Philippe Journo : "Les polémiques n'ont juste pas lieu d'être"


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 22/05/2017 - 07:45 / modifié le 19/05/2017 - 16:33


Alors que L'Atoll, le complexe commercial installé à Beaucouzé, a fêté ses 5 ans d'existence il y a quelques semaines, le propriétaire des lieux, Philippe Journo, PDG de la Compagnie de Phalsbourg, nous livre son regard sur l'avenir du site, l'aménagement du territoire et son investissement à Angers.



Philippe Journo, PDG de la Compagnie de Phalsbourg, propriétaire de L'Atoll.
Philippe Journo, PDG de la Compagnie de Phalsbourg, propriétaire de L'Atoll.
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Que représente la Compagnie de Phalsbourg, propriétaire de L'Atoll, à l'heure actuelle ?
 
"C'est gros. L'Atoll représente 12 % du patrimoine actuel de la Compagnie. Il va plus que doubler dans les cinq prochaines années, puisque nous avons de très gros projets en cours, à Paris et en région. Dans 5 ans, L'Atoll représentera donc 6 % de la Compagnie de Phalsbourg. C'est une forte croissance, qui est due à notre capacité d'innovation, notre volonté d'investir dans notre pays."
 
C'est une compagnie qui n'investit qu'en France, en l'occurrence ?
 
"La plupart de nos investissements sont en France, oui, mais nous nous positionnons actuellement en Espagne et aux Etats-Unis. Nous avons au sein de notre palette du commerce, mais également de grands projets urbains -comme à Paris avec un projet merveilleux qui s'appelle 1000 arbres (dans le cadre de l'appel à projets Réinventer Paris NDLR) on va couvrir le périphérique- et des hôtels. Notre particularité, c'est, à chaque fois, un très belle architecture, des bâtiments très écologiques, très digitaux et très centrés autour du bien-être du client."
 
Qu'est-ce que L'Atoll  a représenté dans l'histoire de votre compagnie ?
 
"C'est la première dois qu'on a pu réaliser d'un coup tout ce qu'on avait en tête, notre vision. Quand vous faites votre métier, il y a tout le temps tout un tas de gens qui vous disent ce qu'il ne faut pas faire, qui vous interdisent de faire... Nous, nous avions une vision : changer les entrées de villes, il fallait faire beau là où jusqu'à présent, c'était plutôt moche. On a eu cette possibilité ici. On a pris d'énormes risques financiers puisqu'on l'a fait pendant la crise économique. En 2010, on avait tellement investi dans L'Atoll -150 millions d'euros- que notre société a faille sauter."
 
Et quel bilan tirez-vous de ces cinq premières années ?
 
La première chose, c'est qu'on a découvert totalement par hasard que L'Atoll était dans les bouquins d'histoire et géo en classe de première. Au sujet de l'aménagement du territoire, il y a les acteurs publics et les acteurs privés : ils ont pris L'Atoll comme modèle de développement partenariale d'un territoire par des acteurs privés. C'est quelque chose qui me touche. Pas d'avoir son nom dans un manuel d'histoire, mais quand vous faites votre métier, c'est toujours sympa de savoir qu'il y a des gens que vous ne connaissez pas du tout qui pensent que ce que vous avez fait peut être un exemple."
 
Et du point de vue purement commercial ?
 
 
"Les clients ont tout de suite adopté L'Atoll, dès son ouverture. Non seulement ils l'ont adopté, mais les chiffres de fréquentation ne cessent de progresser depuis l'ouverture. On a toujours fait mieux que la première année et, en moyenne, on fait 100 000 visiteurs de plus par mois que le même mois, 5 ans avant. (Il prend son ipad) Le mois de septembre 2012 : 434 000 entrées - septembre 2016 : 532 000 ; novembre 2012 : 514 000 entrées ; novembre 2016 : 638 000... On a démultiplié notre capacité d'accueillir les gens. En 2017, c'est la deuxième année consécutive où l'on est au-dessus de 500 000 visiteurs par mois."

Est-ce seulement un lieu de visite, ou un lieu où on achète également ?
 
"Si ça n'était pas un lieu où on achète, les magasins auraient déjà tous fermé. C'est les deux. C'est un lieu où il y a les meilleures enseignes et c'est un lieu sur lequel l'environnement intérieur et où le confort client est très abouti. Les gens s'y sentent bien, en sécurité. Il y a 140 caméras ici. S'ils achètent, évidemment c'est mieux, mais s'ils n'achètent pas et qu'ils se sentent bien à L'Atoll, on est contents. Pour ce qui est de la corrélation entre entrée et acte d'achat, nous ne prenons pas de pourcentage sur le chiffre d'affaires des enseignes. Le seul lien à elles, c'est le loyer fixe qu'elles paient. Ce que l'on sait juste, c'est que quand un commerçant ne se plaint pas, c'est que tout va bien."
 
A combien d'années se situent l'amortissement des 150 millions d'euros investis pour la Compagnie de Phalsbourg ?
 
"Ça se passe sur 15 ans. Dans 10 ans, vous pourrez dire que j'ai gagné beaucoup d'argent. Avant, non, on rembourse les banquiers."
 
Du point de vue des enseignes, est-ce que la palette que vous proposez ici correspond à l'origine du projet ou est-ce qu'il manque encore des choses ?
 
"Ça correspond à nos accords avec l'agglomération. Chacun a respecté ses engagements. Il était prévu au départ qu'il n'y ait pas d'alimentaire, il n'y pas d'alimentaire. On nous a finalement autorisé à installer 300 m2 d'alimentaires, nous n'en n'avons pas eu besoin. On a demandé à nos clients ce qu'ils voulaient et ils nous ont dit : "non, non, pas besoin".
"Les scores d'entrée à L'Atoll -7,3 millions de visiteurs depuis l'ouverture- sont incompatibles avec la taille de l'agglomération. Ça montre que l'on tire assez loin" 

Et pour ce qui est du cinéma ?
 
"(...) On ne veut pas de polémique. (Mais depuis 5 ans, une surface est laissée libre à L'Atoll pour y installer un cinéma NDLR). Sur ce sujet, ou sur d'autres, liés à l'équilibre commercial sur le territoire, il n'y a pas de raison qu'il y ait une polémique. On pense qu'il faut investir dans le centre-ville d'Angers, dont le concurrent n'est pas L'Atoll, mais Espace Anjou avec son extension, dont les engagements n'ont pas été respectés.
 
(Il poursuit) On est contents d'avoir investis sur ce territoire. L'Atoll, c'est 1 000 emplois, dont 700 emplois réellement créés ; 150 millions d'euros d'investissement de la Compagnie de Phalsbourg sans compter les 50 millions d'euros d'investissement des enseignes ; beaucoup de taxes pour la collectivité ; le soutien à 25 associations. On est un acteur impliqué dans la vie locale, on essaie de créer des passerelles là où on peut avec les copains parisiens, parce que il se trouve qu'à Paris, on connaît tous les plus grands acteurs de la tech. J'ai organisé personnellement la visite par Christophe Béchu et une partie de son équipe de la station F à Paris, le plus grand campus de start-ups au monde, avec Xavier Niel lui-même qui a fait le guide, à ma demande. On se sent pleinement investi sur le développement du territoire et c'est pour ça que naturellement, les polémiques n'ont juste pas lieu d'être.
Et il est hors de question que l'on regarde tous ces investissements, tous ces efforts, tous ces emplois, tous ces gens qui sont heureux de passer du temps ici sus la lorgnette de "Ah, t'as eu telle enseigne, t'as pas eu telle autre..."
Il y a eu des enseignes refusées par le comité des enseignes et bah on les a pas installées, c'est tout. Et quand elles ont gueulé, on a tenu bon : il y en a même une qui a voulu me coller un procès."
 
Vous rejetez donc en bloc les critiques de vampirisation qui reviennent régulièrement, notamment dans les discussions politiques et économiques ?
 
"D'abord, moi je respecte tout le monde. Ensuite, les scores d'entrée à L'Atoll -7,3 millions de visiteurs depuis l'ouverture- sont incompatibles avec la taille de l'agglomération. Ça montre que l'on tire assez loin. Et on sait où l'on tire puisqu'il y a un lecteur de plaques d'immatriculation. Et on sait, pour en avoir discuté avec la maire de Nantes, que l'entre-deux entre Angers et Nantes, naturellement attiré vers Nantes, vient à L'Atoll. Pourquoi ? Parce que c'est mieux ! Et on participe au rayonnement de l'agglomération ! C'est comme ça qu'il faut le voir, et pas autrement.
 
Quelle regard portez-vous alors que l'aménagement commercial du territoire angevin ?
 
"Nous croyons en plusieurs choses : dans l'intelligence des gens, dans la liberté. Nous pensons que la puissance publique peut flécher des investissements, mais elle ne peut pas flécher des investissements privés en disant aux gens c'est là-bas que vous devez vous installer. Elle peut juste donner des incitations réelles pour aller quelque part.
Il ne faut pas jouer dans l'incantatoire, il faut jouer dans le dur, sur le terrain. On croit à la liberté, à l'intelligence des gens, au génie de ce pays, parce que c'est dans ce pays qu'a été fait ce site, qui n'a pas d'équivalent.
Après, je crois qu'il faut défendre à tout prix le centre-ville et le commerce de centre-ville à Angers. C'était une erreur de laisser faire des agrandissements de galeries commerciales en périphérie.

Vous contribuez de fait, depuis 5 ans, à une nouvelle donne commerciale sur l'agglo. Vous ne pouvez pas être indifférents aux velléités de rééquilibrage au sud ?
 

"Mais ils font ce qu'ils veulent ! Je n'ai jamais empêché qui que ce soit d'aller s'installer à Moulin-Marcille, à Espace Anjou... en revanche, qu'on en vienne pas me reprocher à moi de bien faire mon travail en créant un lieu de qualité pour mes clients.
D'ailleurs, à ce sujet, nous avons lancé un programme d'amélioration de L'Atoll de 5 millions d'euros. Pourquoi ? Pour nos clients ! On ne veut pas laisser se dégrader L'Atoll pour qu'ils disent : "Ah bah c'est pas très bien on va aller ailleurs !".
 
Sur quelle période ?
 
"Dès la fin de l'année 2017. Ça va porter sur l'éclairage, l'amélioration de la promenade, le retraitement du bois, le changement de la borne d'accueil. On va refaire les entrées du site, on cherche un endroit pour mettre une jolie fontaine. On a changé la plaine de jeux pour enfants. Et heureusement qu'on n'a pas eu besoin de demander la permission. On va continuer à investir dans cet outil ! L'améliorer !"
 
Qui du projet de panneaux photovoltaïques sur le toit ?
 
"C'est un vrai regret. On avait lié ce projet au Grenelle de l'environnement, avec l'idée d'en faire la plus grande centrale photovoltaïque d'Europe, à l'époque. On a acheté toute la structure pour le faire et créé une société commune avec EDF énergie nouvelle. EDF nous a dit : "T'es au nord de la Loire, laisse tomber c'est pas rentable". Mais toute l'infrastructure est faite. Maintenant on a un petit problème d'assurance. Une fois réglé, dans 7 ans, on installera cette centrale photovoltaïque pour aller au bout du bout de notre vision. On a prévu de produire toute l'électricité que l'on va consommer, avec les 30 000 m2 de toit utile."
 
Qu'aimeriez-vous voir autour ou en proximité directe de L'Atoll ? Vous y êtes évidemment attentifs ?
 
"Ce qui est certain, c'est qu'on a fait une architecture exceptionnel et sur l'anneau qui est autour, on ne laissera jamais personne lui nuire. Ensuite, ce sont les élus qui ont la légitimité démocratique pour aller décider quelle vision ils ont du développement du territoire. S'ils ont envie que ce soit maintenant, ou dans 10 ans. Evidemment, nous serons attentifs à tout ce qui se passe mais dans un esprit partenariale avec la collectivité."
"Nous pensons que la puissance publique peut flécher des investissements, mais elle ne peut pas flécher des investissements privés en disant aux gens c'est là-bas que vous devez vous installer"
 
Erigez-vous comme un principe de base d'être propriétaire des lieux ou envisagez-vous la revente de cellules aux enseignes à long terme ?
 
"Ici, sûrement pas. Nous sommes propriétaires de tout à l'exception de la copropriété avec un partenaire historique, Boulanger. Un des problèmes des zones commerciales, c'est la copropriété horizontale : nous, on veut maîtriser notre destin. Mais ce projet a eu un autre effet bénéfique : vous avez remarqué que depuis que L'Atoll a ouvert, Grand Maine et Espace Anjou se sont restructurés ? Vous avez remarqué que tout le monde a fait des efforts. Je peux vous garantir qu'ils seraient allés deux fois moins vite si L'Atoll n'était pas née."
 
Le projet est né avec Jean-Claude Antonini, maire socialiste, il se poursuit avec un maire Les Républicains, Christophe Béchu. Quel impact dans vos relations ?
 
"Vous avez un personnel politique de qualité ici à Angers, de qualité. Il y avait un consensus politique autour de projets d'aménagements ambitieux. Et c'est ça que j'appelle l'intelligence collective : les clivages politiques s'effacent au profit du bien-être commun. Ici les gens sont mesurés, donc clairvoyants.
Quand vous êtes un investisseur comme moi, vous suivez les gens qui méritent qu'on les suive, qui ont une vision pour leur ville, de droite ou de gauche."
 
Ça n'a pas forcément été le cas à Terra Botanica...
 
"C'est de l'argent public, c'est différent. Ce qui est certain, c'est que L'Atoll a été copié, c'est devenu une référence, un standard du métier. Il ne s'agissait pas pour nous de faire plein de petits Atoll partout, il n'y en a qu'un et il est ici. Nous ne sommes pas un groupe financier mais des entrepreneurs, c'est très différent."
 
Un mot sur une autre manière que vous avez d'investir sur le territoire, à travers le mécénat ?
 
"Le mécénat, c'est toujours subjectif. Ça commence par ce qui vous touche. C'est trois choses : des gens que vous connaissez, des causes qui vous touchent et des convictions que vous pouvez avoir. L'une d'elles, c'est que le sport rassemble et que la culture élève. Donc on aide des causes sportives, toujours une féminine, une masculine, des causes culturelles. Et quand il y a de la pédagogie au milieu, on aide encore mieux."









1.Posté par NR le 14/06/2017 10:41 | Alerter
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Les polémiques ou les discussions ? Oui les polémiques, les discussions sont utiles. Elles permettent de se poser des questions, d'interroger les visions des uns et des autres. Monsieur Journo est très fier de son modèle économique et de sa vision des centres commerciaux comme Atoll mais il est possible de s'interroger sur la pertinence d'un équipement comme celui-ci labellisé "développement durable" ? Sur son impact vis-à-vis de commerces à taille humaine ? Maintenant, la fréquentation de ce...

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