Non, Angers n’est pas Sangatte …


Rédigé par Yannick Sourisseau - Le 15/03/2011 - 07:54 / modifié le 16/03/2011 - 13:26


Pas très heureux le Préfet de Maine et Loire, Richard Samuel. Mis en cause dans sa façon de traiter les dossiers des demandeurs d’asile dans le département dans lequel il exerce sa fonction, blessé par les propos tenus à son égard, il a réuni la presse locale pour s’en expliquer.



Les migrants présent en Anjou viennent pour la plupart d'Afrique et notamment du Soudan (Photo MSF © Julie Remy )
Les migrants présent en Anjou viennent pour la plupart d'Afrique et notamment du Soudan (Photo MSF © Julie Remy )
Alors qu’en le Maine et Loire, le nombre de demandeurs d’asile, est en baisse depuis que des mesures ont été prises en Avril 2010 pour endiguer l’important flux migratoire qu’a connu la ville d’Angers, voilà que le Préfet se fait prendre à partie pour des erreurs dans le nombre des demandeurs d’asile. Selon un article publié dans la presse locale, près de deux cents migrants, échappant au contrôle de la Préfecture et des structures d’accueil, se retrouveraient dans les rues des villes angevines.

« Angers n’est pas Sangatte (*). Nous avons pris toutes les mesures pour que les migrants puissent être accueillis convenablement. Nous avons mis en place une plateforme d’accueil, fermé les squats et relogé les demandeurs d’asile en situation régulière dans des logements mis à disposition par les bailleurs sociaux », répond le Préfet Richard Samuel, visiblement blessé, pas seulement par l’article, mais par ce qu’il a généré des commentaires peu élogieux sur Internet. « J’ai été choqué par les réactions racistes des commentaires. La présentation du sujet était de nature à alimenter ces réactions ».

Assisté du président et du directeur du centre d’accueil « l’Abri de la Providence », le Préfet a rappelé les chiffres des demandeurs d’asile en Maine et Loire. A Angers, le nombre de migrants hors enfants, était de 348 en 2008, 909 en 2009 et 643 en 2010. Ces chiffres font apparaître une différence de 200 personnes entre la structure d’accueil et les services de la Préfecture chargé d’instruire les dossiers de demande d’asile. Mais où sont passés ces migrants interrogeait l’article ayant retenu l'attention du Préfet. Se sont-ils évaporés dans la nature, errent-ils dans les rues d’Angers, ou s’agit-il d’une manipulation des chiffres ?

« La situation des demandeurs d’asile n’est pas très alarmante en Anjou. Depuis que nous avons mis en place une plateforme d’accueil, les chiffres ont plutôt baissé », confirme le Préfet. « La différence provient du fait qu’il y a un décalage de temps mais aussi de nombre entre ceux qui arrivent à la structure d’accueil, les primo-accédants, et ceux qui sont pris en charge par la Préfecture ». En fait c’est surtout du coté des demandeurs isolés que ça coince, le traitement de leur dossier pouvant demander deux à trois mois. « L’attente étant trop longue, certains d’entre-eux quittent la région, sans le signaler, pour aller dans d’autre villes afin de tenter leur chance». Des migrants disparaissent dans la nature, mais pas en ville. « J’ai demandé à plusieurs Maire et aucun ne m’a signalé des migrants non pris en charge. Deux cent ça se verrait tout de même ».

Ce qui exaspère le Préfet, ce ne sont pas tant les chiffres, mais surtout le fait que certaines structures s’en servent pour pointer du doigt un dysfonctionnement. « Lorsque les chiffres étaient plus élevés, l’an dernier j’en n'entendais pas parler de cette façon. Je pense qu’il y a, pour certains, pour des raisons que j’ignore, une recherche d’instrumentalisation ».

Le Préfet veut surtout éviter qu’Angers deviennent une ville toute désignée pour des passeurs peu scrupuleux : « Il ne faut pas laisser croire qu’en arrivant à Angers ils obtiendront un appartement ou une villa, comme j’ai pu le lire ». La plateforme mise en place entre les associations, les villes et les services de l’Etat et les budgets qui lui sont consacrés, 985 K€ en 2009 et 1870 K€ en 2010, permettent d’accueillir un nombre limité de migrants. Et pour le Préfet, pas question de les dépasser sous peine de ne plus pouvoir faire face aux objectifs qu’il s’est fixé.

(*) commune française, située dans le département du Pas-de-Calais et la région Nord-Pas-de-Calais Sangatte, hébergeait de 1999 à 2002, un centre d'accueil pour les immigrés sans-papiers qui voulaient passer au Royaume-Uni. Démantelé en 2002 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, ce centre a accueilli plus de 1600 personnes. Mais la situation n’a pas pour autant été réglée, des migrants en situation irrégulière continuent d’affluer, s’installant dans des abris de fortune le long du littoral français dans l’attente de trouver un camion ou un bateau pouvant leur faire traverser la Manche.



Yannick Sourisseau
Yannick Sourisseau
Directeur publication Angers Mag et Angers Mag Info Journaliste web suivant plus particulièrement... En savoir plus sur cet auteur

Point de vue | Social | Ecole - Université | Environnement | Rencontre | Jeunesse






Document sans nom


















Instagram