Patricia Maussion, agricultrice, bio et adroite


Rédigé par - Angers, le 17/02/2016 - 07:55 / modifié le 18/02/2016 - 09:43


Élue en décembre, cette éleveuse de vaches laitières bio est désormais la voix principale du monde agricole angevin au sein du nouveau Conseil régional. Son leitmotiv : défendre les productions locales et le dialogue entre les différents modes d’agriculture. Crucial à l'heure où le monde agricole s'embrase.



Patricia Maussion est installée à Loiré sur une exploitation laitière biologique.
Patricia Maussion est installée à Loiré sur une exploitation laitière biologique.
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Bruno Retailleau et Paul Jeanneteau ne lui ont laissé qu’une petite semaine pour se décider. Pas plus. Suffisant pour écourter quelques nuits. Mais pas assez pour la dissuader de rejoindre la liste du sénateur de Vendée et de son (presque) voisin, maire de Champigné.

« Je leur ai dit OK mais je ne veux pas de carte politique : je pars pour le monde agricole » raconte Patricia Maussion. Sur le site internet de campagne de Bruno Retailleau, toujours visible en ligne, Patricia Maussion est bien la seule des onze élus de la liste d’union de la droite et du centre en Maine-et-Loire, à arborer la mention « sans étiquette ». Mais ça, c’était avant. « Lors de la séance d’installation à Nantes, ma première surprise a été de mesurer la réalité et l’importance des groupes politiques au sein de l’assemblée régionale. Rester sans étiquette, c’était se résoudre à rester toute seule. Par la force de choses, j’ai rejoint l’UDI, avec laquelle je me sens le plus à l’aise. » Un peu vexant, non ? Il en faut manifestement plus pour atteindre cette agricultrice de 47 ans, inconnue politiquement certes, mais loin d’être une novice en termes d’engagement. 

2e adjointe au maire de Loiré, élue à la communauté de communes de Candé, Patricia Maussion est surtout pleinement investie dans les instances agricoles départementales et régionales. Elue à la Chambre d’Agriculture de Maine-et-Loire où elle préside pour quelques semaines encore le pôle formation, elle est aussi la responsable du pôle bio régional des chambres d’agriculture. Deux postes clefs pour prendre la mesure des évolutions du monde agricole. « La prise de responsabilité collective a toujours été indissociable de ma vie professionnelle » reconnait-t-elle, comme une évidence… familiale.
« La prise de responsabilité collective a toujours été indissociable de ma vie professionnelle. »

Fille et petite-fille d’agriculteurs, Patricia Maussion est le deuxième des quatre enfants de producteurs laitiers de Sainte-Gemmes-d’Andigné près de Segré. Des parents déjà engagés syndicalement dont elle partage aussi « le soucis de l’efficacité économique ». Adolescente, elle ne doute pas un instant de son orientation. « J’ai fait le choix de la formation agricole dès après la 3eme, en passant un BTAG (Brevet de technicien agricole général), puis en revenant sur la ferme familiale. » Aux côtés de sa mère, l'une des pionnières de la distribution de lait cru en porte à porte dans la région segréenne, elle s’attèle à la création d’un atelier de transformation laitière. Beurre, fromages, crème fraîche et confiture de lait viennent compléter la gamme des produits de la ferme.

Son frère reprenant l’exploitation parentale, la rencontre avec son futur mari, Gilles, précipite son départ vers Loiré où elle s’installe en 1993, hors cadre familial. Toujours en lait. « On a été accueilli par des gens remarquables qui voulaient vraiment transmettre leur ferme à un couple de jeunes. Ils nous ont aidés à nous intégrer à la commune. » Comment concilier qualités de vie, de production et d'environnement ? La question, au centre du débat agricole aujourd’hui, fonde le projet d’installation du couple. Et oriente son choix d’un système privilégiant des prairies multi-espèces mélangeant graminées et légumineuses comme Gilles l’a déjà éprouvé lors d’une expérience de deux années en Suisse.

Pourquoi l’herbe là où nombre d’éleveurs de la région – ses propres parents en tête- privilégiaient encore le maïs ? Pour des raisons économiques plus qu’écologiques. « On cherchait l’autonomie alimentaire, la mieux à même de garantir sa liberté aux producteurs » explique Patricia Maussion. Pour valoriser ce choix herbager, la ferme s’est dotée d’un séchoir en granges qui permet de récolter tôt le fourrage et d’en garder toute la valeur protéique, limitant plus encore les achats extérieurs d’aliments pour les vaches. « Depuis, on a complété notre dispositif par la mise en place d’un déshumidificateur pour parfaire le séchage. La production a encore augmenté et on s’aperçoit que ça joue aussi sur l’aspect sanitaire des bêtes. Nos frais vétérinaires sont au raz-des-pâquerettes » sourit Patricia Maussion.
« L’agriculture bio est très importante et je continuerai à appuyer son développement avec les filières. Mais elle n’est pas à part de l’agriculture régionale. » 

Passée « naturellement » au bio en 2009, la nouvelle conseillère régionale en défend les valeurs et l’intérêt, mais refuse de l’opposer aux autres modes de production. « C’est ce qui rend son profil intéressant dans le monde de la bio : elle n’est ni idéologue, ni redresseuse de tort. C’est une pragmatique qui est dans le faire plutôt que dans le dire, sérieuse et fondamentalement gentille » loue Christiane Lambert, la vice-présidente de la Chambre d'Agriculture de Maine-et-Loire et 1ere vice-présidente de la FNSEA, qui se souvient avoir lancé chez sa voisine segréenne le réseau FARRE (Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement) si décrié précisément par les militants de l’agriculture biologique. « L’agriculture bio est très importante et je continuerai à appuyer son développement avec les filières. Mais elle n’est pas à part de l’agriculture régionale, prolonge Patricia Maussion, Au contraire, je pense qu’il faut continuer à bâtir des ponts entre l’agriculture biologique et les autres. »

Le discours de consensus vaut pour l’approvisionnement en produits locaux des lycées dont l’augmentation devrait être inscrite au plan d’actions prioritaires de la Région fin février. Les enjeux sont grands. « Avec la crise actuelle sur les prix des produits agricoles, même les producteurs bons techniquement souffrent. C’est difficile » reconnait-elle. Retour à ce qui a motivé son choix de passer de l’autre côté de la barrière. « J’ai toujours aimer agir plutôt que de protester. Je rentre dans un monde que je ne connais pas. J’observe en me demandant comment dans un fonctionnement où rien n’est spontané, on va faire passer nos idées. A la fin du mandat, j’espère juste qu’on aura su répondre aux besoins et aux enjeux. »

D’ici là, « à raison de deux à trois jours par semaine », Patricia Maussion espère continuer à assurer la traite du matin, soigner ses veaux, réserver un peu de temps aussi à son potager sans toucher aux trois semaines de vacances familiales annuelles. Un sanctuaire en même temps qu’une nécessité « pour couper et se ressourcer ».



Patricia Maussion, agricultrice, bio et adroite
​BIO EXPRESS
  • 1968. Naissance le 23 septembre à Sainte-Gemmes-d’Andigné.
 
  • 1986. Brevet de technicien agricole général (BTAG).
 
  • 1993. S’installe avec son époux sur une exploitation laitière à Loiré, au lieu dit La Huppe. Entre au conseil d’administration départemental des Jeunes Agriculteurs.
 
  • 2007. Elue à la Chambre d’agriculture de Maine-et-Loire.
 
  • 2009. La ferme de la Huppe se convertit au bio.
 
  • 2013. Prend la responsabilité du pôle bio des Pays-de-la-Loire.
 
  • 2015. Est élue conseillère régionale des Pays-de-la-Loire.




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur















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