apprentissages en écoles de musique au cours de l’enfance (50% des musiciens déclarent avoir suivi une telle formation) et de réinvestissement de l’instrument par la découverte du jeu en collectif à l’adolescence (souvent qualifié a posteriori d’autodidaxie). Aussi les résultats nous apprennent qu’un musicien sur 5 aujourd’hui se forme au moins en partie à la musique sur internet. Grâce à des vidéos et tutoriels majoritairement gratuits diffusés en ligne, c’est sans conteste une évolution qui s’apparente à l’autodidaxie et qui atteste pour certains musiciens, de formes de démocratisation de l’accès à la pratique musicale grâce au numérique.
 
En moyenne les musiciens déclarent jouer dans 3 groupes différents ! Cela témoigne d’investissements conséquents aussi bien en temps de répétitions que de communications liées à l’activité des groupes. 64% ont créé une association pour leur pratique musicale, cette structuration juridique permettant notamment de percevoir des cachets lors des prestations scéniques. Le nombre moyen de concerts par musicien et par an s’établit à 15, ce qui signifie plus d’un concert par mois.
Les expériences des musiciens professionnels sont marquées par une précarité multiforme, chevillée à un métier passion 

Enfin parmi les musiciens tirant leurs revenus de la musique, un peu plus de la moitié sont intermittents quand les autres vivent principalement de cours de musique qu’ils dispensent en écoles, cours particuliers, nouvelles activités pédagogies (NAP de la réforme des temps scolaires)…  Pour près de la moitié des musiciens professionnels, l’ensemble de leurs revenus liés à la musique (cachets, enseignement…) a baissé au cours des 5 dernières années, et seuls 10% déclarent que leurs revenus ont augmenté.
Enfin notons ce chiffre important : 80des intermittents ne sont pas sûrs de renouveler leurs droits à l’intermittence l’année suivante : ce régime comporte donc une profonde part d’incertitude qui précarise les parcours. Seuls 20% des musiciens bénéficiant du régime de l’intermittence se disent confiants quant au renouvellement de leurs droits.

Les expériences des musiciens professionnels sont marquées par une précarité multiforme, chevillée à un métier passion : la précarité au sens du déficit de reconnaissance du métier de musicien et de toute l’implication nécessaire à sa réalisation ; la précarité au sens de la versatilité des diffusions (ex. la défense de productions œuvrant à la diversité musicale mais n’entrant pas forcément dans les critères de programmation) ; la précarité au sens d’une pluriactivité subie mais indispensable pour vivre de son art, impliquant une organisation du temps complexe, un engagement total et permanent ; et enfin la précarité au sens des difficultés financières connues : 80% des musiciens professionnels perçoivent moins que le salaire annuel moyen en France (s’établissant à 25 000€).

En attendant la publication de l'étude complète, vous pouvez retrouver ici un focus de 4 pages sur les musiciens de jazz édité et présenté aux Biennales Internationales du Spectacle (Nantes) en janvier 2016.












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