Pierre Arditi : "La culture, c'est un acte politique"


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le Lundi 27 Juin 2016 à 18:30


Le comédien populaire et exigeant Pierre Arditi revient au festival, avec "L’Être ou pas", pour une première sous l’ère Briançon. Ce sera mardi, mercred et jeudi au château du Plessis-Macé. L’homme à la voix unique et aux convictions intactes évoque la pièce, Grumberg, le rôle de l’artiste et le contexte politique actuel.



Pierre Arditi, ici lors du tournage de "La Fleur de l'âge", le film de Nick Quinn, en 2013. Crédit photo : Mars distribution/Anne Harnie Cousseau.
Pierre Arditi, ici lors du tournage de "La Fleur de l'âge", le film de Nick Quinn, en 2013. Crédit photo : Mars distribution/Anne Harnie Cousseau.
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Parlez-nous de cette nouvelle collaboration avec l’auteur Jean-Claude Grumberg et de votre envie de dire ce texte…
 
« C’est vrai que j’ai joué Grumberg plusieurs fois déjà. Je peux évoquer Rêver Peut-Etre, il y a quelques années, au Théâtre du Rond-Point ou encore ce film La peau du chat, de Jacques Otmezguine, d’après l’une de ses œuvres.
Quant à ce texte, je l’ai beaucoup aimé. Vu le contexte, il me semble de plus d’une actualité brûlante. Ca me plaisait de le faire et d’autant plus de le faire avec Daniel Russo qui est un acteur que j’aime beaucoup et qui a beaucoup de talent. Je retrouve aussi avec plaisir Jean-Claude Tordjman, qui était aussi le metteur en scène de Moi je crois pas !, toujours de Grumberg, que j’ai joué avec Catherine Hiegel, il y a un an et demi ».
 
En quoi ce texte de « L’Être ou pas » vous semble pertinent aujourd’hui ?
 
« Il est Important de revéhiculer cette parole qui, d’une certaine manière, répond à des questions que se posent souvent les gens et notamment celle de « c’est quoi d’être juif ? ». Grumberg y répond à sa manière, avec sa causticité naturelle et son intelligence. Nous, on éclaire les ténèbres. Grumberg donne les bougies et nous, on les allume. Ce spectacle est à la fois pédagogique, humoristique, caustique, et, chose très importante : c’est un discours de paix ! Et par les temps qui courent, ça ne fait pas de mal ».
 
Vous avez joué cette pièce au Théâtre Antoine pendant plusieurs mois. Quelle a été la réaction du public ?
 
« Les gens ont été enthousiastes. C’est une pièce qui est très appréciée et qui est de plus saluée par les critiques. D’ailleurs, aux Molières cette année, L’Être ou pas est nommé dans la catégorie du « Molière du théâtre privé » et Grumberg dans celle du « Molière de l’auteur francophone vivant ». Cette vraie rencontre avec le public s’explique notamment par l’absence de leçon de morale. Grumberg éclaire les spectateurs avec une grande intelligence et une humanité que Daniel et moi incarnons. On fait valser tous les a priori, tous les lieux communs, tous les poncifs par rapport à l’identité juive, qui n’est pas forcément religieuse, qui peut-être laïque, ce qui est mon cas, par exemple. On tord le cou à des idées reçues qui sont malsaines. Ce travail de transmission est quelque chose qui s’impose ».

Daniel Russo et Pierre Arditi, dans "L'être ou pas", qui sera donné au Plessis-Macé mardi, mercredi et jeudi soir, dans le cadre du Festival d'Anjou.
Daniel Russo et Pierre Arditi, dans "L'être ou pas", qui sera donné au Plessis-Macé mardi, mercredi et jeudi soir, dans le cadre du Festival d'Anjou.
Vous évoquiez dans une récente interview que nous mourions, en France, de ne plus se parler. Pourriez-vous préciser cette pensée ?
 
« Le discours est de moins en moins possible. C’est la France qui a inventé la conversation et on ne s'est jamais aussi peu parlé. J’en veux pour exemple dernier ce qui s’est passé à « Nuit debout » avec l’éviction de Finkielkraut : on peut ne pas penser comme Alain Finkielkraut, on a le droit. On peut penser comme lui en partie ou pas du tout, on a le droit. Mais enfin, si mes souvenirs sont exacts, cette nuit debout elle devrait être un espace de liberté. Et quand je dis liberté, je pense à ce mot de Rosa Luxembourg : « la liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ». La peur et la violence naissent toujours de l’ignorance. Si l’on peut parler avec l’autre, la peur disparaît ».
 
Le cinéma, le théâtre, la télévision, la lecture, le doublage (Pierre Arditi est entre autres l’une des voix françaises de Kung Fu Panda, NDLR)… comment abordez-vous tous ces espaces d’expression ?
 
« La lecture c’est un art premier. Être comédien pour le théâtre, le cinéma ou la télévision est un métier mais c’est surtout être un homme qui parle à un autre homme. Et puis, quel que soit le moyen - radio, cinéma, télévision, lectures… – on embrasse le monde. C’est vrai qu’il y a des gens qui ne se consacrent qu’à une discipline, et ils le font très bien. Moi, je ne pourrais pas… je m’emmerderais ! Je suis un généraliste. Je tripote tout… voilà : je suis un tripoteur (rire) ».
"Le discours est de moins en moins possible. C’est la France qui a inventé la conversation et on ne s'est jamais aussi peu parlé" 

Quel est votre rapport avec les autres arts et notamment avec la poésie et la musique ?
 
« Mon rapport à la poésie, c’est un rapport à la littérature. Je n’ai pas de rapport particulier avec les poèmes, mais il existe de la poésie en prose. Quand on lit Maupassant, on lit de la poésie aussi. C’est pour ça que j’aime lire à voix haute parce que ça me permet d’entendre un certain nombre de choses ; c’est comme le premier jet d’une œuvre que l’on projette, que l’on propose aux autres. C’est un art de l’immédiateté. Quant à la musique, elle berce ma vie depuis mon enfance. Elle est présente à chaque instant de mon existence. Elle change d’ailleurs au gré de mes humeurs et de mes envies. Je passe de la musique classique au jazz de la musique pop à la variété. Tout ce qui titille mon imaginaire est bon ».
 
On vous sait artiste plein de convictions. Mais l’artiste possède-t-il un rôle important dans nos sociétés ?
 
« Bien sûr qu’il a un rôle important. On n’est pas obligé d’être militant d’un parti politique pour éclairer le monde ou pour que la société aille moins mal. La culture, c’est un acte politique. Il ne s’agit pas de transformer la littérature, la poésie ou le cinéma en tract politique bien entendu. Mais quand on fait du théâtre ou cinéma, d’une certaine manière, on dit le monde. Quelque fois même, avec un matériau comme L’Être ou pas, on éclaire pour les autres, et je dis bien pour car ce n’est pas à leur place. On éclaire le chemin pour que les autres puissent marcher dessus. Donc, encore une fois, un artiste digne de ce nom dit le monde. Il aide à l’interpréter. Il dénonce un certain nombre de choses. C’est aussi la mouche du coche. Évidemment, on peut se contenter, comme certains grands acteurs, de faire le boulot et considérer qu’en soi, ça suffit, et que les politiciens sont là pour faire le travail à leur place. Mais je pense qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils agissent pour ça aussi, à leur façon, et tant mieux d’ailleurs. S’ils n’ont pas envie de le revendiquer comme un acte politique, c’est leur droit le plus strict.
Je pense à un exemple marrant qui symbolise ces deux approches : c’est celui de Visconti le communiste et de son cinéma militant, et de Fellini, un anar éclairé et poète. Chacun à sa manière, avec deux visions complémentaires, a éclairé le monde ».

Pierre Arditi dans "Vous n'avez encore rien vu", le dernier film tourné avec Alain Resnais, en 2012.
Pierre Arditi dans "Vous n'avez encore rien vu", le dernier film tourné avec Alain Resnais, en 2012.
Vous l’artiste engagé, que pensez-vous de la situation actuelle ?
 
« Je suis un artiste mais je suis aussi un citoyen et je revendique le droit d’avoir des opinions. Je pense que les temps sont difficiles et pas seulement pour la gauche mais pour tout le monde. Le monde est difficile et ce n’est pas une exception française. C’est difficile partout. Ce qui me semble vrai, sans trop entrer dans les détails, c’est que l’on pouvait espérer des choses il n’y a encore pas si longtemps et que cet espoir semble aujourd’hui repoussé dans le temps… pour être poli. Mais ça ne m’empêchera pas de garder mes convictions, je ne peux pas m’en empêcher, même si j’ai connu une gauche plus inventive, plus séduisante. En même temps, elle est confrontée à des problèmes qui, dans notre pays, sont particuliers : une économie très en berne, ce qui n’aide pas ; les récents attentats, ce qui aide encore moins… Ce qui me navre, me désole, pour le moment, en mettant le contexte économique de côté, c’est que j’avais l’impression que la politique pourrait prouver - et elle l’a prouvé d’ailleurs à une certaine période - qu’elle pouvait aider à ce que la vie des hommes et des femmes soit meilleure. Aujourd’hui, j’en suis moins persuadé. Est-ce le personnel politique qui fait défaut ? Le contexte qui est aussi lourd ? Je n’en sais rien. Ce n’est pas très prometteur. Et ce n’est pas une question de bord. C’est le cas pour la gauche pour laquelle j’ai voté et que je soutiens, et ce sera comme ça jusqu’à la fin du quinquennat. Je ne suis pas certain que si la droite était au pouvoir - et je ne le souhaite en aucun cas - elle aurait beaucoup de solutions. C’est un peu ça qui est problématique. Mais je continue à croire à tout ça et je me bagarrerai toujours pour que les choses soient moins injustes. Quand j’étais très jeune, les gens gagnaient moins d’argent, mais ils pouvaient, dans une grande majorité des cas, se loger, se nourrir, envoyer leurs enfants à l’école, en se disant que le sort de leurs gosses serait meilleur que le leur. Mais ce n’est plus vrai. Est-ce que c’est ça le progrès ? Évidemment non ».
 
Vous semblez avoir réalisé beaucoup de rêves. En avez-vous encore à vivre ?
 
« Je les réalise à chaque fois que je joue, que je tourne. Mes rêves, c’est ma vie tout simplement. J’ai la chance de vivre une vie que j’ai choisie. Le seul rêve que je peux avoir c’est que ça continue. Je n’ai pas d’autres rêves que de continuer de vivre la vie que je vis ».
"Je n’ai pas d’autres rêves que de continuer de vivre la vie que je vis"  

Pourriez-vous nous citer quelques noms du spectacle, anciens ou actuels, qui vous ont marqué ?
 
« J’ai des maîtres, forcément. Michel Bouquet, Robert Hirsch, Claude Brasseur, Claude Rich… Certains sont morts, d’autres vivants. Je pourrais vous en citer une cinquantaine ! Dans la génération plus jeune, j’aime beaucoup Vincent Lindon. Je suis impressionné par son évolution. Sinon, ce ne sont pas forcément des gens qui sont au firmament de la reconnaissance. Tout le monde ne les connaît pas mais ce sont des acteurs merveilleux. Mon copain Daniel Russo par exemple : c’est un acteur absolument merveilleux. Il a d’ailleurs une belle carrière. Vous verrez, dans cette pièce, il est magnifique. Et il y en a un qui est toujours éblouissant, c’est Gérard Depardieu. C’est un OVNI et c’est même un OJNI : Objet jouant non identifié. Il est toujours surprenant… toujours. Il n’est jamais là où on l’attend. Il est d’une authenticité folle, d’une puissance de jeu phénoménale. Bon, il faut que je le reconnaisse : quand j’étais jeune, j’étais ébloui par d’autres et puis, un jour, j’ai décidé que c’était moi que je devais éblouir et qui devais éblouir. Et cela que l’on m’aime ou que l’on ne m’aime pas ».
 
Un mot sur le Festival d’Anjou…
 
« Je suis venu plusieurs fois à l’époque de Jean-Claude Brialy. J’ai de très bons souvenirs. Et là, c’est une première pour moi sous l’ère Nicolas Briançon. Si cela n’a pas pu se faire avant, c’était une question d’emploi du temps. Pour tout vous dire, ça a été encore difficile de se caler pour venir cette année, mais on a réussi et j’en suis heureux ».
 
Justement, votre emploi du temps à venir…
 
« Cet été, je tourne la septième saison de la série Le sang de la vigne pour France 3. Puis, toujours pour France 3, ce sera le téléfilm Capitaine Marleau de Josée Dayan. En septembre, nous jouerons à nouveau Le Mensonge de Florian Zeller avec ma femme, Évelyne Bouix ».












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